Dans l’Ain, au lycée d’Ambérieu-en-Bugey, un professeur d’histoire, Antoine Bedin, cité par le journal, raconte avoir été marqué par la circulation d’un exemplaire de "Mein Kampf" au sein des élèves. "Ça m’a estomaqué"
, confie-t-il. Initialement apporté par un élève qui affirmait vouloir "connaître son adversaire",
le livre aurait ensuite circulé entre lycéens et même acquis une dimension symbolique. "Pour eux, ce livre était une sorte de totem"
, explique l’enseignant, également membre de CGT Éduc’action. Le professeur décrit également une polarisation inquiétante au sein de certaines classes. "J’ai fait cours devant des classes coupées en deux"
, relate-t-il, évoquant une séparation entre élèves "blancs"
et "racisés"
. Lors de ses cours sur le nazisme, un surnom comme "Tonton H", en référence à Adolf Hitler, revenait régulièrement. "Ce surnom s’est banalisé (…) c’est devenu un phénomène de pop culture"
, ajoute-t-il. Ce constat est partagé par Marie-Alix de Richemont, secrétaire générale de la CGT Éduc’action dans l’Ain : "Il y a toujours eu quelques commentaires, mais là, on a l’impression que ça prend de l’ampleur. La parole s’est décomplexée".
Dans le sud de la France, d’autres établissements sont confrontés à des faits similaires. Au lycée Pompidou de Castelnau-le-Lez, des graffitis représentant des croix celtiques et des slogans associés à des groupuscules comme Jeunesses nationalistes révolutionnaires ont été découverts.
"On s’est chargés de recouvrir les tags"
, témoigne un élève engagé dans un collectif antifasciste, après avoir constaté également des insultes racistes et des comportements discriminatoires."D’une gravité absolue"
Dans l’académie de Montpellier, des tensions ont aussi émergé au sein du personnel éducatif. Une agente d’un lycée, restée anonyme, affirme avoir été profondément affectée par une dénonciation liée au port supposé d’une tenue religieuse : "C’est comme si j’avais pris un coup de couteau dans le ventre. Ça m’a anéantie"
, confie-t-elle, après un incident survenu lors de la fête de l’Aïd. Les syndicats, dont SUD Éducation et SUD Collectivités territoriales, dénoncent une situation "d’une gravité absolue"
et appellent à des réponses institutionnelles plus fermes, incluant des sanctions systématiques et un meilleur accompagnement des victimes. Face à la multiplication de ces incidents, certaines académies ont indiqué avoir saisi les autorités compétentes et engagé des enquêtes internes. Mais pour les représentants syndicaux, ces mesures restent insuffisantes au regard de l’ampleur du phénomène.
Selon plusieurs témoignages recueillis par Mediapart, ces dérives traduisent une évolution du climat scolaire, où les discours et symboles d’extrême droite tendent à se banaliser, jusque dans les établissements du second degré.
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