Macron - Milei : les minerais critiques au menu des discussions lors d'une visite contestée
12:29, 01/10/2026, jeudi
AFP

KENZO TRIBOUILLARDAFP
Des manifestants participent à une manifestation contre le président argentin Javier Milei, au début de sa visite en France, place du Trocadéro à Paris, le 30 septembre 2026.Emmanuel Macron recevra jeudi à 18h30 son homologue argentin Javier Milei à l'Élysée afin d'examiner les perspectives de coopération dans les minerais critiques, notamment le lithium et le cuivre, malgré de profondes divergences sur le multilatéralisme, a indiqué la présidence française.
Un entretien axé sur les ressources stratégiques
Emmanuel Macron accueillera jeudi à 18h30 (16h30 GMT) Javier Milei pour un entretien bilatéral suivi d'une rencontre avec des entreprises françaises déjà implantées en Argentine ou prospectant ce marché, a précisé l'Élysée.
Cette visite s'inscrit dans le cadre de l'"Argentina Week", une initiative destinée à attirer les investissements européens vers le pays sud-américain, et se déroule alors que le président argentin effectue un séjour sur le sol français jusqu'à samedi.
Par ailleurs, l'Élysée a fait savoir que le chef de l'État argentin se verra accorder des honneurs militaires aux Invalides, dans le cadre d'une
"visite officielle"
et non plus seulement d'une "visite de travail".
"Il s'agit d'une visite officielle à l'occasion de l'Argentina Week"
, "pas d'une visite d'Etat"
, a toutefois tenu à préciser la présidence française, soulignant que cette distinction protocolaire n'en demeure pas moins marquée par une attention particulière. Emmanuel Macron entend ainsi
"maximiser les intérêts de la France auprès d'un pays important en Amérique latine"
, notamment dans le domaine des "relations économiques et commerciales"
et des "minerais critiques, lithium et cuivre"
, a souligné un conseiller de l'Élysée.La course aux minerais et l'accord de libre-échange
La France, qui se positionne comme le septième investisseur en Argentine, y est déjà présente dans le secteur minier via le groupe Eramet, mais l'administration française estime qu'une accélération s'impose face à la concurrence.
Toutefois,
"il y a urgence"
pour l'Europe à renforcer son engagement dans ce pays, reconnaît l'Élysée, alors que la Chine et les États-Unis mènent une course effrénée pour sécuriser l'accès à ces ressources stratégiques. Le président argentin arrivera accompagné d'une délégation substantielle composée d'une demi-douzaine de ministres, d'une dizaine de gouverneurs de provinces riches en matières premières et de chefs d'entreprises majeures.
De plus, l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur, qui avait suscité une vive opposition chez les agriculteurs français, figurera également au programme des discussions.
"Nous sommes confiants que le bilan, in fine, respectera nos intérêts"
, a assuré la présidence française, ajoutant que dans ce type d'accords, "les entreprises européennes se trouvent ensuite en meilleure situation d'exporter mais il faudra naturellement le vérifier".
Divergences de fond sur l'Europe et les institutions multilatérales
Malgré ces enjeux économiques communs, les deux dirigeants devront composer avec des désaccords profonds sur l'architecture internationale, alors que Javier Milei a multiplié les attaques verbales contre l'Europe et l'ONU à la veille de son déplacement.
L'hôte argentin a notamment estimé que le Vieux Continent est
"en train de couler"
, pris entre un "État-providence pervers"
et un "problème migratoire terrible"
, des propos auxquels Emmanuel Macron entend répondre avec fermeté. "Le président Macron aura à coeur de lui dire que, quoi qu'il en pense et en dise publiquement, l'Union européenne est une institution importante dont nous souhaitons qu'elle joue tout son rôle sur la scène internationale"
, a indiqué le conseiller élyséen.Par ailleurs, Javier Milei s'est récemment livré à une charge virulente contre les Nations unies depuis la tribune de l'organisation, la qualifiant d'
"inutile"
et au service d'une "caste de parasites"
, en contraste frappant avec le "Vive les Nations unies" lancé par Emmanuel Macron lors de son propre discours. Sur le dossier des Malouines, archipel dont Buenos Aires revendique la souveraineté face au Royaume-Uni, l'Élysée appelle au
"calme et à la sérénité"
ainsi qu'au respect des procédures internationales, alors que Milei a annoncé début septembre des sanctions contre tout projet pétrolier britannique dans la zone. Rafael Grossi, directeur argentin de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), est par ailleurs candidat à la succession d'Antonio Guterres à la tête de l'ONU, une candidature que le président argentin promeut activement selon le conseiller de l'Élysée.
Contestations à Paris et défense de la liberté de presse
La visite de l'homme politique argentin, élu en 2023 sur une promesse de réduction drastique de l'État et se décrivant comme "anarcho-capitaliste", suscite également des réactions hostiles dans la capitale française.
Environ 150 manifestants se sont rassemblés mercredi soir place du Trocadéro à Paris pour dénoncer sa politique, scandant
"Milei dehors!"
et "Persona non grata en France et en Europe"
, selon des observations de journalistes sur place. Par ailleurs, l'organisation Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé une
"mécanique de discrédit et de dénigrement systématiques"
à l'encontre des journalistes de la part du chef de l'État argentin, ayant recensé 1.674 publications hostiles à la presse en seulement 47 jours.A lire également:

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