Tensions Paris-Alger: la France envisage des "ripostes" si Alger "continue l'escalade"

10:46, 11/01/2025, samedi
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Tensions Paris-Alger: la France envisage des "ripostes" si Alger "continue l'escalade"
Ludovic MARINAFP
Le ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, quitte le Palais présidentiel de l'Élysée après le conseil des ministres, le 8 janvier 2025.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a évoqué ce vendredi des mesures de rétorsion si Alger "continue l'escalade".

Dans un entretien sur LCI, il s'est dit "stupéfait" par le refus de l'Algérie de reprendre l'influenceur Doualemn, expulsé par la France jeudi mais refoulé dès son arrivée.


Parmi les options évoquées figurent une révision des quotas de visas, une réduction de l'aide au développement ou des ajustements dans la coopération bilatérale.


La France n'aura pas d'autre possibilité que de riposter si cette posture persiste.

L'expulsion de Doualemn, influenceur algérien de 59 ans interpellé à Montpellier pour incitation à la violence sur TikTok, a été refusée par les autorités algériennes qui l'ont renvoyé vers Paris. Selon le ministère de l'Intérieur, Alger n'a fourni
"aucun document valable"
pour justifier cette interdiction de territoire.

Ce revers a ravivé le débat politique en France, notamment sur les accords bilatéraux de 1968 qui accordent aux ressortissants algériens des avantages spécifiques en matière de séjour et d'emploi.

Ce vendredi, le ministre français de l'Intérieur, Bruno Retailleau, a vivement critiqué la décision des autorités algériennes de refuser l'entrée sur leur territoire d'un influenceur expulsé par la France. Lors d'un déplacement à Nantes, le locataire de Beauvau a déclaré:
"L'Algérie cherche à humilier la France"
, qualifiant cette situation de
"seuil extrêmement inquiétant".

Pour l'heure, les autorités algériennes n'ont pas encore réagi aux déclarations des ministres français.


Tensions franco-algériennes


Cette série d'affaires reflète une montée des tensions franco-algériennes, dans un contexte où les relations bilatérales sont déjà fragilisées.


L'Assemblée populaire nationale (APN), chambre basse du Parlement algérien, a dénoncé, mardi, des
"propos irresponsables"
du Président français, Emmanuel Macron sur l'Algérie.

Lundi dernier, le chef d'État français avait commenté l'affaire de l'écrivain algéro-français, Boualem Sansal, arrêté et placé en détention à Alger en novembre 2024. Il avait affirmé que l'Algérie se
"déshonore"
en refusant de libérer l'écrivain.

"L'Algérie que nous aimons tant et avec laquelle nous partageons tant d'enfants et tant d'histoires entre dans une histoire qui la déshonore, à empêcher un homme gravement malade de se soigner"
, avait-il déclaré.

Emmanuel Macron qui s'exprimait à l'Élysée lors de la rencontre annuelle avec les ambassadeurs français, avait demandé aux autorités algériennes de libérer instamment l'écrivain, poursuivi, notamment, pour ses déclarations
"en septembre dernier dans lesquels il a affirmé qu'une partie de l'ouest de l'Algérie appartenait historiquement au Maroc".

Dans un communiqué rendu public, le bureau de l'APN algérienne a jugé que
"les propos de Macron constituent une ingérence flagrante dans les affaires intérieures de l'Algérie et une violation de sa souveraineté et de sa dignité sur une question examinée conformément aux lois algériennes".

Le bureau de l'APN, rappelant que l'Algérie qui avait subi les
"pires violations pendant la colonisation française"
, a exprimé son rejet de
"toute ingérence extérieure"
et son refus de
"recevoir des leçons dans le domaine des droits de l'Homme et des libertés".

Les relations entre Alger et Paris se sont gravement détériorées, depuis plusieurs mois. Attendu en France au début du mois d'octobre dernier, le Président algérien, Abdelmadjid Tebboune, a finalement annulé son déplacement.

Abdelmadjid Tebboune a récemment pointé du doigt le lourd héritage de la colonisation française en Algérie.
"Ceux qui disent que nous avons laissé un paradis à l'Algérie devraient savoir que 90 % du peuple algérien était analphabète au moment de l'indépendance"
, a-t-il affirmé, ajoutant que
"la colonisation a laissé l'Algérie en ruines (...) ils doivent admettre qu'ils ont tué et massacré des Algériens".

Sur le plan régional, il a également pris position sur le dossier du Sahara occidental, qualifiant cette question de
"décolonisation et d'autodétermination"
. Critiquant le plan d'autonomie proposé par le Maroc, il a déclaré que cette initiative relevait d'
"une idée française, pas marocaine"
, soulignant ainsi l'implication indirecte de Paris dans ce différend.

Aussi, l'Algérie a retiré son ambassadeur à Paris, suite à l'annonce par le Président français de sa décision de reconnaître
"la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental".

Le Maroc insiste sur son droit à la région du Sahara et propose une autonomie étendue sous sa souveraineté, tandis que le Front Polisario demande un référendum en application de la Résolution 690 du Conseil de sécurité des Nations unies pour déterminer le sort de la région, position soutenue par l'Algérie, qui accueille des réfugiés de la région contestée.


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