Hatem Ben Hadj
16:43, 25/07/2025, vendredi
Nouvelle Aube

À bord du Handala, Emma Fourreau dénonce "un génocide en cours" à Gaza

En exclusivité depuis la Flottille de la liberté pour Nouvelle Aube, l’eurodéputée française Emma Fourreau (LFI) revient sur son engagement, les risques encourus et le silence des autorités françaises. Une parole forte, portée depuis les flots, au nom de la justice et du droit humanitaire.

Sur les flots internationaux, entre Europe et Palestine, navigue un navire au nom puissant : Handala. À son bord, une cargaison humanitaire modeste (lait infantile, médicaments, vivres, peluches) mais une charge symbolique colossale. L’objectif : briser le blocus israélien imposé à Gaza, créer un couloir humanitaire et dénoncer ce qu’Emma Fourreau qualifie sans détour de
"génocide"
.

Une mission politique avant tout


Ce navire va à Gaza pour briser le blocus. C’est une opération politique pour questionner le génocide et le blocus, qui fait que la population à Gaza est littéralement en train de mourir de faim.
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L’objectif de cette traversée dépasse largement la simple livraison de vivres : c’est un acte de désobéissance civile internationale destiné à ouvrir la voie à d’autres missions humanitaires.
"On sait très bien que ce qu’on transporte à bord ne suffira pas, comparé à toute la demande à Gaza. Mais ce n’est pas ça, l’objectif. L’objectif, c’est de mettre fin à ce blocus, de créer un couloir humanitaire sécurisé pour que beaucoup plus de bateaux puissent passer."

Pas de pause dans le génocide


Alors que l’opinion publique se détourne de Gaza, Emma Fourreau rappelle l’urgence.


Il n’y a pas de pause dans le génocide. C’est pour ça que ce bateau part, malgré tout.
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Même si la cargaison du Handala reste modeste, l’élue insiste sur la portée symbolique de la mission.
"Même si on sait que ce qu’on a à bord — nourriture, médicaments, lait infantile — n’est rien comparé aux besoins, l’objectif politique, il est là : briser le silence, briser l’inaction."
Pour elle, le départ de ce navire est une réponse à la lassitude médiatique, et une manière de remettre Gaza au centre du débat politique international.

Les risques assumés


Interrogée sur les menaces qui pèsent sur l’équipage, Emma Fourreau ne cache pas ses inquiétudes.


On sait qu’il y a des risques pendant la traversée. On sait que l’armée israélienne est très au courant que notre navire est en train de naviguer vers Gaza.
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Elle rappelle les précédents, en particulier celui du Madleen, un autre navire humanitaire arraisonné par les forces israéliennes au printemps 2024.


Pour le Madleen, il y a eu une arrestation, un kidnapping illégal de tout l’équipage, et en particulier d’une élue du Parlement européen, Rima Hassan.
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L’élue évoque aussi le drame du Mavi Marmara, pour souligner que la menace est réelle et historique.
"Il y a eu aussi, en 2010, malheureusement, des camarades qui sont morts lors de l’arraisonnement du Mavi Marmara. Donc on sait que les risques sont là. Mais encore une fois, c’est rien comparé à ce qu’un enfant vit au quotidien à Gaza."

Une famine insoutenable


Au fil de son témoignage, Emma Fourreau décrit une réalité insoutenable à Gaza. Elle insiste sur le fait que la situation n’est pas simplement une catastrophe humanitaire, mais bien une stratégie d’extermination délibérée.
"C’est des enfants, des bébés squelettiques qui ne peuvent même plus se lever, qui n’ont plus de muscles, qui n’ont plus de force, et qui disent à leurs parents : je veux mourir, parce qu’au moins au paradis, il y aura à manger."

Droit international vs. passivité diplomatique


Pour Emma Fourreau, la légalité de la mission ne fait aucun doute. À ses yeux, ce sont les autorités israéliennes qui violent les conventions internationales, et non les passagers du Handala.


Notre objectif, il est très clair : c’est d’atteindre Gaza. Et si on n’y arrive pas, ce sera de la faute d’Israël et de ses complices.
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Elle rappelle que le droit maritime international autorise la navigation en eaux internationales et l’accès aux eaux territoriales palestiniennes. Elle insiste sur le fait que la Flottille agit en toute légitimité.
"On a le droit de libérer l’humanité. On a le droit de dénoncer un génocide et un blocus. On a le droit de naviguer en eaux internationales et d’atteindre les eaux palestiniennes."
Selon elle, toute interception serait une violation flagrante du droit.

C’est Israël qui n’a aucun droit sur notre bateau, sur notre matériel et sur toute notre traversée.
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Silence de la France : entre abandon et complicité


L’eurodéputée pointe ensuite la responsabilité directe des autorités françaises, qu’elle accuse de ne pas assurer leur devoir de protection vis-à-vis de leurs ressortissants.


Si Israël se permet de nous intercepter illégalement, c’est parce que nos chefs d’État n’ont pas fait leur travail pour nous protéger.
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Elle appelle Emmanuel Macron à intervenir sans ambiguïté pour garantir la sécurité de l’équipage.


On appelle Emmanuel Macron à nous protéger. Il y a six ressortissants français à bord du bateau. Il doit permettre cette traversée.
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Mais c’est un tweet du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, qui l’a profondément choquée.
"On a eu le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, qui a clairement mis la faute sur nos épaules en disant que ce que nous faisions était irresponsable."

Un positionnement qu’elle dénonce fermement, le jugeant moralement et politiquement inacceptable.


Ce qui est irresponsable, c’est de laisser faire un génocide. C’est d’en être complice, comme c’est le cas pour la France actuellement.
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L’accord UE–Israël : un levier ignoré


Emma Fourreau reproche également à la France son immobilisme sur le plan européen. Elle estime que Paris dispose de moyens concrets pour faire pression sur Israël :
"La France pourrait agir contre le génocide. Elle est une des plus grandes puissances au monde. Elle a de gros leviers diplomatiques et économiques."

Parmi eux, l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël, premier partenariat commercial de l’État hébreu :
"L’accord d’association entre l’Union européenne et Israël est le premier partenariat commercial pour Israël. Et on peut le suspendre, parce qu’il y a un article qui dit que si les droits de l’homme ne sont pas respectés, alors il faut suspendre l’accord."

Et de conclure, avec force :


Tout le monde peut se mettre d’accord pour dire que les droits de l’Homme ne sont aujourd’hui absolument pas respectés à Gaza.
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Une honte diplomatique


L’élue insoumise dénonce également l’attitude permissive de la France à l’égard du Premier ministre israélien, visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale.


La France permet à Netanyahu de survoler l’espace aérien français, alors qu’il y a un mandat d’arrêt contre lui.
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Elle accuse le gouvernement français de faire preuve d’alignement systématique sur Tel-Aviv et Washington, au détriment de sa propre souveraineté diplomatique.


Aujourd’hui, c’est pire que de la passivité : c’est de la complicité [...] On doit arrêter de toujours rouler derrière les États-Unis, de rouler derrière Israël, parce qu’on rabaisse la voix de la France.
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Le soutien du terrain, et surtout de Gaza


Malgré les risques, Emma Fourreau affirme ne pas se sentir seule. Le soutien, dit-elle, est massif et multiforme — politique, populaire, et surtout venu de Gaza même :
"Le peuple français n’est pas égal à Emmanuel Macron. Le peuple français est dans les manifestations, sur ce bateau, sur le Handala, partout, sauf dans la complicité avec le génocide."

Elle évoque l’appui constant de La France insoumise, et des figures qui l’entourent :
"Gabrielle Catala et moi, on reçoit beaucoup de soutien de notre mouvement politique, La France Insoumise. On sait qu’on peut compter sur Rima Hassan, Jean-Luc Mélenchon…"

Mais ce sont les messages venus de Gaza qui la touchent le plus profondément :
"Et surtout, on reçoit des messages des habitants de Gaza. Ils nous disent tout l’espoir qu’ils placent sur ce bateau. Ils ont hâte de nous voir, de nous accueillir."

Une traversée sous surveillance internationale


Alors que le Handala poursuit sa route vers Gaza, les regards se tournent désormais vers les capitales européennes. L’arrestation de ses passagers, dont deux eurodéputées françaises, poserait un précédent diplomatique lourd de conséquences. Pour Emma Fourreau, cette mission met à l’épreuve non seulement la détermination des militants, mais aussi la cohérence des États face au droit international. À mesure que la situation humanitaire à Gaza s’aggrave, l’inaction pourrait ne plus être une option.


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