10:39, 06/08/2026, jeudi
Gaza: les patineurs de Khan Younès défient les ruines
À Khan Younès, de jeunes Palestiniens s'entraînent en rollers au milieu des décombres. Mohammed Saad el-Din a récupéré ses patins sous les gravats et vit désormais sous une tente. Mouhannad Labad, lui, rêve de rejoindre un club à l'étranger. Faute d'espace adapté et d'équipement de protection, ces patineurs roulent sur les pierres. Malgré le génocide israélien, ils veulent prouver au monde entier que Gaza garde un énorme potentiel sportif.
À Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, de jeunes Palestiniens chaussent leurs rollers au milieu des décombres. Leur terrain de jeu n'est plus un gymnase, mais un champ de gravats. Malgré le génocide israélien et la destruction quasi totale de l'enclave, ces
patineurs de Gaza
continuent de s'entraîner. Ils veulent prouver au monde que le talent palestinien survit à la guerre.Des patins retrouvés sous les décombres
Mohammed Saad el-Din fait partie de ces sportifs. Il a récupéré ses patins sous les gravats, dans le nord de Gaza. En effet, aucun magasin de l'enclave ne vend plus ce type de matériel.
Le blocus israélien aggrave encore la situation. Aucun équipement de protection n'entre dans la bande de Gaza. Les patineurs roulent donc sans casque ni protections, sur un sol hérissé de pierres.
Ce jeune homme vit aujourd'hui sous une tente. Son logement a été détruit, comme celui de centaines de milliers de Gazaouis déplacés.
Mohammed Saad el-Din, patineur, explique:
"Nos maisons ont été détruites, tout ce que nous possédions a été détruit. Nous sommes venus ici à Khan Younès en tant que personnes déplacées. Nous vivons dans une tente et supportons des conditions difficiles, mais malgré toutes les épreuves qui nous entourent, nous faisons du patinage, nous nous divertissons et nous libérons notre énergie à Gaza."
Le sport comme acte de résistance à Gaza
Pour ces jeunes, le roller dépasse largement le simple loisir. Il devient un message adressé au monde entier. Ainsi, chaque figure exécutée sur les ruines affirme une existence que l'occupation israélienne cherche à effacer.
Mohammed Saad el-Din le formule sans détour. Selon lui, le talent palestinien n'a pas disparu sous les bombes.
"Après la fin de la guerre, nous avons continué à faire du skate et nous disons au monde entier qu'il y a du talent à Gaza et que nous avons un énorme potentiel. Malgré toute la destruction, la guerre et la faim que nous avons vécues, nous continuons à faire du patinage."
Cette démarche rejoint celle d'autres sportifs palestiniens. De plus, elle rappelle que la culture et le sport font partie intégrante de la résistance d'un peuple assiégé.
Trébucher sur les pierres, faute d'infrastructures
Mouhannad Labad s'entraîne lui aussi à Khan Younès. Il décrit un quotidien fait d'obstacles très concrets. Aucun espace adapté n'existe plus dans l'enclave.
Les rues servent de piste. Cependant, elles sont jonchées de pierres et de blocs de béton. Les chutes sont donc fréquentes, même pour les patineurs expérimentés.
Avant octobre 2023, Gaza comptait des installations sportives modestes mais fonctionnelles. Les bombardements israéliens les ont largement rasées. Par ailleurs, la reconstruction reste bloquée par les restrictions sur l'entrée des matériaux.
Mouhannad Labad confie:
"Nous aimerions pouvoir voyager à l'étranger, voir les clubs qui se soucient de ce sport et jouer dans des clubs au lieu de jouer dans les rues, au milieu des pierres et des décombres. Ici, quand nous jouons, nous trébuchons sur les pierres, même si nous pratiquons bien ce sport."
Un rêve de clubs à l'étranger
Mouhannad Labad n'a qu'un souhait. Il espère un jour quitter l'enclave pour rejoindre un club structuré. Là-bas, il pourrait s'entraîner sur une vraie piste et progresser.
Ce rêve reste pourtant très difficile à réaliser. En effet, les Gazaouis sortent rarement de l'enclave, faute d'autorisation. Le point de passage de Rafah fonctionne de manière très irrégulière.
En revanche, le jeune patineur refuse de renoncer. Il continue de s'entraîner chaque jour, avec les moyens du bord.
Libérer une énergie d'avant-génocide
Pour Mouhannad Labad, le patinage remplit aussi une fonction psychologique. Rester assis sous une tente entretient l'angoisse. Rouler, au contraire, libère quelque chose:
"Malgré les inquiétudes dans nos vies, je pratique mon sport pour me divertir, et c'est pourquoi nous préférons venir jouer plutôt que de rester assis sous des tentes, afin de libérer l'énergie positive que nous avions l'habitude de libérer avant la guerre."
Les organisations humanitaires alertent depuis des mois sur la santé mentale des Gazaouis. La grande majorité des habitants présente des signes de détresse psychologique. C'est pourquoi ces initiatives sportives spontanées prennent une importance particulière.
Une jeunesse privée de tout
La jeunesse gazaouie a perdu ses écoles, ses clubs et ses maisons. Elle a également perdu des proches. Malgré cela, elle réinvente des espaces de vie dans les ruines.
Le roller à Khan Younès s'inscrit dans ce mouvement. Ainsi, il rejoint le football improvisé sur les décombres et les classes en plein air.
Une image qui circule au-delà de Gaza
Les vidéos de ces patineurs circulent désormais sur les réseaux sociaux. Elles offrent une image inattendue de l'enclave. On y voit des jeunes gens souriants, concentrés, en mouvement.
Cette visibilité compte. En effet, elle contredit le récit qui réduit les Palestiniens à des victimes passives. De plus, elle rappelle qu'une société entière continue d'exister sous les décombres.
La Türkiye, qui soutient activement la cause palestinienne, a plusieurs fois évoqué l'accueil de sportifs et de blessés gazaouis. Les patineurs de Khan Younès espèrent qu'une porte finira par s'ouvrir.
Les patineurs de Gaza n'attendent pas la fin des ruines pour vivre. Ils roulent au milieu d'elles. Leur message est simple et il porte loin: le talent palestinien existe, et il réclame seulement une chance de s'exprimer.
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