France : les pilotes de la Sécurité civile face aux incendies
14:30, 02/08/2026, dimancheM: Mise à jour: 14:31, 02/08/2026, dimanche
AFP

Sécurité Civile
La Sécurité civile effectue des patrouilles aériennes, à l’aide du dispositif du guet aérien armé, afin d’anticiper et d’attaquer les feux naissants dans les massifs forestiers.Deux pilotes de la Sécurité civile française ont témoigné de leur quotidien difficile aux commandes d'hélicoptères et de Canadair face aux incendies qui ravagent l'Hexagone, réclamant davantage de moyens aériens pour mener à bien leurs missions.
Une saison hors norme à Fontainebleau
Fabrice Chrétien, chef-pilote au groupement hélicoptère de Paris,
compte 26 années de service au sein de la Sécurité civile française.
Cet vétéran de 60 ans n'aurait jamais imaginé déployer des moyens aériens massifs au-dessus de la forêt de Fontainebleau, située aux portes de la capitale, un site qu'il ne considérait pas comme zone à haut risque. "Ce n'est pas une zone à risque comme peuvent l'être le Sud-Est, la Gironde (sud-ouest) ou la Corse"
, a-t-il souligné, évoquant sa surprise d'avoir été mobilisé sur ce "chantier"
, selon le terme technique employé par les professionnels.L'incendie qui s'est déclaré à 70 kilomètres au sud-est de Paris
a mobilisé les équipes pendant de longues journées estivales. "On tournait entre sept et huit heures par jour"
, a précisé le chef-pilote, chargé de guider les bombardiers d'eau, de repérer les foyers et d'assurer le transport des pompiers et du matériel sur la zone sinistrée. Selon les données de l'Office national des forêts, plus de 2 000 hectares de forêts domaniales ont été détruits, une perte que Chrétien a qualifiée de dommageable : "C'est dommage de voir la nature partir en fumée comme ça".
Malgré son expérience, le pilote assure que
"on n'est jamais immunisé"
, notamment "quand on se rend compte que l'on perd un tel patrimoine par la bêtise des gens qui allument des feux encore de façon stupide"
. Cette constatation s'applique particulièrement aux événements de Fontainebleau, où l'ampleur des dégâts a dépassé les prévisions établies pour des territoires traditionnellement épargnés par les grands feux de forêt.L'angoisse au sol et le sentiment d'impuissance
Au cockpit de ses Canadair basés à Nîmes, Eric Durand affronte des murailles de flammes impressionnantes depuis le début de l'été. Il décrit des feux
"parfois de trente mètres de haut, avec des fumées noires qui vous empêchent de passer, on se sent réellement tout petits"
malgré son expérience de 22 ans dans l'armée de l'air avant son arrivée à la Sécurité civile en 2019. Cette dimension spectaculaire cache cependant une réalité bien plus déchirante pour les équipages confrontés à la détresse des populations."Le plus dur, c'est de voir les maisons brûler avec des gens qui lancent un petit seau d'eau pour sauver leurs biens",
a confié Fabrice Chrétien, traduisant l'impuissance ressentie à quelques centaines de mètres d'altitude. Tandis que son collègue Eric Durand évoquait des scènes similaires, ce dernier a souligné l'angoisse particulière de "voir les maisons brûler avec des gens à côté qui lancent un petit seau d'eau pour sauver leurs biens les plus précieux",
précisant : "Et savoir qu'on va essayer de les aider mais qu'on n'est pas sûr d'y arriver"
.Exigences professionnelles et solidarité
Face à ces défis, la maîtrise de soi constitue la première qualité requise aux commandes des appareils. Eric Durand explique qu'il doit
"garder son sang-froid"
pendant les vols puis "démythifier tout ça"
le soir avec ses camarades, une décompression nécessaire après des heures d'intense concentration. Cette résilience s'appuie également sur un engagement profond partagé par les équipages : "On donnerait tout pour ça"
, affirme-t-il, évoquant le fait que ses collègues "ont une âme indéfectible pour assurer le sauvetage des biens, des populations et des forêts, le credo de la Sécurité civile".
Fabrice Chrétien abonde dans ce sens :
"On fait ce métier parce qu'on a envie d'aider son prochain",
confie-t-il avant d'insister sur l'importance cruciale de reconnaître ses limites physiques. "Se dire qu'on n'est pas en capacité de voler, parce qu'on est trop fatigué ou parce qu'on a fait trop d'heures de vol",
représente selon lui la marque d'un pilote responsable, capable d'affirmer : "bon bah voilà, maintenant je fais demi-tour".
Cette discipline stricte contraste avec l'absence de moyens qui, selon le syndicaliste, "peut m'épuiser"
bien plus que la fatigue opérationnelle.Manque de moyens et réponses politiques
Les deux aviateurs déplorent unanimement la pénurie d'aéronefs dont souffre la Sécurité civile pour faire face à des étés de plus en plus hostiles. Ils réclament notamment la mise à disposition systématique de bombardiers d'eau dans toutes les bases territoriales afin de réduire les temps d'intervention sur des feux désormais précoces et intenses.
"La seule chose qui peut m'épuiser, c'est la non-prise en compte"
de ces besoins matériels essentiels, a martelé Fabrice Chrétien, également secrétaire national du Syndicat national du personnel navigant.Par ailleurs, la proposition d'Emmanuel Macron d'opérer
"des avions et des hélicos qui volent la nuit"
a suscité des réactions prudentes au sein des unités. Le pilote parisien préfère "parler d'avions ou d'hélicos qui travaillent"
le jour et "s'entraînent l'hiver pour être opérationnels l'été",
privilégiant la préparation technique aux annonces spectaculaires. Cette approche pragmatique vise à assurer une disponibilité maximale des équipages durant les périodes critiques de l'année.Pour rappel, l'enquête sur les causes de l'incendie de Fontainebleau a abouti à la garde à vue de quatre personnes, dont deux ont reconnu les faits selon les sources judiciaires. Un pompier volontaire a admis avoir
"mis le feu à des brindilles avec un briquet et de l'essence"
tandis qu'un second individu a reconnu "avoir accidentellement mis le feu"
en jetant un mégot, des actes qui illustrent la "bêtise des gens qui allument des feux encore de façon stupide"
dénoncée par les pilotes confrontés à la destruction du patrimoine naturel.À lire également:

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