Démission refusée de Laurent Nuñez: Macron maintient son ministre

La rédaction
11:21, 19/10/2026, lundi
Yeni Şafak
Démission refusée de Laurent Nuñez: Macron maintient son ministre
SIMON WOHLFAHRTAFP
Macron refuse la démission du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez après les violences du 17 octobre.

Emmanuel Macron a refusé la démission de Laurent Nuñez, remise dimanche après les violences du 17 octobre. L'Élysée invoque la continuité du commandement des forces de l'ordre. Le ministre reconnaît pourtant une perte de contrôle dans plusieurs villes. Il reste aussi mis en cause dans l'affaire Rima Hassan, qu'il conteste. La Nouvelle Aube revient sur le bilan du week-end, les réactions politiques et les suites possibles.

Emmanuel Macron a refusé la démission de Laurent Nuñez. Le ministre de l'Intérieur l'avait remise dimanche 18 octobre, au lendemain de violences d'une ampleur rare. Ainsi, l'Élysée invoque la nécessité d'un
"commandement continu"
des forces de l'ordre. Cependant, l'affaire Rima Hassan fragilise déjà le ministre depuis plusieurs semaines.

Pourquoi la démission de Laurent Nuñez a été refusée

Le ministre a remis sa démission au chef de l'État dimanche. L'Élysée l'a annoncé lundi matin. Emmanuel Macron l'a refusée au nom du
"commandement continu"
des forces de l'ordre.

Le président reconnaît pourtant des défaillances d'anticipation et de renseignements. Par conséquent, il exige de la transparence sur ces ratés. Il demande aussi de nouveaux modes d'action contre les casseurs.

Laurent Nuñez admet lui-même
"une perte de contrôle"
dans certaines grandes villes. En outre, il reconnaît
"un manque d'anticipation"
: les effectifs étaient sous-dimensionnés face aux casseurs. Il s'exprimait lundi sur France Inter.

Pourtant, le ministre est en poste depuis un an tout juste. Il a succédé à Bruno Retailleau en octobre 2025. Dimanche, plusieurs élus de l'opposition, notamment à l'extrême droite, réclamaient son départ.

Un week-end de violences et un lourd bilan

Tout part d'un mouvement lycéen né le 18 septembre. En effet, les élèves réclament plus de moyens et le remplacement des professeurs absents. Selon l'AFP, la mobilisation touche plus d'un quart des lycées et une trentaine d'universités.

Le 7 octobre, Laurent Nuñez a suspendu l'usage des grenades assourdissantes. Un lycéen avait eu une main arrachée à Lens. Néanmoins, le ministre a prévenu qu'elles pourraient servir le 17 octobre en cas de
"violences urbaines extrêmement graves".

Samedi 17 octobre, une journée contre la vie chère a réuni lycéens, étudiants, gilets jaunes, militants du climat et agriculteurs. Ensuite, des pillages et des heurts ont éclaté dans de nombreuses villes. Les autorités comptent près de 2 400 interpellations samedi et près de 1 000 membres des forces de l'ordre blessés.

Marseille a subi le choc de plein fouet. Les autorités y évoquent jusqu'à 30 000 pilleurs samedi. Dimanche, en revanche, Paris a connu 351 interpellations. De plus, le maire Emmanuel Grégoire dénombre une trentaine de commerces pillés.

Les aveux d'échec du pouvoir

Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, reconnaît que l'État a
"failli incontestablement"
. En effet, il pointe un défaut de renseignement. Par ailleurs, il fait état de 2 331 gardes à vue sur le week-end et de dizaines de détentions provisoires.
Emmanuel Macron, lui, parle de colère et de honte. Il accuse des factieux d'ultra-gauche et promet d'être
"intraitable"
. En revanche, il distingue les manifestants aux revendications légitimes des pilleurs.

Une classe politique divisée

À droite, Bruno Retailleau réclame l'état d'urgence. Édouard Philippe, lui, estime que
"notre pays a besoin d'être commandé"
. Ces deux voix demandent donc d'abord de l'ordre.
À gauche et chez les syndicats, le ton diffère. La CGT juge que le président
"n'a rien compris"
à la situation. Quant à Manuel Bompard, de La France insoumise (LFI), il dénonce une allocution vide. Enfin, le maire de Paris évoque un
"pourrissement"
du mouvement social.

L'affaire Rima Hassan, autre point noir du ministre

Avant ce week-end, LFI exigeait déjà le départ du ministre. En cause : l'affaire Rima Hassan. Le 2 avril 2026, l'eurodéputée franco-palestinienne est placée en garde à vue pour apologie du terrorisme. Un simple post sur X motive cette procédure.

Le jour même, plusieurs médias évoquent de la drogue de synthèse dans son sac. Pourtant, le parquet de Paris classe sans suite l'enquête sur les stupéfiants quelques jours plus tard. L'information était donc fausse.

Mi-septembre, l'émission Complément d'enquête met en cause le ministre. Selon elle, il a
"en partie contribué"
à diffuser cette fausse information. Des journalistes affirment qu'il parlait en off, dans le train du retour de Bordeaux. Laurent Nuñez dément:
"Je n'ai organisé aucune fuite".
Rima Hassan a annoncé une plainte devant la Cour de justice de la République le 18 septembre. Son avocat, Me Vincent Brengarth, dénonce un
"scandale d'État"
. Par ailleurs, selon le parquet de Paris, une enquête de l'IGPN sur les fuites reste en cours.

Un contraste saisissant

Une élue qui porte la cause palestinienne a vu sa réputation salie par une fausse information. Le ministre accusé d'y avoir contribué, ce qu'il conteste, garde son poste. Pendant ce temps, Rima Hassan comparaît à Paris les 19 et 20 octobre pour apologie du terrorisme.

Elle bénéficie de la présomption d'innocence. De plus, défendre les droits des Palestiniens ne saurait être assimilé à du terrorisme. La Nouvelle Aube le répète: critiquer la politique israélienne n'est pas un crime.

Quelles suites après ce refus de démission ?

Laurent Nuñez devait d'abord se rendre à Marseille lundi. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a réuni une cellule de crise. Ainsi, elle traite trois volets : économie-commerce, assurance et suivi judiciaire.

Emmanuel Macron promet aussi des rencontres avec les partis, les syndicats et les collectivités. En outre, les préfets pourront interdire certains rassemblements. En conséquence, le droit de manifester risque de reculer, alors que les revendications sociales restent entières.

Maintenir un ministre contesté à six mois du premier tour de la présidentielle expose l'exécutif. Laurent Nuñez reste donc sous surveillance, du Parlement comme de la justice.

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