L'opération, annoncée fin 2023, s'est heurtée à une vive opposition syndicale et politique aux États-Unis, obligeant le groupe japonais à accepter des conditions strictes imposées par Washington.
"Les entreprises ont désormais finalisé la transaction envisagée par leur accord de fusion"
, ont indiqué mercredi les deux groupes dans un communiqué commun.Une opération sous haute tension politique
Le rachat, bloqué en janvier par le président Joe Biden pour des motifs de "sécurité nationale"
, a finalement été validé en mai par son successeur Donald Trump, après un réexamen lancé en avril. Pendant sa campagne, Trump s'était lui aussi opposé à cette acquisition, US Steel ayant son siège en Pennsylvanie, un État stratégique électoralement. Le contrôle reste américain
Le groupe japonais détient désormais 100 % des actions ordinaires de US Steel, regroupées au sein d'une entité ad hoc, filiale de Nippon Steel North America. L’aciériste américain a été retiré de la cote boursière, selon un document remis à la SEC.
Pour obtenir le feu vert de Washington, Nippon Steel a dû s’engager à investir 11 milliards de dollars d’ici 2028, dont 2,7 milliards sont déjà en cours. L’accord impose aussi que la majorité des postes au conseil d’administration et toutes les fonctions de gouvernance clés soient occupés par des citoyens américains. Le gouvernement fédéral pourra nommer un administrateur indépendant.
Une "golden share"
– une action spéciale sans dividende mais dotée d’un droit de veto perpétuel – est octroyée à l’État américain. Cette mesure empêche tout changement stratégique sans l’accord présidentiel, notamment un transfert de siège, un changement de nom, une délocalisation de production, ou une fermeture d’usine. Une "golden share" controversée
Alors que certains analystes redoutent un affaiblissement de la capacité de gestion du groupe, le PDG de Nippon Steel, Eiji Hashimoto, a assuré que ces dispositions n’entraveront pas les opérations prévues. "L'accord nous satisfait pleinement. Il garantit la liberté de gestion et la relance de la productivité"
, a-t-il déclaré jeudi, ajoutant que le groupe ne délocalisera ni emplois ni sites américains. La chercheuse Sarah Bauerle Danzman, de l'Atlantic Council, note cependant qu'une telle disposition pourrait poser problème si une récession imposait des ajustements non conformes aux engagements.
Pression syndicale maintenue
Le syndicat USW (United Steelworkers), farouche opposant au rachat, affirme qu’il continuera à surveiller l'application des engagements pris par Nippon Steel. "Nous utiliserons l’outil le plus puissant à notre disposition : la négociation sociale"
, a déclaré son président, David McCall. Le syndicat a par ailleurs dénoncé le "pouvoir personnel saisissant"
que ce mécanisme accorde à Donald Trump. Un géant renforcé, mais endetté
Fondée en 1901, US Steel compte 22.000 salariés et a généré 15,64 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2024. Le groupe américain s'était engagé dans une coûteuse transition vers des fours électriques pour réduire son empreinte carbone.
Avec cette acquisition, Nippon Steel augmente sa capacité de production à 86 millions de tonnes, contre 63 millions précédemment, sans ouvrir de nouvelles usines dans un marché saturé par la surproduction, notamment chinoise.
L’opération permet également au japonais d’échapper aux droits de douane américains sur les importations d’acier, tout en répondant à la demande interne des États-Unis.
Si l’endettement du groupe inquiète certains actionnaires et agences de notation, les marchés ont salué la finalisation de l’opération : l’action Nippon Steel a grimpé de 4,6 % jeudi à la Bourse de Tokyo.
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