Afghanistan : les femmes "abandonnées", dénonce Zahra Joya
12:31, 15/08/2026, samedi
AFP

Zahra JoyaX
Les femmes "abandonnées", dénonce Zahra JoyaLa journaliste afghane Zahra Joya, réfugiée à Londres depuis la prise de Kaboul par les talibans en août 2021, a dénoncé vendredi dans un entretien à l'AFP l'isolement des femmes afghanes, "seules" à mener "la guerre" contre le régime.
La chute de Kaboul et l'exil forcé
Selon l'AFP, Zahra Joya, âgée de 34 ans, a qualifié le 15 août de
"jour très douloureux"
, date marquant l'anniversaire de la prise de Kaboul par les insurgés talibans en 2021. C'est le jour "où j'ai tout perdu dans mon pays"
, a-t-elle indiqué lors d'un entretien réalisé vendredi à Londres, évoquant le "choc", la "peur"
et le "chaos"
qui avaient alors accompagné l'entrée des combattants dans la capitale afghane. Quelques jours auparavant, elle déjeunait encore au restaurant avec une amie et exerçait librement son métier de journaliste, avant de voir sa "liberté"
lui être subitement arrachée et de se retrouver "en prison"
chez elle.Elle, qui ne s'était jamais imaginée quitter son pays natal, s'est envolée peu après vers le Royaume-Uni où elle réside désormais.
Le combat de Rukhshana Media
Fondatrice en 2020 de Rukhshana Media, une organisation médiatique dédiée à amplifier la voix des femmes afghanes, Zahra Joya poursuit son engagement depuis la capitale britannique. Elle coordonne un réseau de journalistes restées sur le territoire afghan, qui exercent leur profession dans le plus grand secret en raison des risques mortels pour leur sécurité.
"A mes yeux, ce sont les journalistes les plus courageuses qui soient",
a-t-elle affirmé avec conviction.Par ailleurs, elle a précisé que les talibans considéraient comme
"mauvais"
tout ce qui définissait son identité : "Le fait même d'être une femme, mon métier de journaliste, mais aussi mon origine ethnique en tant que femme hazara".
Ces multiples facettes de son identité la rendaient particulièrement vulnérables aux yeux des nouvelles autorités.Une résistance sans armes face aux restrictions
De plus, la journaliste a rappelé que l'Afghanistan demeure le seul pays au monde où l'éducation des filles est formellement interdite après le niveau primaire. Les autorités dirigent le pays selon une interprétation ultra-rigoriste de la loi islamique, excluant les femmes de nombreux secteurs d'activité économique ainsi que de l'enseignement secondaire et universitaire. Selon des témoignages recueillis par ses collaboratrices pour Rukhshana Media, les Afghanes vivent désormais recluse :
"Elles ont dit qu'elles restaient enfermées entre quatre murs",
a rapporté Zahra Joya."Les femmes afghanes se battent seules"
, a-t-elle déclaré avec force, ajoutant qu'elles mènent "cette guerre contre leur genre les mains nues, car elles ne disposent d'aucun moyen pour se défendre".
Cette situation les laisse particulièrement exposées face aux violences systémiques.Appel à la solidarité et parcours biographique
Toutefois, la journaliste a exprimé un sentiment profond d'abandon international :
"Nous avons l'impression que le monde nous a abandonnées",
a-t-elle lancé, appelant instamment à l'aide et à "la solidarité"
de la communauté mondiale. En outre, chercheuse associée à l'université de Cambridge et contributrice régulière du quotidien britannique The Guardian, Zahra Joya a publié en juillet un livre intitulé "The Vanishing Girl of Kabul".
Dans cet ouvrage, elle relate comment sa mère l'a fait passer pour un garçon prénommé Muhammad dans les années 1990, lors du premier régime taliban, afin qu'elle puisse accéder à l'école alors que les filles en étaient bannies.
"Elle m'a simplement transformée en garçon. Elle m'a coupé les cheveux et a changé mon prénom. Je suis devenue Muhammad",
raconte-t-elle, soulignant qu'elle est ainsi devenue la première femme de sa famille et de son village "à être allée à l'école, à l'université et à être devenue journaliste".
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