Afrique du Sud : vague de violences xénophobes

L'Afrique du Sud fait face à une recrudescence de violences visant des ressortissants étrangers en juin 2026, dans un contexte de crise économique et à l'approche des élections municipales.
Ces événements s'inscrivent dans une séquence de violences xénophobes qui secoue régulièrement la nation arc-en-ciel depuis près de deux décennies. En mai 2008, une vague d'attaques sans précédent avait déjà fait plus de 50 morts et provoqué le déplacement de plus de 60 000 personnes, contrariant l'image d'une société réconciliée après l'apartheid.
En 2017, des déclarations anti-immigrés de l'ancien maire de Johannesburg Herman Mashaba avaient précédé une nouvelle vague d'incidents, avant que des Nigérians et des Ghanéens ne soient visés en 2019 dans les provinces du Gauteng. Par ailleurs, des violences avaient déjà éclaté en 2021, soulignant la persistance de ce phénomène.
Crise économique et instrumentalisation politique
La résurgence régulière de ces violences s'inscrit dans un contexte de difficultés économiques persistantes. Le taux de chômage national atteint 32 % en 2026, alimentant un fort sentiment de frustration au sein d'une partie de la population sud-africaine.
Toutefois, plusieurs spécialistes soulignent que ces perceptions reposent davantage sur des frustrations sociales que sur des données établies. Des analystes mettent également en garde contre une récupération politique de ces sentiments dans un contexte électoral sensible.
Les nouveaux acteurs des mouvements anti-immigration
Parmi les groupes les plus visibles figure l'opération Dudula, créée en 2021 à Soweto, dont le nom signifie littéralement "forcer" ou "abattre" en isiZulu.
Le mouvement affirme lutter contre la criminalité et la dégradation des services publics, ses membres étant accusés d'organiser des blocages à l'entrée d'établissements scolaires ou de centres de santé pour empêcher des étrangers d'y accéder. De plus, ses militants ciblent des entreprises accusées d'employer des ressortissants étrangers.
Dirigée par Jacinta Ngobese-Zuma, ancienne personnalité de la radio, cette structure appelle à l'expulsion des migrants en situation irrégulière et accuse les autorités de passivité face aux réseaux criminels.
Début avril 2026, le mouvement avait organisé une manifestation à East London pour dénoncer ce qu'il présentait comme le couronnement d'un roi igbo dans la région. Quelques semaines plus tard, des rassemblements ont également eu lieu à Johannesburg, où Herman Mashaba, candidat du parti ActionSA aux prochaines élections municipales, avait publiquement apporté son soutien.
Réactions internationales et condamnations
Les réactions se multiplient face à la recrudescence des violences visant les ressortissants étrangers. La Commission africaine des droits de l'homme et des peuples a condamné ces attaques, les qualifiant de violation grave de la Charte africaine, et a appelé les autorités sud-africaines à garantir protection et justice aux victimes.
Rapatriements et réponse gouvernementale
Les violences ont également entraîné une vague de départs volontaires. Des ressortissants du Nigeria, du Malawi, du Ghana, du Zimbabwe et du Mozambique ont accepté de retourner dans leurs pays avec l'appui de leurs gouvernements respectifs.
Selon Tedros Adhanom Ghebreyesus, plusieurs personnes ont perdu la vie dans les violences, notamment au moins cinq Éthiopiens tués lors des premières attaques ainsi que cinq Mozambicains morts à Mossel Bay, tandis que des milliers d'autres ont cherché à fuir. Pour rappel, un ultimatum a été fixé au 30 juin par plusieurs organisations militant contre l'immigration irrégulière, qui ont annoncé de nouvelles actions à cette date.
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