Érythrée-Éthiopie: Asmara saisit l'ONU sur la "déclaration de guerre"
17:45, 10/10/2026, samedi
AFP

Photo par HANDOUT / RUSSIAN FOREIGN MINISTRY / AFP
Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le ministre érythréen des Affaires étrangères Osman Saleh Mohammed tiennent une réunion à Sotchi le 22 mars 2023.L'Érythrée a saisi samedi le Conseil de sécurité de l'ONU pour demander la condamnation de la "déclaration de guerre déplorable" de l'Éthiopie, avertissant que cela "déstabilisera la région tout entière", selon une lettre du ministre des Affaires étrangères.
Asmara saisit le Conseil de sécurité
Le ministre des Affaires étrangères érythréen, Osman Saleh, a adressé samedi une lettre au Conseil de sécurité des Nations unies pour demander l'intervention de l'instance internationale. Il a enjoint les quinze membres du Conseil de
"condamner fermement la déclaration de guerre déplorable de l'Éthiopie contre l'Érythrée",
selon le document diplomatique. La missive appelle également l'organisation à "prendre les mesures dissuasives qui s'imposent" face à cette escalade.Accusations réciproques et déploiement militaire
Cette démarche intervient après que l'Éthiopie eut accusé la veille son voisin d'une
"agression flagrante"
justifiant son "droit inhérent à la légitime défense". Addis Abeba dénonce le déploiement ces derniers jours de troupes érythréennes dans le nord de l'Éthiopie, notamment dans la région du Tigré. En outre, entre 5.000 et 8.000 soldats érythréens seraient présents sur ce théâtre d'opérations, selon une source sécuritaire étrangère.Tensions historiques et enjeu stratégique
Les relations entre les deux États, autrefois partie d'une même fédération, connaissent des phases d'acrimonie depuis l'indépendance érythréenne en 1993. Après une guerre sanglante de 1998 à 2000 ayant fait des dizaines de milliers de morts, un rapprochement s'était esquissé en 2018 avec l'arrivée au pouvoir d'Abiy Ahmed. Toutefois, le contentieux persiste sur l'accès à la mer pour l'Éthiopie enclavée, Addis Abeba lorgnant notamment sur le port d'Assab contrôlé par Asmara.
Rupture diplomatique et affrontements armés
La crise actuelle s'inscrit dans une dynamique de dégradation entamée il y a plusieurs années, les deux parties s'accusant mutuellement de déstabilisation. L'Éthiopie a rompu ses relations diplomatiques avec l'Érythrée le 1er octobre, dénonçant des actes
"d'hostilités et de belligérance".
Par ailleurs, les forces fédérales éthiopiennes ont utilisé des drones dans la nuit de mercredi à jeudi contre des positions érythréennes à Adigrat, ville située à une quarantaine de kilomètres de la frontière, provoquant le repli des troupes d'Asmara vers le nord.Contexte régional et risque d'extension
L'escalade militaire s'intègre dans la reprise des combats opposant depuis plus de deux semaines l'armée fédérale éthiopienne aux forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). L'Éthiopie accuse depuis des mois l'Érythrée de soutenir les rebelles du Tigré, alors que ces derniers avaient déjà affronté les forces gouvernementales lors d'une guerre dévastatrice de 2020 à 2022. Dans sa lettre à l'ONU, le chef de la diplomatie érythréenne a mis en garde contre des conséquences régionales, affirmant que la déclaration de guerre éthiopienne
"causera des ravages considérables aux populations des deux pays et déstabilisera la région tout entière".
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