Madagascar : tensions persistantes un an après la transition
12:54, 25/09/2026, vendredi
AA

TIMOTHY A. CLARYAFP
Le président malgache Michael Randrianirina prend la parole lors de la 81e Assemblée générale des Nations Unies, au siège de l'ONU à New York, le 24 septembre 2026.Un an après l'investiture du colonel Michaël Randrianirina à la tête de la République de la Refondation, la tension politique demeure vive à Madagascar, entre poursuites judiciaires visant l'ancien régime et préparatifs électoraux pour 2027.
Origines de la crise et accession au pouvoir
Selon des sources concordantes, le mouvement de contestation a émergé des rangs de la "Gen Z" malgache, qui dénonçait les coupures chroniques d’eau et d’électricité à Antananarivo.
Les manifestations ont rapidement gagné en ampleur, touchant Antsiranana et Toliara, avant d’être violemment réprimées par les forces de l’ordre.
Cette escalade a conduit à la chute du régime d’Andry Rajoelina et à l’investiture du colonel Michaël Randrianirina à la tête du CAPSAT le 17 octobre 2025.
Le nouvel homme fort de la Grande Île gouverne depuis aux côtés de quatre hauts conseillers, mais la tension demeure palpable un an après ce changement de régime.
Répression judiciaire et dialogue politique
Les autorités de la Refondation ont multiplié les poursuites contre les proches de l’ex-président Rajoelina et divers militants, dont plusieurs ont été placés en détention pour atteinte à la sûreté de l’État.
Sur le plateau de TV5 Monde, la ministre de la Justice Fanirisoa Ernaivo a affirmé que ces procédures visent principalement des infractions financières et non des contestations politiques, soulignant que
"nous sommes en train de faire une refondation des bases de la démocratie"
.Par ailleurs, la ministre a reconnu que les coupures d’eau et d’électricité persistent, bien qu’à des durées réduites.
Dans ce contexte, le président Randrianirina a engagé une série de consultations au palais d’Iavoloha du 1er au 8 septembre, conformément aux recommandations de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), en vue d’une concertation nationale prévue au premier trimestre 2027 sous l’égide du Conseil œcuménique des Églises chrétiennes de Madagascar (FFKM).
L'opposition réclame l'apaisement
Les députés de l’IRMAR, ancienne majorité présidentielle, ont participé aux discussions d’Iavoloha tout en exprimant leurs préoccupations.
Milavonjy Philobert, septième vice-président de l’Assemblée nationale devenu chef de l’opposition, a qualifié la situation de
"difficile à cerner"
dans un entretien accordé à Anadolu, notant que "certains sont en prison, d’autres visés par des poursuites ou contraints de s’exiler"
.Le député a également affirmé que le cas des détenus politiques nuit à l’apaisement nécessaire aux futures élections.
Le parti FIVOI, dirigé par Antoine Rajerison, réclame quant à lui l’arrêt immédiat des poursuites politiques et une refonte totale de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), qu’il juge indispensable pour garantir la sincérité du scrutin.
Gen Z et usure économique
Les jeunes militants de la Gen Z semblent avoir pris du recul face à la dégradation économique persistante, bien qu’ils continuent de scruter les événements.
Herizo Andriamanantena, l’un des leaders du mouvement, a décrit une situation encore
"floue"
à Anadolu, affirmant que "les revendications sur les besoins de la population ne sont pas totalement satisfaites"
et que les objectifs de la Refondation vont "au-delà du simple droit à l'eau et à l'électricité".
Il a précisé qu’un
"véritable changement systémique"
reste à accomplir, rendant impossible de dire que les objectifs sont atteints à ce stade. Pour s'en sortir, il préconise un dialogue inclusif avec les forces vives, une concertation nationale sur les besoins de changement et une ratification constitutionnelle au niveau des comités locaux populaires.
Diplomatie d'équilibre et échéance de 2027
Sur le plan international, le colonel Randrianirina mène une offensive de charme auprès des dirigeants africains, notamment au Gabon et au Nigéria, pour asseoir sa légitimité.
Il navigue également entre maintien des relations étroites avec la France, principal partenaire financier, et rapprochement stratégique avec Moscou, illustré par des échanges directs avec Vladimir Poutine.
De son côté, la CENI a lancé le 28 juillet dernier la refonte de la liste électorale, tandis que le chef de l’État a annoncé lors d’une rencontre avec Cyril Ramaphosa la tenue d’une élection en juillet 2027.
Il s’agira selon la ministre Ernaivo
"soit d’un référendum constitutionnel soit d’élection constitutionnelle pour choisir entre plusieurs Constitutions"
, l’issue des dialogues déterminant le scénario final de la sortie de crise.A lire également:

International
Madagascar: l'ex-président du Sénat condamné à dix ans de travaux forcés

International
Madagascar : la SADC salue l'engagement du gouvernement transitoire

International
Madagascar : l'UA et l'ONU appellent au dialogue inclusif

International
Madagascar : 11 corps sans vie retrouvés dans un conteneur

International
Madagascar : Le Président Michaël Randrianirina s’envole pour Moscou


