FIFA: en pleine crise, Infantino réunit ses cadres au Maroc
16:46, 05/08/2026, mercredi
AFP

IHAIHA
Gianni Infantino, président de la Fifa, lors d'une conférence de presse.Gianni Infantino a réuni mercredi de hauts responsables de la Fifa au complexe Mohammed VI de Salé, près de Rabat. Cette réunion à huis clos suit l'abandon du projet Fifa Forward Enterprise, qui devait ouvrir les activités commerciales de l'instance aux investisseurs privés. L'UEFA envisage une action en justice, la Concacaf réclame une refonte de la gouvernance. Plusieurs fédérations ont retiré leur soutien au président avant l'élection de mars 2027.
Gianni Infantino traverse la période la plus difficile de ses dix ans à la tête de la Fifa. Le président de l'instance mondiale tient ce mercredi une réunion de crise au Maroc. Elle rassemble de hauts responsables de la fédération internationale.
Cette rencontre intervient après l'abandon d'un projet très contesté. Ce dernier visait à ouvrir les activités commerciales de la Fifa à des investisseurs privés. Face à la fronde, le patron du football mondial a reculé.
Une réunion à huis clos près de Rabat
La réunion s'est tenue dans la matinée au siège africain de la Fifa. Ce dernier se situe dans le complexe Mohammed VI de Salé, près de Rabat. Une source proche du dossier l'a confirmé à l'AFP, sous couvert d'anonymat.
À l'une des entrées du complexe, une journaliste de l'AFP a vu passer plusieurs véhicules. Parmi eux figuraient trois vans aux vitres teintées. En revanche, aucun responsable ne s'est exprimé publiquement.
La presse n'a pas été conviée, selon la même source. Par ailleurs, aucune autre information n'a filtré à ce stade.
Pourquoi le Maroc ?
Les raisons du choix du royaume restent inconnues. Le pays doit toutefois coorganiser la Coupe du monde 2030 avec l'Espagne et le Portugal. Ce statut en fait un partenaire stratégique pour la Fifa.
De plus, Gianni Infantino se trouvait déjà au Maroc la semaine dernière. Il y assistait à la Fête du Trône. Sa présence sur place a donc facilité l'organisation express de cette réunion.
Le projet FFE, étincelle de la crise
À la tête de la Fifa depuis 2016, Gianni Infantino a multiplié les initiatives clivantes. La dernière en date a mis le feu aux poudres.
Il a annoncé la semaine dernière la création d'une société extérieure. Baptisée Fifa Forward Enterprise (FFE), elle devait gérer les activités commerciales de l'instance. Elle aurait également piloté les tournois, dont les Coupes du monde. Surtout, elle prévoyait l'entrée d'investisseurs privés.
Le projet a d'abord été révélé par la presse. Infantino l'a ensuite présenté mardi dernier, à la surprise générale. Cependant, l'opposition a été immédiate et massive.
De nombreux acteurs du football ont fait bloc. La confédération européenne (UEFA) a mené la charge. C'est pourquoi le texte a été retiré dans la nuit de vendredi à samedi.
Des cadres de la Fifa prennent leurs distances
La contestation ne vient pas seulement de l'extérieur. Plusieurs figures internes se sont éloignées d'Infantino ces derniers jours.
Arsène Wenger, directeur du développement du football mondial, fait partie des voix critiques. Le secrétaire général Mattias Grafström a lui aussi marqué ses distances.
Dans une lettre aux salariés consultée par l'AFP, ce dernier n'a pas mâché ses mots. Il a regretté
"une série d'événements tristes et condamnables"
. Ceux-ci ont "heureusement abouti à l'abandon permanent"
du projet, a-t-il ajouté.Le conseiller principal du président avait déjà claqué la porte. Carlos Cordeiro a démissionné vendredi. Il s'est dit opposé
"catégoriquement"
au projet.L'UEFA et la Concacaf accentuent la pression
Les pressions extérieures s'ajoutent donc au malaise interne. Deux confédérations puissantes montent au créneau.
La Concacaf, qui regroupe l'Amérique du Nord et les Caraïbes, réclame une
"mise à plat complète"
de la gouvernance du président. Cette demande date de la semaine dernière.L'UEFA a frappé plus fort encore. Elle avait brandi la menace d'un boycott des Coupes du monde pour obtenir gain de cause. Une fois le projet enterré, elle a déclaré avoir "perdu confiance" en Infantino.
La menace d'une action en justice
L'instance européenne est allée plus loin. Dans un courrier envoyé vendredi à la Fifa, consulté par l'AFP, elle
"notifie officiellement qu'elle envisage activement d'engager une action en justice".
Cette perspective judiciaire change la nature du conflit. En effet, elle transforme une bataille politique en risque contentieux pour la Fifa.
Gianni Infantino reste pour l'instant le seul candidat déclaré à sa succession. Le scrutin se tiendra en mars 2027 à Rabat.
L'Italo-Suisse de 56 ans doit obtenir la majorité des 211 fédérations membres. Ce dernier mandat de quatre ans semblait acquis il y a peu. La donne a changé.
Quatre fédérations lui ont officiellement retiré leur soutien: la Finlande, le pays de Galles, la Serbie et la Suède. D'autres pourraient suivre.
Une accusation grave s'est ajoutée mardi. Le prince Ali ben Al Hussein, président de la Fédération jordanienne, a évoqué du
"chantage"
. Il s'est exprimé sur le réseau social X."Pendant des mois, la Fifa a refusé de nous aider sur ces questions ou sur d'autres, jusqu'à ce qu'on me dise oralement, pendant la Coupe du monde, que si je soutenais Infantino, cela contribuerait grandement à aider notre fédération"
, a-t-il déclaré.La Fifa traverse donc une crise de gouvernance inédite depuis l'ère Blatter. Le retrait du projet FFE n'a pas éteint l'incendie. Au contraire, il a libéré la parole critique.
Infantino joue désormais sa crédibilité à dix-huit mois du vote. La réunion marocaine dira si son autorité tient encore. Les prochains jours seront décisifs.
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