El Niño: 49 millions de personnes de plus menacées par la faim d'ici fin 2027
15:48, 05/08/2026, mercredi
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BAY ISMOYO AFP
Innondation en Indonésie, illustration de l'impact d'El Niño.Le Programme alimentaire mondial avertit qu'El Niño pourrait faire basculer 49 millions de personnes supplémentaires dans l'insécurité alimentaire aiguë d'ici fin 2027. Dans 45 pays déjà fragilisés, le nombre de personnes touchées passerait de 225 à 274 millions. L'Amérique centrale, l'Afrique australe et orientale figurent parmi les zones les plus exposées. Le PAM a déjà engagé 14 millions de dollars d'action anticipative dans six pays et réclame des financements précoces.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) tire la sonnette d'alarme. Selon l'agence onusienne, le renforcement du phénomène El Niño pourrait plonger au moins 49 millions de personnes supplémentaires dans une
insécurité alimentaire aiguë
d'ici la fin 2027. L'organisation accélère donc ses préparatifs dans les pays les plus exposés.El Niño aggrave l'insécurité alimentaire dans 45 pays
La dernière analyse du PAM porte sur 45 pays déjà confrontés à la faim. Dans ces États, le nombre de personnes en situation d'insécurité alimentaire aiguë passerait d'environ 225 millions à 274 millions.
Le saut est brutal. En effet, il représente près de 22 % de personnes touchées en plus, en l'espace de deux ans à peine.
"El Niño est une menace considérable pour la sécurité alimentaire de millions de personnes déjà vulnérables"
, a déclaré Carl Skau, directeur exécutif par intérim du PAM. Ce dernier s'exprimait dans un communiqué publié mercredi à Genève.Des inondations, des sécheresses et des chaleurs extrêmes
Carl Skau détaille les mécanismes redoutés. Ainsi, inondations sévères, sécheresses et températures extrêmes peuvent faire basculer très vite une communauté.
Les familles concernées passent alors du stade de l'adaptation à celui de la crise. Par ailleurs, ce basculement s'opère souvent en quelques semaines seulement.
Le PAM affirme avoir déjà élargi ses réponses précoces dans huit pays. De plus, l'agence appelle les bailleurs à agir avant le pic du phénomène.
Un pic attendu entre septembre et décembre 2026
Selon l'agence onusienne, El Niño devrait culminer entre septembre et décembre 2026. Cependant, ses effets ne s'arrêteront pas là.
Les impacts se prolongeront tout au long de l'année 2027. En effet, le phénomène perturbe les récoltes futures, bien après la fin de l'épisode climatique.
C'est pourquoi le PAM raisonne sur un horizon de deux campagnes agricoles. Une mauvaise saison des pluies pèse en réalité sur plusieurs cycles de production.
Amérique centrale et Afrique australe en première ligne
Les impacts les plus lourds sont attendus en Amérique centrale et en Afrique australe. Toutefois, l'Afrique de l'Est ainsi que l'Asie du Sud et du Sud-Est seront aussi touchées.
L'Amérique latine et les Caraïbes pourraient connaître
"l'une des hausses les plus fortes"
de l'insécurité alimentaire. Plus de 16 millions de personnes y seraient concernées.En Afrique orientale et australe, la situation alimentaire se dégraderait pour plus de 18 millions de personnes. La région cumule déjà conflits, dette et chocs climatiques répétés.
L'Asie-Pacifique et l'Afrique de l'Ouest également exposées
Le PAM projette 8,2 millions de personnes supplémentaires en insécurité alimentaire aiguë en Asie-Pacifique. La zone reste vulnérable aux typhons et aux déficits pluviométriques.
En Afrique de l'Ouest et centrale, l'insécurité alimentaire progresserait de 12 %. Près de 6 millions de personnes de plus seraient ainsi affectées.
Ces chiffres s'ajoutent à des crises déjà installées. De plus, plusieurs de ces pays subissent en parallèle des conflits armés ou des déplacements massifs.
L'action anticipative du PAM déjà engagée dans six pays
Depuis mai, le PAM a activé des plans d'action anticipative dans six pays. Il s'agit du Soudan du Sud, du Tchad, de la Mauritanie, de l'Ouganda, du Guatemala et du Salvador.
L'agence a ainsi débloqué plus de 14 millions de dollars d'assistance. Environ 500 000 personnes en ont bénéficié.
Cette approche consiste à distribuer de l'aide avant le choc, et non après. En revanche, elle exige des financements disponibles très tôt, ce qui reste rare.
Un dollar investi, jusqu'à sept dollars économisés
Le PAM avance un argument économique clair. Chaque dollar investi dans la préparation permettrait d'économiser entre 3 et 7 dollars.
Ces économies portent sur les pertes futures et sur les coûts de réponse d'urgence. C'est pourquoi l'agence insiste sur le financement précoce.
L'argument vise directement les bailleurs internationaux. En effet, les budgets humanitaires arrivent le plus souvent quand la crise est déjà visible.
Une crise climatique qui frappe d'abord les plus fragiles
El Niño désigne un réchauffement anormal des eaux de surface du Pacifique équatorial. Ce phénomène naturel bouleverse les régimes de pluies sur une grande partie du globe.
Les pays qui en paient le prix le plus élevé sont pourtant les moins émetteurs. Ainsi, l'Afrique subsaharienne pèse une part marginale des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Cette injustice structurelle nourrit les débats sur le financement climatique. Par ailleurs, elle rejoint la question plus large des inégalités entre le Nord et le Sud.
En résumé, le message du PAM tient en trois points. D'abord, 49 millions de personnes de plus risquent la faim d'ici fin 2027.
Ensuite, les régions les plus menacées sont l'Amérique centrale, l'Afrique australe et orientale, puis l'Asie du Sud et du Sud-Est. Enfin, agir avant le choc coûte bien moins cher qu'intervenir après.
Le compte à rebours est lancé. Le pic d'El Niño est attendu dans les prochaines semaines.
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