France: le procès du féminicide de Chahinez, brûlée vive devant chez elle, s'ouvre à Bordeaux

12:41, 24/03/2025, lundi
AFP
France: le procès du féminicide de Chahinez, brûlée vive devant chez elle, s'ouvre à Bordeaux
MEHDI FEDOUACH AFP
Une reproduction d'une photo de famille prise le 5 mai 2021 à Mérignac montre Chahinez (à gauche), une Française de 31 ans mère de trois enfants qui a été brûlée vive par son mari, posant avec ses enfants.

"Je voulais la cramer": l'ex-mari de Chahinez Daoud, brûlée vive en 2021 dans le sud-ouest de la France, comparaît jusqu'à vendredi à Bordeaux pour assassinat, quatre ans après cette affaire retentissante dans laquelle des policiers avaient été sanctionnés pour des "défaillances".

Mounir Boutaa, 48 ans aujourd'hui, était sorti de prison fin 2020 après une condamnation pour des faits de strangulation et de menace avec un couteau sur son épouse.


L'ouvrier maçon, déjà condamné pour des violences sur une première conjointe, avait interdiction d'entrer en contact avec Chahinez Daoud, qu'il avait connue en Algérie en 2015, mais leur vie commune avait repris jusqu'en mars 2021.

Âgée de 31 ans, cette mère de trois enfants, dont deux issus d'une première union, avait alors déposé une nouvelle plainte contre lui, mal enregistrée par un policier qui venait lui-même d'être condamné pour violences conjugales, parmi une série de
"défaillances"
que pointera plus tard une enquête administrative.

La victime ne disposait pas de téléphone
"grave danger"
, qui permet aux femmes se sentant menacées d'être mises en relation avec un policier en appuyant sur une simple touche, et son conjoint ne s'était pas vu attribuer de bracelet électronique
"anti-rapprochement"
à sa remise en liberté.

Selon un bilan du ministère français de l'Intérieur publié le 26 novembre 2024, 96 femmes ont été victimes de féminicide conjugal en France en 2023, un chiffre en baisse de 19% par rapport à 2022.

Durant deux mois,
"il y a eu une traque, un harcèlement, une surveillance quasi quotidienne",
avant le
"déchainement de violences inhumain"
du 4 mai 2021, a déclaré à des journalistes l'avocat des parties civiles, Me Julien Plouton, avant le procès.


"Annihiler"


Ce jour-là, l'accusé gare près du domicile familial, en banlieue de Bordeaux (sud-ouest), un fourgon récemment acheté et aménagé pour observer discrètement l'extérieur. Il y passe la journée à scruter les allées et venues de sa femme, qui ne peut le repérer, avant de l'attaquer dans la rue.


Il lui tire dans les cuisses avec un fusil, l'asperge d'essence et met le feu, filmant une partie des faits avec son téléphone. Un voisin ayant entendu hurler tente de s'interposer, en vain.


Le corps de la victime est retrouvé presque entièrement carbonisé, la tête dans le caniveau.

Pour Me Plouton, Mounir Boutaa a eu
"la volonté non seulement de tuer quelqu'un"
mais aussi
"de tuer une femme, de l'effacer, de l'annihiler, de la châtier".

L'homme est arrêté peu après. En garde à vue, il affirme d'emblée qu'il voulait
"la cramer"
,
"pour tout le mal qu'elle et la justice (lui) ont fait"
en le faisant condamner, à tort selon lui.

Il ajoute avoir voulu
"la punir"
,
"lui laisser des traces"
en la brûlant
"un peu",
"lui faire la peur de sa vie"
mais nie avoir voulu la tuer.

"Pour lui, il n'y a pas de préméditation",
affirment ses avocates, Me Anaïs Divot et Me Elena Badescu, soulignant que
"les trois experts psychiatres" i
ntervenus dans l'enquête ont conclu à
"une altération de son discernement au moment des faits".


"Défaillances"


"En Algérie, il était doux mais une fois revenu ici c'est devenu un monstre",
raconte la mère de la victime, Djohar Daoud, pointant avec son mari, Kamel, l'isolement de leur fille en France, dépourvue de protection familiale.

Chahinez
"aimait les gens. Jamais elle ne se mettait en colère. Contre personne. Son bonheur, c'était ses enfants
", ajoute-t-elle.

Après sa mort, les deux grands-parents sont venus en Gironde s'occuper de leurs trois petits-enfants, âgés aujourd'hui de 16, 11 et 8 ans.


Une inspection diligentée par le gouvernement de l'époque sur les conditions de remise en liberté et le suivi de l'ex-mari a relevé une série de
"défaillances"
, tandis qu'une enquête de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) pointait fautes et erreurs d'appréciation.

Cinq fonctionnaires ont été sanctionnés, dont le directeur de la police dans le département et le commissaire local alors en poste, pour avoir omis d'informer leur hiérarchie et la mission d'inspection que le policier ayant mal enregistré la plainte du 15 mars 2021 venait lui-même d'être condamné pour violences conjugales - il a été radié depuis.

Parallèlement au dossier pénal, la famille a lancé une procédure pour
"faute lourde"
contre l'Etat français.

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