La bascule iranienne de Trump

Abdullah Muradoğlu
Abdullah MuradoğluAuteur Nouvelle Aube
09:38, 30/06/2026, mardi • Rédaction de Nouvelle Aube - Yeni Şafak Français français
La bascule iranienne de Trump
La semaine dernière est paru l’ouvrage commun de Maggie Haberman et Jonathan Swan, journalistes au New York Times, intitulé Changement de régime : les coulisses de la présidence impériale de Donald Trump.
Ce livre d’environ 500 pages revient notamment en détail sur les discussions relatives à la guerre contre l’Iran qui se sont tenues dans la Situation Room de la Maison-Blanche.

Invitée dimanche dans l’émission Meet the Press sur NBC News, la journaliste Maggie Haberman expliquait que le vice-président américain JD Vance avait été la seule personnalité à défendre ouvertement l’idée que les États-Unis ne devaient pas mener une guerre contre l’Iran dans le but d’y provoquer un changement de régime.


Rappelons que JD Vance est aujourd’hui devenu le principal visage politique des négociations visant à signer un mémorandum d’accord avec l’Iran.
En raison du rôle qu’il joue dans ces discussions, il est désormais la cible des faucons anti-iraniens, des néoconservateurs, d’Israël ainsi que des éditorialistes sionistes aux États-Unis.

Resté en retrait au début de la guerre, Vance est revenu au premier plan après la décision de Trump d’accepter un cessez-le-feu avec l’Iran. Les républicains les plus faucons, farouchement pro-israéliens et opposés à tout accord avec Téhéran, ont préféré concentrer leurs attaques sur Vance plutôt que de s’en prendre directement à Trump.


Pourtant, durant la campagne présidentielle de 2024, Vance avait promis que les États-Unis n’entreraient pas en guerre contre l’Iran. Invité à une émission à cette époque, il avait affirmé que les États-Unis n’avaient pas vocation à surveiller en permanence toutes les régions du monde, ajoutant :


"Je pense qu’il est dans notre intérêt de ne pas entrer en guerre contre l’Iran. Cela détournerait considérablement nos ressources vers une autre direction. Ce serait un coût extrêmement lourd pour notre pays."

Dans une autre intervention, il avait qualifié une guerre entre Israël et l’Iran de scénario "le plus probable et le plus dangereux" susceptible de déclencher une troisième guerre mondiale.


Vance face aux faucons de Washington


L’absence de Vance, le 28 février, dans la salle où Trump dirigeait l’opération contre l’Iran n’était pas passée inaperçue. Au même moment, une photographie le montrant aux côtés de la directrice du renseignement national, Tulsi Gabbard, connue pour son opposition à une guerre contre l’Iran, avait été diffusée. L’expression fermée de Gabbard avait particulièrement retenu l’attention. Cette image donnait clairement à voir le malaise partagé par les deux responsables.


Les médias avaient également révélé que Vance s’était opposé, l’an dernier, aux frappes aériennes contre les forces houthistes au Yémen
, après que celles-ci eurent fermé le détroit de Bab el-Mandeb en réaction aux actions d’Israël. Selon Vance, le fait que les Houthis empêchent uniquement les navires transportant des marchandises vers Israël d’emprunter ce passage ne constituait pas un problème relevant directement des intérêts américains.

Il y a quelque temps, les critiques formulées par Vance contre Israël, qu’il accusait de chercher à faire échouer l’accord de cessez-le-feu avec l’Iran, ont provoqué de fortes réactions aussi bien à Tel-Aviv qu’à Washington. Bien que le mémorandum d’accord ait été signé par Trump, les milieux pro-israéliens le qualifient désormais
d’"accord de Vance".

Lorsque l’administration Trump progresse vers un accord avec l’Iran, c’est le vice-président JD Vance qui occupe le devant de la scène. En revanche, lorsque les parties s’éloignent d’un compromis, c’est le secrétaire d’État Marco Rubio, figure des faucons pro-israéliens, qui reprend la main. Au gré des positions adoptées par Trump, l’un monte tandis que l’autre descend, comme sur une balançoire.
Selon les circonstances, Trump choisit de mettre en avant Rubio ou Vance. Tous deux représentent des sensibilités différentes au sein du Parti républicain et figurent déjà parmi les principaux prétendants à l’investiture présidentielle de 2028.

Selon le livre de Maggie Haberman et Jonathan Swan, JD Vance était convaincu qu’une guerre visant à provoquer un changement de régime en Iran serait catastrophique.
Les auteurs expliquent que Vance avait mis en garde Trump : un conflit avec l’Iran risquait de faire éclater sa coalition politique et serait perçu comme une trahison par de nombreux électeurs qui avaient soutenu sa promesse de ne pas engager les États-Unis dans de nouvelles guerres.

Interrogée sur NBC News à propos de l’impact de cette position sur la relation entre le vice-président et Donald Trump, Maggie Haberman répondait :


"Vance a véritablement été la seule personne à élever la voix face à Trump sur cette question. Cela a irrité Trump et a entamé le crédit dont Vance jouissait auprès de lui. Mais il a effectivement été le seul à remettre en cause le statu quo."

Haberman révèle également que les discussions sur une éventuelle guerre contre l’Iran dans la Situation Room avaient été limitées à un cercle extrêmement restreint. Par crainte de fuites, même le secrétaire au Trésor et le secrétaire à l'Énergie, pourtant directement concernés par les conséquences économiques et énergétiques d’un tel conflit, avaient été tenus à l’écart.


Trump avait pourtant été averti des risques qu’une guerre contre l’Iran pouvait entraîner. Il n’a tenu compte d’aucun de ces avertissements. La décision est restée entre les mains d’un très petit nombre de responsables, tandis qu’Israël et Benyamin Netanyahou ont joué un rôle déterminant dans son adoption.


En définitive, cette guerre était celle d’Israël.

Aujourd’hui, Trump semble s’en remettre à JD Vance pour réparer les dégâts provoqués par cette guerre menée dans l’intérêt d’Israël.


Du moins, c’est ce qu’il semble.
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