Condoléances à la mosquée des Omeyyades pour la Dre Rania et ses six enfants

Après l’arrestation de ces assassins, les détails de la terrible existence que la Syrie a connue pendant 54 ans sont apparus un peu plus au grand jour et, bien sûr, ils ont aussi été rappelés à ceux qui les avaient vécus. Nous suivions évidemment ce qui se passait en Syrie à travers ceux qui s’étaient réfugiés dans notre pays. Mais nul ne pouvait imaginer, sans l’avoir vécu, quelle vie avaient laissée derrière eux ceux qui, dans un élan de survie, avaient abandonné maison et foyer pour se réfugier en Türkiye. Ceux qui arrivaient ainsi emportaient en réalité avec eux la légitimité du pays d’où ils venaient. Un pouvoir qui contraint ainsi tout un peuple à le fuir ne peut même pas avoir une existence légitime.
Une famille devenue le symbole des disparus de Syrie
Dans un lieu où la torture était le comportement d’État le plus ordinaire et le plus systématique, comment les gens du reste du monde ont-ils pu continuer leur vie normalement pendant que tout cela se produisait ? Quelle vie le peuple syrien a-t-il pu mener pendant toutes ces années sous ce régime ? Un régime de moukhabarat, les services de renseignement, infiltré dans chaque pièce des maisons, produisait sans cesse de nouvelles victimes pour cette machine de torture. Quel État pouvait exister dans un environnement où le frère était transformé en informateur contre son frère, la femme contre son mari, le mari contre son épouse, et où la confiance de l’être humain envers l’être humain était réduite à néant ?
L’histoire de la Dre Rania et de ses six enfants avait sans aucun doute un poids particulier. Elle avait acquis une signification symbolique pour révéler l’état de soixante années de torture systématique, de massacres et de disparitions. Comme ils étaient originaires de Siirt, nous avons pris la route de la Syrie à l’initiative de la Fondation de Siirt afin de participer à la cérémonie de condoléances de la famille. Nous sommes arrivés à Damas avec Hamza Buldu, l’un des proches de la famille, Zeki Akyüzlü, qui travaille presque à lui seul comme une armée humanitaire au sein de la Fondation de Siirt, l’ancien député de la 24e législature Afif Demirkıran, le député de Bursa Muhammed Müfit Aydın, le président de la Fondation Birlik d’Ankara Yusuf Mücahitoğlu, le médiateur Özcan Yıldız, les hommes d’affaires originaires de Siirt Fikret Baydarman, Ayaz Akkoyun, Murat Üzümcü, Abdullah Şanlı, Şamil Gülbaran, Oral Avcı et d’autres membres, afin de présenter nos condoléances.
M. Abbasi était venu avec son épouse et sa fille. Tous étaient très émus et profondément touchés. Après avoir discuté un moment à l’aéroport, nous sommes sortis. Ils se sont rendus dans la maison qu’ils avaient été contraints d’abandonner vingt-six ans plus tôt et qui avait longtemps été occupée par l’un des officiers baasistes. Ils l’avaient récupérée quelque temps auparavant, et d’autres membres de la famille l’avaient préparée pour eux.
À Damas, une cérémonie de mémoire et de solidarité
Nous avons accompli la prière du vendredi à la mosquée des Omeyyades, accompagnés du prêche prononcé par Sahl Junaid, mufti de Homs, membre du Conseil supérieur des oulémas de Syrie, l’une des grandes figures spirituelles de la Révolution et l’un de ses grands prédicateurs. Dans son prêche, l’imam rappelait aujourd’hui la dette envers les martyrs qui nous permet de vivre, par la grâce de Dieu, cette liberté que nous n’aurions même pas pu imaginer il y a un an et demi. Il recommandait de ne jamais oublier cette dette.
Après la prière du vendredi, nous sommes passés au salon d’honneur de la mosquée des Omeyyades pour les condoléances. La mise à disposition de ce salon pour cette cérémonie a été rendue possible grâce à l’initiative de l’ambassade de Türkiye et à la réponse favorable des autorités syriennes. Normalement, l’utilisation de cette salle pour des condoléances ne se fait que dans des cas très exceptionnels.
Lors de cette rencontre pleine de sens, à laquelle participaient également les deux autres gendres de Mohammed Eid el-Abbasi et ses petits-enfants, la famille de la défunte s’est retrouvée avec les enfants de Siirt, la ville de ses ancêtres et sa patrie d’origine, ainsi qu’avec de précieux Syriens venus de différentes régions de Syrie.
Dans l’assemblée de condoléances se trouvaient des députés représentant le peuple syrien, des cheikhs de tribus et de clans, des représentants d’organisations de la société civile et des personnes issues de différents milieux de la société. Tous exprimaient la même vérité : la géographie ne peut rompre les liens du sang, et les frontières ne peuvent effacer les racines.
Cette rencontre, remarquable autant par sa dimension humaine que par son esprit de solidarité, a montré une fois de plus qu’il est impossible d’accepter la séparation et la rupture entre les enfants d’une même oumma, la communauté des musulmans.
Certains des participants ont pris la parole pour présenter leurs condoléances aux proches des martyrs. Ils ont dit que le fait d’apprendre les origines de Türkiye de ces martyrs avait une grande signification pour eux. Ils ont également affirmé que l’attitude noble adoptée dès le début par la Türkiye aux côtés de ses frères syriens ne pourrait jamais être oubliée.

Les commentaires que vous publiez sur notre site constituent une ressource précieuse pour les autres utilisateurs. Veuillez faire preuve de respect envers les opinions différentes et les autres membres. Évitez tout langage grossier, offensant, dégradant ou discriminatoire.