France: au moins 927 personnes sans-abri sont mortes en 2025
15:52, 30/10/2026, vendredi
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JOEL SAGET AFP
Une femme sans domicile fixe dort sur un matelas dans une rue de Paris avec son chien, le 21 septembre 2026. Au moins 927 personnes sans domicile sont mortes en France en 2025, selon le rapport "Dénombrer & Décrire" du collectif Les Morts de la Rue. Ce bilan, proche de celui de 2024, ne traduit aucune amélioration. L'âge moyen au décès est de 49,1 ans. Les morts violentes dominent et 22 décès sont liés au froid. L'association juge ces chiffres sous-estimés, alors que la crise du logement persiste.
Au moins
927 personnes sans domicile
sont mortes en France en 2025. Le collectif Les Morts de la Rue a publié ce bilan jeudi 29 octobre, dans son rapport annuel. Cependant, l'association prévient que ce chiffre reste incomplet. Ainsi, la réalité serait encore plus lourde.Morts de la rue en France: un bilan stable, mais pas rassurant
Le rapport "Dénombrer & Décrire" en est à sa quatorzième édition. Il recense 927 décès en 2025, contre 938 en 2024. Toutefois, cette légère baisse ne traduit aucune amélioration.
L'association parle d'
"un palier"
du recensement, mais pas d'une baisse de la mortalité. En effet, ses données ne sont ni exhaustives ni définitives.Depuis 2012, le nombre de décès documentés a été multiplié par 2,2. Cette progression révèle une crise qui s'installe dans la durée.
Mourir à 49 ans: plus de 30 ans d'écart avec le reste de la population
L'âge moyen au décès atteint 49,1 ans chez les personnes sans domicile. Dans la population générale, il avoisine 79,5 ans. L'écart dépasse donc 30 ans.
Le rapport compte aussi 20 victimes de moins de 15 ans. Par ailleurs, les hommes représentent 83 % des décès. Les femmes en représentent 14 %, contre 11 % en moyenne entre 2012 et 2024.
La situation de logement varie selon les cas. Parmi les 927 personnes, 306 vivaient dans la rue et 264 étaient hébergées. En revanche, le collectif n'a pas pu préciser la situation des 357 autres.
Violences, froid et décès sur la voie publique
Environ un tiers des décès surviennent dans l'espace public. Dans la population générale, cette part ne dépasse pas 1 %. Ce contraste montre l'exposition extrême de ces personnes.
Les morts violentes pèsent lourd. Elles représentent 61 % des décès dont la cause est connue. Il s'agit notamment d'homicides, de suicides, de noyades et d'intoxications.
Pourtant, les circonstances restent inconnues pour près de deux décès sur trois. Documenter ces morts demeure donc très difficile.
Le froid inquiète également. Le collectif a recensé 22 décès directement liés aux basses températures en 2025. Ce niveau n'a jamais été atteint depuis 2012, alors que l'hiver approche.
Une mortalité sous-estimée, faute de signalements
Le collectif estime que le nombre réel de décès dépasse les chiffres publiés. Son travail repose sur les signalements des associations, des institutions et des particuliers. Il s'appuie aussi sur la presse.
C'est pourquoi la stabilisation apparente pourrait s'expliquer en partie par un recul des signalements. Certains partenaires institutionnels en transmettent moins qu'avant.
Les écarts territoriaux restent importants. L'Île-de-France concentre 355 décès recensés en 2025. De plus, le nombre de départements touchés est passé de 68 en 2024 à 78 en 2025.
Les effets durables de la vie à la rue
Le rapport s'intéresse aux personnes qui ont retrouvé un logement. Leur âge moyen au décès avoisine 60 ans. Ainsi, la vie à la rue laisse des séquelles profondes, même après la sortie.
Les personnes placées durant leur enfance meurent aussi plus tôt. Leur âge moyen au décès est inférieur d'environ trois ans à celui des autres personnes étudiées.
Une crise du logement qui s'aggrave
Cette publication intervient dans un contexte de crise persistante. Les dispositifs d'hébergement d'urgence sont saturés. Par ailleurs, les chiffres officiels peinent à suivre la réalité.
La Fondation pour le logement des défavorisés estime à environ 350 000 le nombre de personnes sans domicile en France. En revanche, la dernière estimation officielle de l'Insee, datant de 2012, en comptait 143 000. L'institut doit publier de nouvelles données issues d'une enquête récente.
Pourquoi ces chiffres doivent interpeller les pouvoirs publics
Derrière chaque chiffre se cache une vie brisée. Ces personnes ne meurent pas de vieillesse. Elles meurent d'avoir vécu sans abri, exposées au froid, à la violence et à l'absence de soins.
De plus, ce bilan décrit un pays riche, membre du G7. Pourtant, des enfants figurent parmi les victimes. Cette réalité pose une question simple: comment une société peut-elle laisser tant de personnes mourir à la rue ?
Le collectif ne demande pas la charité. Il réclame des moyens, des données fiables et une coordination réelle entre l'État, les collectivités et les associations. En effet, sans chiffres précis, aucune politique de prévention ne peut cibler les bons leviers.
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