Un demi-siècle d'équilibre aéronautique en jeu: Airbus et Boeing face à Trump
16:26, 18/04/2025, vendredi
AFP

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Les surtaxes douanières américaines bouleversent l’industrie aéronautique mondiale, mettant en péril l’équilibre historique entre Airbus et Boeing.Après un demi-siècle de statu quo dans le secteur de l’aéronautique mondiale, la guerre commerciale lancée par le président américain Donald Trump bouleverse l’équilibre entre les deux géants du secteur : Airbus et Boeing.
Quelle est la situation ?
La situation reste volatile, avec
"des incertitudes sur les taxes définitives et les exemptions potentielles"
, selon Airbus. Depuis le 12 mars, une surtaxe douanière de 25% s’applique aux importations américaines d’aluminium et d’acier, matériaux clés de l’aéronautique. Une taxe supplémentaire de 10% touche aussi les avions européens importés, susceptible de grimper à 20% après le sursis de 90 jours annoncé le 9 avril.Airbus, qui importe pour son site d’assemblage de Mobile en Alabama, était exposé aux surtaxes concernant le Canada et le Mexique, mais a finalement bénéficié d’une exception.
Depuis 1979, l'industrie aéronautique était exemptée de droits de douane, un facteur qui a permis aux deux côtés de l’Atlantique de prospérer, rappelle Olivier Andriès, directeur général de Safran.
"C’était gagnant-gagnant. Les premiers qui vont souffrir, ce sont les acteurs américains"
, affirme-t-il.Les droits de douane menacent-ils davantage Boeing qu’Airbus ?
Oui, selon Leeham News and Analysis, média spécialisé américain. Boeing est plus exposé aux représailles internationales, alors qu’Airbus ne subit de surtaxes qu’aux États-Unis.
Plus de 50% des livraisons de Boeing entre 2022 et 2025 sont destinées à des clients étrangers, contre 17% des livraisons d’Airbus à des compagnies américaines en 2024, selon Pascal Fabre d’AlixPartners.
La Chine a ordonné à ses compagnies aériennes de suspendre toute réception d’avions Boeing et d’arrêter l’achat de pièces détachées américaines. Ryanair, première compagnie aérienne européenne, a menacé de retarder ses réceptions de Boeing.
Avec des lignes d’assemblage réparties entre Toulouse, Hambourg, Tianjin et Mobile, Airbus dispose d’une flexibilité géographique plus grande, notamment pour l’A320 (88% de ses livraisons en 2024).
Cependant, la majorité des pièces des Airbus assemblés à Mobile viennent d’Europe, donc potentiellement soumises aux droits de douane. Airbus pourrait privilégier les compagnies non américaines.
Quelle pourrait être la réponse de l’Europe ?
"Ferme sans être symétrique, qui fasse mal si la négociation n’est pas possible"
, selon Olivier Andriès.La filière européenne recommande de taxer les avions Boeing assemblés, mais pas les composants, pour éviter à Boeing de bénéficier du duty drawback (remboursement des droits de douane sur pièces exportées pour avions revendus hors USA).
Qui paiera le surcoût ?
Le surcoût sera à la charge des compagnies américaines, selon Guillaume Faury, PDG d’Airbus. Pourtant, Ed Bastian, PDG de Delta Airlines, a déjà annoncé qu’il ne paiera pas davantage pour ses Airbus à livrer cette année.
"Évidemment, ils n’aiment pas être dans cette situation, alors nous voyons avec eux comment gérer cela"
, indique Faury."Dans les contrats, il n’y a généralement pas de clauses pour répercuter les hausses de droits de douane"
, précise Pascal Fabre. Ce sera donc un sujet de négociation.Airbus devait encore livrer 902 avions à des compagnies américaines fin mars 2025, soit plus de 10% de son carnet de commande. Seuls les avions non assemblés à Mobile sont soumis aux surtaxes.
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