Estonie : un recensement inédit de l'art soviétique
16:27, 08/08/2026, samedi
AFP

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Une gravure représentant un souffleur de verre,Des étudiants estoniens parcourent le pays pour inventorier les œuvres d'art créées durant la période soviétique (1940-1991), dans le cadre d'un projet visant à réévaluer ce patrimoine controversé, selon les organisateurs.
Un patrimoine controversé à réévaluer
Une gravure représentant un souffleur de verre, découverte derrière le comptoir d'un bar de campagne, illustre le vaste recensement de l'art soviétique actuellement mené en Estonie, un pays qui cherche pourtant à tourner la page de cette période d'occupation. Des dizaines d'étudiants parcourent actuellement le territoire estonien pour inventorier les œuvres réalisées par des artistes locaux durant les cinquante années d'occupation soviétique, soit de 1940 à 1991. Cette œuvre modeste, achevée en 1963 par le graphiste Olev Soans, s'inscrit parmi les centaines de fresques, mosaïques, gravures et vitraux subsistant dans l'ancienne république soviétique, témoignages visibles mais usés d'un passé controversé.
"C'est une partie de notre histoire, le fait que l'Union soviétique ait été dans notre pays, qu'elle l'ait occupé",
a souligné auprès de l'AFP Siiri-Liis Huttunen, coordinatrice du projet. Par ailleurs, durant ces décennies, "la vie ne s'est pas arrêtée, les artistes ont continué à travailler, à étudier (...), ceci fait aussi partie de notre patrimoine collectif",
a-t-elle ajouté. Commandité par le Conseil du patrimoine d'Estonie et organisé conjointement par l'Académie estonienne des Beaux-Arts et l'Université de Tallinn, ce programme vise à établir le premier panorama exhaustif de l'art monumental et décoratif de cette période, selon la même source.Contexte géopolitique et méthodologie de terrain
Dans ce contexte, alors que l'Estonie constitue depuis 2022 l'un des alliés les plus déterminés de Kiev face à l'invasion russe, la crainte d'une éventuelle menace moscovite pèse sur Tallinn. Le pays partage une frontière de 294 kilomètres avec la Russie et a déjà enregistré plusieurs incursions de drones ainsi que des violations de son espace aérien. De plus, à l'instar de la Lettonie et de la Lituanie, l'Estonie procède actuellement au retrait des monuments militaires, des tombes de l'Armée rouge et autres symboles de la domination soviétique.
Toutefois, pour les générations nées après la chute de l'URSS, cet héritage artistique offre l'opportunité de reconsidérer l'histoire nationale et de valoriser les contributions spécifiques des créateurs estoniens. Les artistes
"ne sont pas responsables d'être nés à l'époque soviétique",
a indiqué Mme Huttunen. Dans le cadre de cette enquête, les étudiants inspectent méticuleusement écoles, anciennes usines, kolkhozes désaffectés et bâtiments résidentiels à la recherche de ces traces patrimoniales, notamment dans les régions reculées.Nombre d'œuvres ont disparu lors de la démolition de leurs supports architecturaux, obligeant les chercheurs à consulter archives et presse d'époque ainsi qu'à interroger les populations locales. En compilant ces données, le Conseil du patrimoine entend déterminer les pièces
"ayant une valeur suffisante pour être préservées"
et "celles qui nécessitent une protection urgente",
a précisé à l'AFP Hilkka Hiiop, présidente de l'Académie estonienne des Beaux-Arts.La ligne de démarcation entre art et propagande
Par ailleurs, le projet exclut délibérément les œuvres à connotation militaire et celles portant des références politiques explicites. Celles-ci ont déjà été, pour nombre d'entre elles, retirées ou occultées afin
"que le régime d'occupation ne soit plus glorifié dans l'espace public",
a indiqué à l'AFP Reesi Sild, conseillère au ministère estonien de la Culture. Le gouvernement recommande ainsi le démontage ou la modification d'environ 240 monuments "chargés idéologiquement".
Toutefois, déterminer ce qui relève de l'art
"idéologique"
s'avère délicat. Les motifs industriels caractéristiques du réalisme socialiste, très répandu dans l'ex-bloc soviétique, reflètent "l'idéologie sous-jacente"
, notamment "les plans quinquennaux et le travail comme thème central",
a expliqué à l'AFP Maria Leemet, doctorante et coordinatrice sur le terrain. Devenu membre de l'OTAN et de l'Union européenne, l'État balte cherche généralement à prendre ses distances avec cette époque, mais la réalisation de ces pièces par des artistes nationaux incite désormais à réévaluer leur place dans l'histoire culturelle.Indices de résistance dissimulés
Dans ce contexte, même dans des créations au style apparemment conforme, certains observent des signes de résistance subtilement dissimulés ayant échappé à la censure.
"Peut-être suis-je le seul à voir ça, mais ce chapeau ressemble davantage à un couvre-chef traditionnel du folklore estonien",
a remarqué Martin Danilas, étudiant de 23 ans à l'Université de Tallinn, devant la gravure du souffleur de verre.À lire également:

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