Les milliardaires à la tête de la presse française mettent-ils le pluralisme en danger ?

L'arrivée plutôt discrète du milliardaire franco-libanais Rodolphe Saadé, déjà dirigeant de l'armateur CMA CGM, dans le milieu de la presse s'est finalement faite sous les projecteurs après une polémique dont le groupe se serait bien passé.
Mi-mars, le président français Emmanuel Macron se rendait à Marseille, à la surprise générale, au cœur de la cité de La Castellane dans le cadre du plan de lutte contre le trafic de stupéfiants déployé par le ministère de l'Intérieur.
Au lendemain de cette visite ultra-médiatisée dans ce quartier considéré comme une plaque tournante du narcotrafic dans le sud de la France, le journal La Provence faisait naturellement sa Une sur le sujet.
Pour avoir publié ce commentaire qui résume le sentiment des Marseillais dans les quartiers Nord, le directeur de la rédaction, Aurélien Viers, a été mis à pied par la direction du journal.
L'inquiétude au moment du rachat d'autres médias par Saadé
De leur côté, les rédactions des titres d'Altice Média, BFMTV et RMC n'ont pas non plus caché leur inquiétude et se sont montrées solidaires de leurs collègues de La Provence.
Le Conseil d'État et l'Arcom en gendarmes de l'appareil médiatique
Face aux manquements récurrents en matière de pluralisme mais aussi d'un point de vue déontologique, de certains médias, l'ARCOM (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) est régulièrement saisie par des personnalités, des associations, ou des particuliers sur des séquences bien précises.
Mais certaines saisines se font par voie judiciaire, et sont directement déposées devant la justice administrative pour émettre des avis plus lourds de conséquences et donc plus contraignants.
Ainsi, saisi par RSF (reporter sans frontières) du cas de la chaîne d'information en continu CNews, propriété du groupe Bolloré qui adopte à l'antenne une ligne conservatrice très à droite, le Conseil d'État a éclairci plusieurs points visant à définir l'orientation éditoriale d'un média.
Cette position, qui a scandalisé les chroniqueurs habitués à intervenir sur la chaîne, est ainsi venue éclaircir les paramètres exigés en matière de pluralisme.
En cause, la mainmise d'une poignée de milliardaires sur les titres de presse, qui constitue un frein à la diffusion de tous types d'opinion.
Outre Bolloré et Saadé, d'autres figures toutes plus richissimes les unes que les autres, détiennent les grands médias.
De Xavier Niel, à Bernard Arnaud, en passant par Arnaud Lagardère, Daniel Křetínský, ou encore Martin Bouygues, tous ont en commun d'avoir investi une immense fortune dans de grands médias.
Un documentaire de Mediapart axé sur la concentration des médias expliquait récemment:
Jamais la France n'a connu une telle concentration des médias privés: neuf milliardaires détiennent plus de 90 % des grands médias, télévision, radio, journaux.
De fait, une problématique se pose autour de laquelle les avis divergent: Ces milliardaires aux idéologies politiques bien ancrées achètent-ils de l'influence ?
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