Burkina Faso : une loi controversée renforce le contrôle des cultes

La rédaction avec
10:02, 23/06/2026, mardi
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Burkina Faso : une loi controversée renforce le contrôle des cultes
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Le Ministre burkinabè de l’Administration territoriale et de la Mobilité, Emile Zerbo.

L'Assemblée législative de transition du Burkina Faso a adopté samedi une loi renforçant le contrôle étatique sur les organisations religieuses, un texte controversé dénoncé par une partie de la communauté musulmane.

Adoption d'un texte controversé

L'Assemblée législative de transition du Burkina Faso a adopté samedi à l'unanimité des députés présents une loi composée de 110 articles répartis en six titres, un texte qui renforce considérablement le contrôle de l'État sur les organisations confessionnelles et suscite de vives réactions dans la société civile.

Selon le ministère de l'Administration territoriale, cette réforme vise officiellement à combler un vide juridique tout en luttant contre
"le radicalisme religieux"
ainsi que contre les discours intégristes susceptibles de menacer la stabilité d'un pays sahélien confronté depuis plusieurs années à une insécurité persistante et à des attaques terroristes récurrentes.

Restrictions et nouvelles obligations

La nouvelle législation interdit désormais l'installation de lieux de culte au sein des services publics et prohibe strictement l'enseignement religieux dans les établissements scolaires publics ainsi que dans les écoles privées à caractère laïc, soumettant par ailleurs les flux financiers et les activités des organisations religieuses à une surveillance accrue et détaillée des autorités administratives.

De plus, elle oblige les différentes confessions à adhérer obligatoirement à une structure faîtière unique reconnue par l'État et prévoit la création d'un organe national spécifiquement chargé du contrôle des programmes d'enseignement religieux ainsi que de l'homologation des compétences des responsables cultuels avant leur autorisation à prêcher.

Sanctions pénales et régulation des pratiques

Le texte législatif introduit également des sanctions pénales sévères contre l'exploitation des mineurs et des personnes vulnérables à des fins religieuses, visant notamment à éradiquer la mendicité forcée, la déscolarisation des enfants, le travail imposé ou encore les abus sexuels commis sous couvert d'activités spirituelles par des individus ou des groupes organisés.

Toutefois, certaines prédications de masse, y compris celles réalisées par visioconférence depuis l'étranger, seront désormais soumises à une autorisation préalable obligatoire délivrée par les autorités compétentes, une mesure que le ministre Émile Zerbo a fermement justifiée par la nécessité impérieuse de préserver l'ordre public et la cohésion sociale dans ce pays d'environ 25 millions d'habitants, majoritairement musulman mais historiquement marqué par une importante diversité confessionnelle incluant des communautés catholiques et protestantes.

Contexte de crise sécuritaire

Les autorités burkinabè présentent cette réforme comme un outil indispensable de lutte contre le terrorisme et l'extrémisme violent qui frappent le pays depuis 2015, soulignant que le vide juridique antérieur permettait à certains groupes d'utiliser des lieux de culte comme des couvertures pour recruter des combattants ou collecter des fonds au profit d'organisations terroristes actives dans la région du Sahel.

Selon la même source, la loi vise également à protéger les mineurs contre l'endoctrinement précoce tout en garantissant formellement la liberté de culte, bien que les critiques redoutent une instrumentalisation de ce cadre légal pour museler toute opposition religieuse au pouvoir en place.

Contestations et répression des opposants

Par ailleurs, l'adoption de cette loi s'inscrit dans un climat de fortes tensions avec une partie significative de la communauté musulmane, plusieurs imams et responsables religieux ayant publiquement dénoncé une ingérence inacceptable de l'État dans les affaires purement cultuelles et une restriction grave des libertés religieuses fondamentales garanties par les textes internationaux.

Ces protestations ont débouché sur des manifestations de rue, faits particulièrement rares dans un pays dirigé par les militaires depuis le coup d'État de 2022 qui a renversé le gouvernement civil, et ont été accompagnées selon des organisations religieuses et des proches des personnes concernées de l'interpellation arbitraire de plusieurs figures religieuses influentes ces derniers mois.

Selon des sources concordantes, l'imam Mahmoud Barro a disparu depuis fin mars après avoir critiqué publiquement et vivement le projet de loi lors de prêches, tandis que l'imam Mohamed Ishaq Kindo, qui s'était également opposé de manière résolue au texte législatif, a été arrêté fin mai par les forces de sécurité et sa mosquée a été fermée administrativement par les autorités pour des raisons officiellement liées à l'ordre public et à la prévention des troubles.


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