Admise à la Sorbonne dans le cadre du programme Erasmus et bénéficiaire d'une bourse, l'étudiante, qui souhaite rester anonyme, devait poursuivre ses études en France.
Interrogée par Anadolu, elle affirme qu'il lui a finalement été demandé de fournir une photo "tête nue", après plusieurs demandes de visa restées sans suite favorable.
L'étudiante estime que cette exigence est contradictoire avec la situation de plusieurs de ses camarades, qui auraient obtenu leur visa français à la même période avec des photos les montrant voilées.
Trois demandes auprès de VFS Global
L'étudiante indique avoir déposé trois demandes auprès de VFS Global, le prestataire chargé de recueillir les demandes de visa pour la France en Türkiye.
Selon elle, sa première demande avait été rejetée pour un motif lié au manque de fiabilité de son hébergement et de son programme d'études en France.
"Mon hébergement et mon programme d'études avaient été définis dans le cadre d'Erasmus. Il s'agissait d'un logement et d'un programme connus et fiables. J'avais également fourni les documents correspondants", affirme-t-elle.
Elle explique avoir ensuite déposé une deuxième demande en même temps qu'une amie. Cette dernière aurait obtenu son visa, tandis que sa propre demande aurait de nouveau été rejetée, avec un motif différent.
"Des amies ont obtenu leur visa à la même période. Elles ont fourni des photos avec leur foulard. On m'a pourtant dit que ma photo n'était pas acceptée à cause de mon foulard. Il y a une contradiction", déclare-t-elle.
Une demande écrite concernant une photo "tête nue"
Selon l'étudiante, elle a décidé de déposer une troisième demande afin d'obtenir une explication écrite et vérifiable sur le motif du refus.
Elle affirme que son dossier, transmis au consulat général de France à Istanbul par l'intermédiaire de VFS Global, lui a été retourné avec un document daté du 14 septembre 2026 et intitulé "Attestation de retour d'un dossier".
D'après son témoignage, ce document indiquait que sa photo devait être prise "tête nue".
"J'ai déposé une troisième demande parce que je voulais connaître clairement le motif", explique-t-elle.
"Être privée d'une occasion m'a profondément affectée"
L'étudiante souligne que son admission à la Sorbonne représentait une étape importante de son parcours universitaire.
"J'étais très enthousiaste à l'idée de pouvoir faire figurer la Sorbonne sur mon CV. Je pensais que cela m'ouvrirait d'autres portes. Être privée de cette manière d'une occasion que j'avais obtenue m'a profondément affectée", confie-t-elle.
Elle affirme avoir eu besoin de temps avant de pouvoir raconter publiquement son expérience.
L'étudiante dit également avoir été particulièrement affectée lorsqu'il lui aurait été demandé directement de retirer son foulard.
"Retirer mon foulard n'est pas envisageable pour moi, mais la personne en face l'attend de moi. On vous oblige alors à choisir entre les deux", témoigne-t-elle.
Une référence au 28 février 1997
L'étudiante fait référence au coup d'État post-moderne du 28 février 1997 en Türkiye, période durant laquelle des restrictions avaient notamment été imposées au port du voile dans les universités et les institutions publiques.
Elle souligne que le port du foulard constitue pour elle un choix religieux.
"Nous ne portons pas le foulard sans raison. Que la personne en face de vous s'estime en droit de vous demander une telle chose est aussi très douloureux", affirme-t-elle.
Elle estime par ailleurs que l'attitude au sein des centres de dépôt des demandes peut varier selon les agents et affirme que d'autres étudiantes voilées auraient subi des pressions similaires.
Elle souhaite éviter que d'autres étudiants vivent la même situation
Après avoir raconté son expérience sur les réseaux sociaux, l'étudiante affirme avoir reçu des commentaires lui reprochant de porter le foulard tout en souhaitant étudier en France.
Elle explique toutefois avoir témoigné principalement pour informer les étudiants susceptibles de se retrouver dans une situation similaire et attirer l'attention des autorités sur le problème.
"J'ai partagé mon expérience pour que ceux qui viendront après moi sachent à quoi s'attendre, pour que cette situation soit davantage connue et qu'une solution soit trouvée", déclare-t-elle.
Elle souligne que de nombreuses étudiantes voilées étudient à l'université Galatasaray et dans d'autres établissements où l'enseignement est dispensé en français.
"Puisque j'ai été admise à la Sorbonne, pourquoi devrais-je être obligée d'aller dans un autre pays ?", demande-t-elle.
"Je ne renoncerai pas à ma réussite parce que je porte le foulard"
Après trois demandes restées sans suite favorable, l'étudiante indique ne pas envisager d'en déposer une nouvelle. Elle souhaite néanmoins que la situation soit clarifiée pour les étudiants qui effectueront à l'avenir les mêmes démarches.
Selon elle, si l'exigence concernant la photo repose sur une règle générale, celle-ci devrait être clairement annoncée et appliquée de manière uniforme.
"S'il existe une règle, que les autorités l'expliquent clairement. Que chacun sache à quoi s'attendre. Il faut aussi expliquer aux agents du centre des visas comment ils doivent traiter les étudiants. Nous n'avons pas à subir l'attitude arbitraire d'un agent", affirme-t-elle.