France : le gouvernement accusé de manipuler les services de renseignement

La rédaction avec
11:54, 20/10/2026, mardi
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France : le gouvernement accusé de manipuler les services de renseignement
JULIEN DE ROSA / POOLAFP
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu et son ministre de l'Intérieur Philippe Nuñez sont accusés d'avoir manipulé le renseignement français pour imputer les pillages du 17 octobre à LFI.

Une enquête de Mediapart publiée lundi soir affirme que des services de renseignement français auraient reçu des consignes visant à attribuer à La France insoumise (LFI) la responsabilité des violences du 17 octobre. Le ministère de l’Intérieur dément avoir donné de telles instructions. Manuel Bompard dénonce une "affaire d’État", tandis que Gérald Darmanin accuse le mouvement de Jean-Luc Mélenchon de contribuer au désordre dans le pays. La procureure de Paris et plusieurs sources policières nuancent toutefois les accusations visant l’ultragauche.

Des services de renseignement français auraient reçu des consignes visant à attribuer à La France insoumise (LFI) la responsabilité des violences du 17 octobre, selon une enquête publiée lundi soir par Mediapart. Ces révélations suscitent une vive polémique politique. Le ministère de l’Intérieur dément avoir donné de telles instructions.

Dans des échanges écrits datés du 18 octobre et consultés par le média d’investigation, un commissaire du renseignement territorial aurait dénoncé des demandes visant à mettre en cause LFI, malgré l’absence d’éléments établissant sa responsabilité.

"Quand on nous demande texto d’écrire que c’est LFI qui est derrière le mouvement alors que c’est objectivement faux de l’avis général des RT [Renseignements territoriaux], forcément on a des décisions politiques"
, aurait-il déclaré à ses collègues.

Interrogé par Mediapart, le ministère de l’Intérieur a démenti avoir donné de telles consignes.

Manuel Bompard dénonce une "affaire d’État"

Le coordinateur national de La France insoumise, Manuel Bompard, a vivement réagi à ces révélations sur le réseau social X. Il a dénoncé une
"véritable affaire d’État".
"L’article de Mediapart de ce soir est d’une très grande importance"
, a-t-il écrit. Il accuse le gouvernement de manipuler les services de renseignement afin d'imputer à tort à son mouvement des actes dont il ne serait pas responsable.

La polémique a également été évoquée lundi soir à l’Assemblée nationale, lors d’une audition du ministre de la Justice, Gérald Darmanin, consacrée au budget de son ministère.

La députée insoumise Gabrielle Cathala a directement interpellé le garde des Sceaux sur les accusations de manipulation des renseignements.

"Qu’en pensez-vous, Monsieur le ministre, que votre gouvernement manipule des notes du renseignement ?"
, lui a-t-elle demandé, en référence aux révélations de Mediapart.

Gérald Darmanin a répliqué en mettant en cause le parti de Jean-Luc Mélenchon.

"Vous êtes, vous et votre mouvement politique, un souci de désordre pour le pays"
, a-t-il déclaré. Il a également reproché aux élus insoumis leur attitude à l’égard des forces de l’ordre.

Ces échanges interviennent dans un contexte de tensions entre le gouvernement et La France insoumise. L’exécutif met régulièrement en cause le mouvement depuis le début des mobilisations lycéennes en septembre.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a notamment accusé le
"mouvement de l’ultragauche"
de chercher à organiser un
"désordre profond"
dans le pays jusqu’à l’élection présidentielle.

De son côté, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a affirmé que de nombreux militants de l’ultragauche avaient été identifiés lors des manifestations du 17 octobre. Celles-ci ont été marquées par des pillages, des incendies et des affrontements avec les forces de l’ordre.

Le ministère de l’Intérieur a maintenu auprès de Mediapart que de nombreuses personnes interpellées s’étaient agrégées à des militants d’ultragauche identifiés par les services de renseignement. Il a toutefois affirmé que ces derniers avaient évité les interpellations.

Des sources policières contestent les accusations contre LFI

Les accusations gouvernementales ont été nuancées par la procureure de Paris, Laure Beccuau.

Interrogée lundi matin sur TF1, la magistrate a déclaré ne pouvoir
"absolument pas confirmer"
que les auteurs des violences commises à Paris le 17 octobre étaient politiquement proches de l’ultragauche.

Elle a précisé que les personnes placées en garde à vue étaient, dans leur grande majorité, peu connues des services de police. Elles ne formulaient pas non plus de revendications politiques.

Selon Mediapart, plusieurs responsables policiers et du renseignement contestent également l’idée d’une responsabilité générale de La France insoumise dans les violences.

Un responsable national d’une organisation syndicale de police cité par le média estime que l’ultragauche représenterait environ 20 % des personnes impliquées dans les incidents. Les 80 % restants seraient des pillards auxquels aucune appartenance politique particulière ne serait attribuée.

Le média fait également état de réserves concernant plusieurs notes de renseignement utilisées pour établir un lien entre les mobilisations lycéennes et certaines organisations politiques.

Une note de la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP), datée du 28 septembre et précédemment révélée par Le Monde, avait notamment été invoquée pour étayer les accusations visant l’extrême gauche.

Selon Mediapart, plusieurs sources policières et administratives remettent en question la portée de ces analyses. La présence de militants ou de responsables politiques dans les manifestations ne suffit pas, selon elles, à établir leur responsabilité dans les violences.

Le gouvernement critiqué sur la gestion des manifestations du 17 octobre

Ces révélations interviennent alors que le gouvernement fait face à des critiques sur l’anticipation des violences et les effectifs de sécurité déployés lors des manifestations du 17 octobre.

Le président Emmanuel Macron a reconnu des défaillances dans l’anticipation des événements. Il a toutefois refusé la démission proposée par le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez.

Les mobilisations, initialement portées par des revendications lycéennes avant de s’élargir à d’autres contestations sociales, ont été marquées par des affrontements, des incendies et des pillages dans plusieurs villes françaises.

La polémique autour des services de renseignement ajoute ainsi une nouvelle dimension aux tensions entre le gouvernement et La France insoumise. Elle soulève des questions sur l’utilisation des notes de renseignement dans le débat politique et sur l’attribution des violences à des mouvements politiques.

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