Mondial 2026 : la Tunisie éliminée par le Japon (0-4), la FTF aux abois

La Tunisie est officiellement éliminée de la Coupe du monde 2026 après sa défaite 0-4 face au Japon, dimanche 21 juin à Monterrey, lors de la 2e journée du groupe F. Battus au stade par des Samouraïs Bleus largement supérieurs, les Aigles de Carthage paient aussi une crise institutionnelle profonde : limogeage express de Sabri Lamouchi, arrivée précipitée d'Hervé Renard et une Fédération (FTF) minée depuis l'affaire Wadie Jary. Retour sur un naufrage sportif et sur les scandales de gouvernance qui le précèdent, à trois jours d'un dernier match d'honneur contre les Pays-Bas.
Une élimination consommée dès la deuxième journée
Le couperet est tombé dans la nuit de dimanche à Monterrey. Battue 0-4 par le Japon, la Tunisie ne peut mathématiquement plus se qualifier pour les seizièmes de finale et quitte le tournoi dès sa deuxième sortie dans le groupe F. C'est la suite logique de l'entrée en lice ratée face à la Suède (1-5) une semaine plus tôt: avec deux défaites et neuf buts encaissés en deux matches, les Aigles de Carthage signent l'un des pires débuts de Coupe du monde de leur histoire récente.
Le scénario du match n'a laissé aucune place au doute. Le Japon a ouvert le score dès la 4e minute par Daichi Kamada, profitant d'un centre venu de la gauche. Ayase Ueda a doublé la mise à la demi-heure de jeu d'une frappe placée au poteau opposé (31e), avant que Junya Ito (69e) puis Ueda à nouveau (84e, son doublé) ne scellent une démonstration nippone. Le sélectionneur Hervé Renard, nommé seulement quelques jours plus tôt, n'a pas eu le temps de redresser un collectif désorganisé face à la rigueur et à la vitesse de transition adverses.
Rencontre symbolique de surcroît: ce Tunisie - Japon était le 1000e match de l'histoire de la phase finale d'une Coupe du monde. Pour la Tunisie, le rendez-vous restera celui d'un naufrage de plus, elle qui n'a jamais franchi le premier tour en sept participations (1978, 1998, 2002, 2006, 2018, 2022 et 2026).
Limogeage de Lamouchi, parachutage de Renard : un emballement révélateur
Le fiasco sportif n'est pas tombé du ciel. Au lendemain de la déroute face à la Suède, la FTF s'est séparée de Sabri Lamouchi, nommé pourtant en janvier 2026. Selon plusieurs médias tunisiens, cette journée de décisions a viré au feuilleton: information du limogeage publiée puis retirée de la page officielle de la fédération, joueurs qui auraient un temps réclamé le maintien du technicien, coups de fil au ministère de tutelle… avant l'annonce, le 15 juin, de l'arrivée d'Hervé Renard.
Renard devient ainsi le quatrième sélectionneur des Aigles de Carthage en quatre ans, après Jalel Kadri, Sami Trabelsi et Sabri Lamouchi. Le pari du choc psychologique en pleine compétition, sur un groupe que le Français ne connaissait pas, s'est avéré intenable en 48 heures.
Plus inquiétant pour l'après-Mondial: selon des informations de presse tunisiennes (journaliste Matteo Trabelsi), Renard aurait été surpris par certaines méthodes internes de la FTF, au point de douter d'un engagement à long terme, la Présidence de la République ayant, toujours selon cette source, tenté de le retenir avec des garanties élargies. Ces éléments relèvent de déclarations rapportées et restent à confirmer.
Les scandales de la FTF qui remontent
Au-delà de la pelouse, l'élimination réveille une crise de gouvernance qui dure depuis des années. Voici les principaux jalons d'un dossier sensible.
L'affaire Wadie Jary, matrice de la crise
Wadie Jary a présidé la FTF de 2012 à octobre 2023, date de son placement en détention provisoire à la suite d'une plainte du ministère de la Jeunesse et des Sports. L'affaire portait notamment sur un contrat jugé non conforme aux procédures administratives en vigueur (poste de directeur technique).
Le 20 février 2025, la chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis l'a condamné à quatre ans de prison ferme, assortis d'une interdiction d'exercer toute fonction dans le sport. Surnommé le dictateur par ses opposants, Jary est décrit par plusieurs enquêtes de presse comme ayant concentré un pouvoir considérable, jusque dans le choix des sélectionneurs.
Une mise sous tutelle de la FIFA
Face au vide laissé par l'incarcération de Jary, la FIFA a placé la FTF sous comité de normalisation, confié à Kamel Idir, avec pour mission d'assainir la gouvernance et d'organiser un scrutin régulier. L'élection du 25 janvier 2025, remportée par Moez Nasri (247 voix devant Mahmoud Hammami, 137, et Jalel Ben Tekaya, 55), a pourtant été largement critiquée.
De nombreux observateurs y ont vu une continuité du système plutôt qu'une rupture, Nasri et le vice-président Hussein Jenayah étant tous deux issus de l'ère Jary. Le rejet, en avril 2024, de plusieurs candidatures concurrentes par une commission alors présidée par Nasri lui-même avait déjà nourri des soupçons de partialité.
Opacité, finances fragiles et défiance persistante
Plusieurs médias spécialisés (Sport News Africa, inkyfada, Tunisie-Foot) décrivent une institution minée par l'opacité, le clientélisme et des difficultés financières, évoquant notamment une réduction de subvention de la FIFA liée à des manquements procéduraux.
Larmes, colère et appels à la démission
Au coup de sifflet final, l'amertume était totale côté tunisien. Le capitaine Ellyes Skhiri (Eintracht Francfort) a dressé un constat sévère sur l'état du football national, tandis que le latéral Ali Abdi, en larmes, a présenté ses excuses aux supporters tout en critiquant le climat médiatique entourant la sélection.
Sur le plan dirigeant, les pressions montent. Le journaliste d'investigation Romain Molina a évoqué des démissions attendues au sein de la FTF au retour de la délégation, là où l'état-major chercherait au contraire à se maintenir, y compris le président Moez Nasri, qualifié de "président fantôme" en raison de sa discrétion publique des derniers jours.
Selon Goal, une réunion d'urgence devait se tenir au camp de la sélection au Mexique pour tirer les conséquences de l'élimination. Ces informations sont à suivre et à confirmer dans les prochains jours.
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