Bénéfices records des géants pétroliers dopés par la guerre
15:50, 04/08/2026, mardi
Yeni Şafak

Ben STANSALLAFP
Les géants pétroliers publient des bénéfices records au deuxième trimestre 2026, portés par la guerre contre l'Iran et la flambée du brut.Les géants pétroliers publient des bénéfices records au deuxième trimestre 2026. Aramco progresse de 44 %, tandis que Shell signe son meilleur trimestre en quatre ans. BP et Chevron voient leurs profits plus que doubler, portés par un baril de Brent à 104 dollars. Cette flambée découle de la guerre contre l'Iran et du blocage du détroit d'Ormuz. Pendant ce temps, les populations paient le prix humain du conflit.
Aramco a ouvert le bal des résultats. Le géant saoudien a publié mardi un bénéfice net en hausse de 44 % au deuxième trimestre 2026. Mais il n'est pas seul. Un à un, les majors du pétrole affichent des profits gonflés par la guerre au Moyen-Orient.
En effet, l'envolée des prix du brut profite à tout le secteur. La guerre lancée fin février par les États-Unis et Israël contre l'Iran a bouleversé les marchés. Ainsi, chaque acteur de l'énergie récolte les fruits d'un baril devenu rare et cher.
Aramco donne le ton
Aramco reste le fleuron de l'économie saoudienne. Son bénéfice net a atteint 122,6 milliards de rials (32,7 milliards de dollars) au deuxième trimestre 2026. Un an plus tôt, il s'établissait à 85 milliards de rials (22,67 milliards de dollars).
La hausse tient d'abord aux prix. Toutefois, elle doit aussi beaucoup à la logistique du groupe. Malgré le blocage du détroit d'Ormuz par Téhéran, Aramco a maintenu ses livraisons.
"Nous avons continué à démontrer notre capacité à assurer la continuité de nos activités"
, a déclaré son dirigeant, Amin H. Nasser. Le patron a cité l'oléoduc est-ouest, les capacités de stockage et les terminaux d'exportation. Cette infrastructure relie le Golfe à la mer Rouge.Les majors européens doublent la mise
De l'autre côté du secteur, les Européens suivent la même trajectoire. Leurs profits ont bondi bien au-delà des attentes.
Tout d'abord
Shell
,qui signe son meilleur trimestre en quatre ans. Le groupe britannique a dégagé un bénéfice ajusté de 9,84 milliards de dollars
. C'est plus du double des 4,26 milliards enregistrés un an plus tôt. Par ailleurs, Shell a lancé un nouveau rachat d'actions de 3 milliards de dollars.BP
voit lui aussi son résultat plus que doubler. Le bénéfice net trimestriel atteint 3,91 milliards de dollars
, contre 1,62 milliard un an plus tôt. De plus, le chiffre d'affaires a grimpé de 47 %, à 70 milliards de dollars. Dès lors, le groupe a relevé son dividende de 4 %.TotalEnergies
n'échappe pas à la tendance. Le major français affiche un bénéfice net de 5,44 milliards de dollars
. Un an auparavant, il ne dépassait pas 2,69 milliards.Les américains battent des records
Aux États-Unis, les chiffres atteignent des sommets. En effet, les deux poids lourds du pays profitent pleinement de la flambée.
ExxonMobil
décroche un bénéfice de 14,5 milliards de dollars
sur le trimestre. Le groupe conserve ainsi sa place de champion du secteur.Chevron
réalise son meilleur résultat en six ans
. Son bénéfice net s'envole à 12,1 milliards de dollars, contre 2,5 milliards un an plus tôt. Cela représente une hausse de 384 %. Cette performance s'explique surtout par le prix du baril.Un baril propulsé par la guerre
Derrière ces profits, un même moteur agit : le prix du pétrole. Le Brent a atteint 104 dollars le baril en moyenne au deuxième trimestre. Un an plus tôt, il valait 68 dollars, soit une hausse de 53 %.
Cette flambée découle directement du conflit. La guerre contre l'Iran a provoqué, en représailles, le blocage du détroit d'Ormuz. Or ce passage voit transiter près d'un cinquième de la consommation mondiale d'hydrocarbures.
En juillet, la tension est montée d'un cran. Les rebelles houthis du Yémen, soutenus par l'Iran, ont annoncé un blocus maritime en mer Rouge. C'est pourquoi les marchés de l'énergie restent extrêmement volatils.
Les bénéfices des géants pétroliers face au coût humain
Ces résultats posent une question dérangeante. Pendant que les majors engrangent des milliards, les populations paient l'addition. En effet, la guerre nourrit à la fois les profits et l'instabilité.
Le contraste est frappant. D'un côté, des dividendes relevés et des rachats d'actions. De l'autre, des civils exposés aux conséquences d'un conflit régional. Cependant, aucun de ces groupes n'évoque ce coût dans ses communiqués.
Les organisations humanitaires dénoncent depuis longtemps cette logique. Selon elles, les crises énergétiques enrichissent les mêmes acteurs à chaque conflit. Par ailleurs, la reprise des hostilités en juillet pourrait encore doper les prix.
Les consommateurs en première ligne
Ces profits ne sortent pas de nulle part. En effet, ils se paient à la pompe et sur les factures. Chaque hausse du baril se répercute vite sur les prix à la consommation.
Les ménages les plus modestes subissent le choc de plein fouet. De plus, l'inflation énergétique frappe surtout les pays importateurs du Sud. Ainsi, l'Afrique et l'océan Indien voient leurs coûts logistiques grimper.
Les majors, elles, encaissent la marge. Cependant, elles présentent ces résultats comme le fruit de leur bonne gestion. Le prix du baril reste pourtant le vrai moteur.
Un troisième trimestre sous tension
L'avenir immédiat s'annonce incertain. La reprise des combats a de nouveau perturbé la navigation dans le détroit d'Ormuz. En outre, les risques augmentent en mer Rouge.
Pour Aramco, cela pourrait se traduire par une baisse du nombre de barils produits. En revanche, si les prix restent élevés, les profits pourraient se maintenir. Tout dépendra donc de l'évolution du conflit.
Une chose est sûre. Tant que la guerre durera, les géants du pétrole resteront parmi ses premiers bénéficiaires. C'est là toute l'ironie d'un marché où le malheur des uns fait la fortune des autres.
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