La colère agricole en France attisée par l'accord avec le Mercosur

La rédaction avec
10:52, 18/11/2024, lundi
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AFP
La colère agricole en France attisée par l'accord avec le Mercosur
FRANCOIS NASCIMBENIAFP
Les agriculteurs français ne veulent pas la conclusion d'un accord avec le Mercosur car ils redoutent une concurrence déloyale de produits n'étant pas soumis aux normes environnementales et sanitaires strictes en vigueur en Europe.

Le premier syndicat agricole de France donne lundi le coup d'envoi d'une nouvelle mobilisation dans le pays, moins d'un an après un mouvement inédit de colère dans les campagnes que la perspective d'un accord avec le Mercosur pourrait à nouveau embraser.

Le précédent mouvement avait abouti en janvier à des blocages de sections d'autoroutes, mais cette fois la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) et son allié Jeunes agriculteurs (JA) ne veulent pas
"bloquer les Français",
et prévoient des
"feux de la colère"
, des occupations de places et ronds-points et des actions symboliques.

Tous les syndicats agricoles ont appelé leurs troupes à manifester.


Percutés par les mauvaises récoltes et les maladies animales émergentes, ils estiment n'avoir toujours pas récolté les fruits de la colère de l'hiver dernier: la concrétisation des 70 engagements alors pris par le gouvernement a été ralentie par la dissolution de l'Assemblée nationale.

Et ils jugent les normes toujours aussi complexes, et les revenus insuffisants. 


Si les taxes sur le carburant agricole avaient été un des ferments de la mobilisation l'an dernier, c'est l'aboutissement du projet d'accord de libre-échange de l'Union européenne (UE) avec les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) qui pourrait mettre le feu aux poudres cette année.


En dépit de l'opposition de la classe politique comme des acteurs agricoles français, l'UE semble déterminée à signer d'ici la fin de l'année cet accord, qui permettra notamment aux pays latino-américains d'écouler plus de bœuf, poulet ou sucre sans droits de douane en Europe.

Plusieurs pays européens, dont l'Espagne et l'Allemagne, veulent la conclusion de l'accord, qui favoriserait l'exportation de voitures, machines ou produits pharmaceutiques de l'Union européenne.


Mais les agriculteurs français redoutent une concurrence déloyale de produits n'étant pas soumis aux normes environnementales et sanitaires strictes en vigueur en Europe.

C'est pourquoi la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) et son allié Jeunes agriculteurs (JA) ont choisi de relancer la mobilisation lundi et mardi, dates de la tenue d'un sommet du G20 au Brésil.


A Buenos Aires, le président français Emmanuel Macron a affirmé dimanche que la France ne
"signerait pas en l'état" le traité de libre échange, disant vouloir rassurer les agriculteurs".

Occupation du "pont de l'Europe"


Sur le terrain, la mobilisation, qui pourra
"durer jusque mi-décembre"
avec des actions ponctuelles, se traduira par des rassemblements devant les préfectures et sur des places ou ronds-points baptisés
"de l'Europe".

Ainsi, des adhérents de la FNSEA et des JA du département du Bas-Rhin (est) prévoient d'occuper symboliquement le
"pont de l'Europe"
qui relie la ville française de Strasbourg à la commune allemande de Kehl. 

"En volaille, c'est plus de 180.000 tonnes qui viendront inonder le segment de marché du blanc de poulet. En maïs, 70 molécules interdites en France sont autorisées au Brésil et pourtant les vraquiers déverseront la marchandise dans les ports européens!"
, s'indignent-ils dans un communiqué.

Lundi soir, des
"feux de la colère"
seront allumés simultanément dans les départements, et localement, des exploitants continuent de démonter des panneaux de communes.

Ces actions sont avant tout symboliques, à l'instar du déversement de déchets vendredi devant le centre des impôts de Tarascon (sud-est) rebaptisé "ambassade du Brésil".


"Notre objectif n'est pas d'ennuyer les Français (...), ni les bloquer, encore moins de les affamer comme on a pu entendre d'un certain nombre d'autres syndicats agricoles"
, a souligné le président de la FNSEA Arnaud Rousseau, en référence aux appels de certains responsables de la Coordination rurale (2e syndicat agricole) qui ont proposé ces derniers jours d'"encercler" ou d'
"affamer"
certaines métropoles comme Paris.

La Coordination rurale a choisi d'attendre la tenue de son congrès (mardi et mercredi) pour amplifier sa mobilisation.


Le syndicat, qui affirme avoir engrangé des milliers de nouveaux adhérents depuis l'an dernier, promet
"une révolte agricole"
avec un
"blocage du fret alimentaire"
dès mercredi dans le sud-ouest si
"aucune avancée"
n'est constatée sur le dossier du Mercosur.

Blocage de Paris


IAN LANGSDON / AFP

Un premier convoi d'agriculteurs formé d'une vingtaine de tracteurs et une trentaine de véhicules est arrivé dimanche soir près de Paris, bloquant partiellement la nationale 118, près de la base aérienne de Villacoublay, ont rapporté les médias français.


Alors que la mobilisation ne devrait démarrer officiellement que ce lundi, les agriculteurs français ont commencé dès dimanche à manifester pour exprimer notamment leur opposition à l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et les pays latino-américains du Mercosur.


"On va rester ici toute la nuit. On verra demain matin ce qui ressort des discussions dans les ministères pour savoir si on lève le camp ou non",
a expliqué le président des Jeunes agriculteurs de l'Essonne, Victor Rabier, relayé par BFMTV.

La présidente de l'Ile-de-France, Valérie Pécresse, s'est rendue au point de blocage et a discuté avec plusieurs agriculteurs, faisant part du
"soutien total"
de la région Ile-de-France et appelant le Premier ministre Michel Barnier à
"bloquer la signature du Mercosur".

Sur une banderole suspendue à un pont, on pouvait lire:
"Macron, si tu vas à Rio, n'oublie pas tes péquenots !".

Avant justement de s'envoler pour le sommet du G20 de Rio, le président Emmanuel Macron a réaffirmé ce dimanche, depuis Buenos Aires, que
"la France ne signerait pas en l'état ce traité Mercosur",
soulignant que
"l'agriculture française et européenne n'est pas un facteur d'ajustement à de mauvais accords".

Macron est, par ailleurs, revenu sur le mouvement de contestation agricole en France, estimant que
"les difficultés que vivent [les] agriculteurs aujourd'hui n'ont rien à voir avec le Mercosur, puisqu'il n'est même pas encore signé".

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