Décès de Dafroza Gauthier, traqueuse des génocidaires rwandais
13:45, 04/10/2026, dimanche
AFP

Photo par BERTRAND GUAY / AFP
La traqueuse de génocidaires rwandais et membre du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), Dafroza Gauthier, sourit en quittant la salle d’audience lors d’une suspension du procès en appel de Pascal Simbikangwa à Bobigny, le 25 octobre 2016. Dafroza Gauthier, qui a consacré son existence à la poursuite des génocidaires rwandais réfugiés en France, est décédée samedi à Reims à l'âge de 72 ans, a indiqué à l'AFP son époux Alain Gauthier.
Annonce du décès à Reims
Selon l'AFP, Dafroza Gauthier est décédée samedi dans la ville de Reims. Son mari, Alain Gauthier, a annoncé la nouvelle dimanche.
"Mes pensées vont à mes enfants et petits-enfants enfants mais aussi à tous ceux que le génocide des Tutsi a fracassés, aux victimes pour lesquelles Dafroza a consacré sa vie"
, a-t-il déclaré à l'agence.Par ailleurs, il a tenu à exprimer sa gratitude envers ceux qui ont croisé leur chemin.
"Je voudrais remercier tous ceux qui disent que Dafroza est une grande dame qui a changé quelque chose dans leur vie",
a-t-il ajouté.Les "Klarsfeld du Rwanda"
Le couple Gauthier est souvent comparé à Beate et Serge Klarsfeld, célèbres chasseurs de nazis. De plus, ils ont cofondé en 2001 le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), à l'origine de la quasi-totalité des plaintes visant des Rwandais réfugiés en France suspectés d'avoir participé au génocide de 1994.
Pendant près de trente ans, Dafroza Mukarumongi-Gauthier, ancienne ingénieure chimiste de 72 ans, a arpenté avec son conjoint les collines rwandaises durant leurs congés puis leur retraite, collectant des témoignages d'anciens bourreaux, de prisonniers et de survivants. Leur méthode consistait à recueillir des preuves sur le terrain pour alimenter les procès en France.
Un drame personnel
Leur engagement trouve son origine dans un traumatisme intime. Toutefois, la vie de Dafroza a basculé le 8 avril 1994 lorsque sa mère a été abattue dans une paroisse où elle s'était réfugiée. Entre soixante-dix et quatre-vingts membres de sa famille maternelle ont été exterminés, incluant oncles, neveux et cousins.
"C'est un vertige et un gouffre... tous ces morts qui nous habitent",
confiait-elle à l'AFP en 2024.En outre, le couple dénonçait depuis des années l'accueil complaisant réservé en France à de nombreux génocidaires présumés, en raison des liens historiques entre Paris et l'ancien régime de Juvénal Habyarimana. Cette situation a longtemps freiné les procédures judiciaires visant les responsables du massacre.
La justice comme réparation
Pour Dafroza Gauthier, la justice représentait un outil essentiel. Selon ses propres termes rapportés par l'AFP, elle estimait qu'elle permettait de
"faire le deuil"
et d'"enrayer l'impunité". "Ce que l'on fait au cours d'un procès, c'est réhabiliter les victimes, dire leurs noms et ce qu'elles étaient",
expliquait-elle. "C'est cette réparation morale que les victimes attendent".
Pour rappel, le génocide des Tutsi au Rwanda a fait plus de 800 000 morts entre avril et juillet 1994, laissant des cicatrices indélébiles dans la mémoire collective.
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