Corridor ferroviaire Russie-Inde: Moscou veut contourner le Bosphore et Hormuz
12:30, 06/08/2026, jeudi
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La Russie étudie un corridor ferroviaire vers l'Inde via l'Iran et le Pakistan, afin de réduire sa dépendance au Bosphore et au détroit d'Hormuz.Le vice-Premier ministre russe Marat Khousnoulline propose d'étudier un corridor ferroviaire reliant la Russie à l'océan Indien et à l'Inde. Le tracé passerait par le Turkménistan, l'Iran, l'Afghanistan et le Pakistan. Moscou veut ainsi réduire sa dépendance au Bosphore, contrôlé par la Türkiye, et au détroit d'Hormuz. Le projet prolongerait le Corridor international Nord-Sud, encore inachevé. Sanctions, infrastructures manquantes et tensions régionales rendent toutefois sa réalisation incertaine à court terme.
La Russie envisage une nouvelle voie terrestre vers l'océan Indien. Le vice-Premier ministre Marat Khousnoulline a évoqué jeudi un
corridor ferroviaire Russie-Inde
. Ce tracé passerait par le Turkménistan, l'Iran, l'Afghanistan et le Pakistan.L'objectif affiché est clair. Moscou cherche des alternatives aux routes maritimes qui traversent le Bosphore et le détroit d'Hormuz. Ces deux passages concentrent aujourd'hui une part décisive du commerce russe.
Ce qu'a déclaré Marat Khousnoulline
Le responsable russe s'est exprimé dans un entretien accordé à l'agence d'État TASS. Il y décrit des risques croissants sur les grands passages maritimes.
"Les risques dans le Bosphore et à Hormuz peuvent exiger des routes alternatives, via le Turkménistan, l'Iran, l'Afghanistan et le Pakistan. Toutes les options pour atteindre l'Inde conviennent"
, a-t-il déclaré.La formule reste volontairement ouverte. En effet, aucun tracé précis n'a été présenté. Aucun calendrier ni budget n'a non plus été communiqué.
Pourquoi le Bosphore inquiète Moscou
Le Bosphore relie la mer Noire à la mer de Marmara. Il constitue donc la sortie obligatoire des ports russes de la mer Noire vers la Méditerranée.
Ce détroit se trouve sous souveraineté de la Türkiye. Ankara en gère le trafic selon la Convention de Montreux de 1936. Ce texte encadre le passage des navires, y compris militaires, en temps de guerre comme en temps de paix.
Par ailleurs, la Türkiye a joué un rôle central depuis 2022. Elle a notamment permis l'accord céréalier qui a maintenu les exportations en mer Noire. Ankara s'est ainsi imposée comme un médiateur incontournable de cette zone.
Pour Moscou, cette dépendance représente une vulnérabilité stratégique. C'est pourquoi l'hypothèse d'une voie terrestre revient régulièrement dans le débat russe.
Hormuz, l'autre goulet d'étranglement
Le détroit d'Hormuz relie le Golfe au golfe d'Oman et à la mer d'Arabie. Une large part du pétrole mondial y transite chaque jour.
Ce passage reste très étroit. De plus, il longe directement les côtes iraniennes. Toute tension militaire dans la région fait donc grimper les primes d'assurance et les délais.
Les derniers mois ont rappelé cette fragilité. En effet, les frappes israéliennes contre l'Iran en juin 2025 avaient relancé les craintes d'une fermeture du détroit.
Le contexte régional pèse sur les routes maritimes
Le calcul russe ne se limite pas à Hormuz. La guerre menée par Israël contre Gaza a profondément perturbé la navigation en mer Rouge.
Depuis fin 2023, de nombreux armateurs contournent le Bab el-Mandeb. Ils allongent leurs trajets par le cap de Bonne-Espérance. En conséquence, les coûts et les délais ont fortement augmenté sur l'axe Asie-Europe.
Cette recomposition profite aux corridors terrestres. Ainsi, plusieurs États cherchent désormais des routes qui échappent aux détroits sensibles.
Un tracé terrestre semé d'obstacles
Le corridor évoqué traverserait quatre pays. Chacun pose des difficultés propres.
L'Iran reste soumis à de lourdes sanctions occidentales. L'Afghanistan manque cruellement d'infrastructures ferroviaires modernes. Le Pakistan, de son côté, fait face à des contraintes budgétaires sévères.
S'ajoute un problème technique majeur. Les écartements de rails diffèrent entre l'espace post-soviétique et le sous-continent indien. Des ruptures de charge seraient donc inévitables.
Enfin, les relations entre l'Inde et le Pakistan restent tendues. Or un corridor ferroviaire suppose une coopération durable entre voisins.
Le corridor Nord-Sud, base du projet
L'idée n'est pas nouvelle. Elle s'appuie sur le Corridor international de transport Nord-Sud, lancé en 2000 par la Russie, l'Iran et l'Inde.
Ce corridor combine rail, route et maritime. Il relie Saint-Pétersbourg à Mumbai en passant par l'Iran. Selon ses promoteurs, il réduit d'environ 40 % la distance par rapport à la route de Suez.
Cependant, sa branche ferroviaire reste incomplète. Le tronçon Rasht-Astara, en Iran, n'est toujours pas achevé. Moscou et Téhéran ont signé un accord de financement en 2023, mais les travaux avancent lentement.
La proposition de Khousnoulline apparaît donc comme un prolongement. Elle vise à contourner aussi la partie maritime du dispositif.
Ce que révèle cette annonce
Cette déclaration traduit surtout une inquiétude logistique. La Russie veut sécuriser ses débouchés vers le Sud global.
L'Inde est devenue un client majeur du pétrole russe depuis 2022. En revanche, les livraisons dépendent presque entièrement de la mer. Une alternative terrestre offrirait donc une marge de manœuvre.
Le message vise aussi les partenaires régionaux. Moscou signale qu'elle compte investir dans des routes qui échappent au contrôle occidental.
Un projet à long terme
Aucune décision d'investissement n'a été annoncée. Le propos relève pour l'instant de l'intention politique.
Les experts du secteur restent prudents. En effet, un tel corridor exigerait des dizaines de milliards de dollars et plusieurs décennies de travaux.
Néanmoins, la direction est posée. Les détroits stratégiques deviennent des variables de risque, et non plus des acquis. C'est pourquoi les corridors terrestres reviennent au premier plan des stratégies eurasiennes.
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