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15:02, 06/08/2026, jeudi

Mosquée al-Aqsa : la Jordanie alerte sur un risque de conflit religieux mondial

Le ministre jordanien des Affaires étrangères Ayman Safadi tire la sonnette d'alarme sur la mosquée al-Aqsa. Selon lui, le conflit israélo-arabe n'a jamais été religieux : sa cause reste l'occupation illégale des terres palestiniennes. Mais les violations israéliennes du statu quo à Jérusalem risquent de déclencher un affrontement religieux incontrôlable. Amman convoque une réunion d'urgence des ministres arabes et musulmans et réclame des mesures internationales fermes contre l'escalade.

Le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, hausse le ton. Il avertit que les violations israéliennes à la
mosquée al-Aqsa
peuvent embraser bien au-delà de la Palestine. Son message est clair: le conflit n'a jamais été religieux, mais Israël est en train de le rendre tel.
Amman s'apprête par ailleurs à réunir en urgence les ministres arabes et musulmans des Affaires étrangères. Le royaume, gardien historique des lieux saints de Jérusalem, dénonce une menace
"imminente"
de mainmise israélienne sur l'esplanade.

Ce qu'a déclaré Ayman Safadi

Le chef de la diplomatie jordanienne a livré une mise en garde solennelle. Voici sa déclaration intégrale.

"Le conflit israélo-arabe n'a jamais été un conflit religieux. La cause du conflit est l'occupation illégale par Israël des terres palestiniennes et son déni du droit du peuple palestinien à la liberté et à la création d'un État sur sa patrie historique. En violant le caractère sacré de la mosquée al-Aqsa et en tentant de saper son identité, le gouvernement israélien s'expose à un conflit religieux susceptible de déclencher des appels au jihad mondial pour protéger l'un des trois lieux saints pour quelque deux milliards de musulmans. Ce danger est trop grand pour être contenu s'il venait à éclater. C'est pourquoi nous tirons la sonnette d'alarme. Nous appelons la communauté internationale à prendre des mesures fermes et claires pour mettre un terme aux violations israéliennes à Jérusalem et à l'encontre de ses lieux saints, pour mettre fin aux politiques qui renforcent l'occupation en Palestine occupée (Cisjordanie), détruisent tout espoir de paix juste, empêchent la stabilité, perpétuent la catastrophe à Gaza et privent l'ensemble de la région et de ses peuples du droit de vivre en sécurité et en paix."

Un avertissement qui vise la stratégie israélienne

La formule est frappante. Safadi ne menace pas : il décrit un engrenage.

En effet, le ministre distingue deux réalités. D'un côté, une cause politique claire, celle de l'occupation. De l'autre, une dérive religieuse fabriquée par les provocations israéliennes.

Cette distinction n'est pas anodine. Depuis des décennies, les responsables palestiniens et arabes refusent le cadre religieux imposé au conflit. Ainsi, la revendication reste politique: la fin de l'occupation et un État palestinien souverain.

Cependant, les incursions répétées à al-Aqsa changent la donne. Elles transforment un litige de souveraineté en affrontement de symboles sacrés.

Al-Aqsa n'est pas un lieu de culte parmi d'autres. C'est le troisième lieu saint de l'islam, après La Mecque et Médine.

Le site fut la première qibla, la direction de prière des musulmans. Il occupe donc une place centrale dans la mémoire religieuse mondiale.

C'est pourquoi toute atteinte au site produit une onde de choc immédiate. De Rabat à Jakarta, les opinions publiques réagissent en quelques heures.

Le statu quo en vigueur depuis 1967 encadre pourtant l'accès. Selon ce régime, seuls les musulmans peuvent y prier. Les non-musulmans peuvent visiter, mais pas célébrer de culte.

Des incursions de plus en plus organisées

Or ce cadre s'érode à vue d'œil. Le 23 juillet, plus de 2 000 Israéliens sont entrés sur l'esplanade et y ont prié.

Le ministre d'extrême droite Itamar Ben Gvir conduisait ce rassemblement. Sa présence répétée sur le site donne une caution gouvernementale à la remise en cause du statu quo.

De plus, ces incursions ne relèvent plus de l'initiative isolée. Elles sont annoncées, encadrées et protégées par la police israélienne.

En revanche, les fidèles palestiniens subissent des restrictions constantes. Les hommes de moins de 50 ans sont régulièrement refoulés aux portes de la Vieille Ville.

Amman convoque une réunion d'urgence

Face à cette escalade, la Jordanie passe à l'action diplomatique. Amman réunit les ministres arabes et musulmans des Affaires étrangères.

Le royaume dispose d'une légitimité particulière. La tutelle hachémite sur les lieux saints musulmans et chrétiens de Jérusalem est reconnue par le traité de 1994.

Par ailleurs, cette tutelle est aujourd'hui directement contestée sur le terrain. Des responsables israéliens évoquent ouvertement un partage du site, voire un changement de son statut.

La Jordanie y voit une ligne rouge. Safadi parle d'un danger
"trop grand pour être contenu"
.

Gaza, Jérusalem, Palestine occupée: un même continuum

Le ministre jordanien relie explicitement trois fronts. Il cite Jérusalem, la Palestine occupée (Cisjordanie) et Gaza dans une même phrase.

Cette lecture est cohérente. La colonisation s'étend, les démolitions se multiplient et la population de Gaza reste plongée dans une catastrophe humanitaire.

Ainsi, la question des lieux saints n'est pas un dossier séparé. Elle constitue le prolongement symbolique d'une politique d'annexion.

C'est pourquoi Safadi appelle la communauté internationale à des "mesures fermes et claires". Les condamnations verbales, répétées depuis des années, n'ont rien changé.

Une responsabilité internationale de plus en plus questionnée

Le droit international est pourtant explicite. Jérusalem-Est est un territoire occupé au regard des résolutions du Conseil de sécurité.

En juillet 2024, la Cour internationale de justice a jugé illégale la présence israélienne dans les Territoires palestiniens occupés. Elle a demandé son retrait.

Cependant, aucune conséquence concrète n'a suivi. Ce vide alimente le sentiment d'impunité dénoncé par Amman.

La Türkiye, l'Arabie saoudite et l'Indonésie ont également multiplié les mises en garde sur al-Aqsa. Le front diplomatique musulman reste toutefois fragmenté.

La communauté internationale agira-t-elle avant l'irréparable, ou constatera-t-elle les dégâts après coup ?

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