Les dirigeants des 32 pays membres de l'OTAN se réuniront les 7 et 8 juillet dans la capitale turque. La production d'armements, le partage des charges au sein de l'Alliance et le renforcement des capacités militaires européennes devraient dominer les discussions.
Cette réunion intervient alors que les gouvernements européens cherchent à renforcer leur autonomie stratégique tout en réduisant leur dépendance à long terme envers les États-Unis.
Selon plusieurs experts, le développement rapide de l'industrie de défense turque, associé à la position géostratégique de la Türkiye et à ses capacités militaires, place désormais Ankara au cœur de l'architecture sécuritaire européenne.
La Türkiye, devenue un producteur majeur de défense
Pour Riccardo Gasco, coordinateur du programme de politique étrangère du centre de réflexion IstanPol, la Türkiye est aujourd'hui l'un des alliés les plus importants de l'OTAN.
"La Türkiye est l'un des alliés les plus importants de l'OTAN du point de vue de la défense. Ce n'est pas seulement parce qu'elle possède l'une des plus grandes armées de l'Alliance, mais aussi en raison de sa position géographique et de ce qu'elle est capable de produire"
, a-t-il déclaré à Anadolu.Selon lui, la Türkiye a profondément transformé son industrie de défense au cours de la dernière décennie.
"La Türkiye n'est plus seulement un consommateur de technologies occidentales. Elle est devenue un producteur de drones, de plateformes navales, de missiles, de véhicules blindés et de systèmes aéronautiques de plus en plus sophistiqués"
, a-t-il expliqué.D'après Gasco, cette évolution répond aux nouveaux défis auxquels fait face l'Alliance.
"Le défi de l'OTAN n'est plus uniquement de dépenser davantage, mais de produire davantage et plus rapidement"
, a-t-il souligné.Il rappelle également que la position stratégique de la Türkiye, entre la mer Noire, la Méditerranée orientale, le Moyen-Orient et le Caucase, a gagné en importance depuis le début de la guerre entre la Russie et l'Ukraine.
Selon lui, le principal obstacle auquel l'Europe est confrontée n'est pas le manque de ressources financières ou industrielles, mais l'absence de coordination politique.
"Les industries de défense restent fragmentées, les achats demeurent largement nationaux et il existe souvent un écart entre les déclarations politiques et leur mise en œuvre concrète"
, a-t-il estimé."L'Europe ne peut pas ignorer les capacités de la Türkiye"
Pour Riccardo Gasco, la Türkiye fait déjà partie intégrante du système de défense européen.
"La Türkiye fait déjà partie de l'architecture de défense européenne. Ce n'est pas une possibilité future, c'est déjà une réalité. La question est de savoir comment gérer et renforcer cette réalité"
, a-t-il déclaré.Il souligne que la Türkiye dispose de l'une des plus importantes armées d'Europe, d'une industrie de défense en pleine expansion et d'une position géographique stratégique reliant l'Europe à la mer Noire, au Moyen-Orient, au Caucase et à la Méditerranée orientale.
Selon lui, les discussions sur la participation de la Türkiye au programme européen SAFE ne doivent pas masquer le fait que la défense européenne dépend déjà largement de sa coopération avec Ankara.
Il cite notamment le développement des coopérations industrielles avec l'Italie, l'Espagne et le Royaume-Uni. Il a insisté:
L'Europe ne peut pas ignorer les capacités de la Türkiye.
La Türkiye peut accélérer le réarmement européen
Pour Timothy Ash, chercheur associé au centre de réflexion britannique Chatham House, l'Europe doit renforcer rapidement ses capacités militaires alors que les incertitudes persistent sur les engagements futurs des États-Unis. Il déclaré:
Cette ambition est difficile à atteindre après des années de forte dépendance envers les États-Unis, mais elle est désormais une priorité absolue.
Selon lui, augmenter les budgets de défense ne suffira pas sans une hausse rapide des capacités industrielles. Timothy Ash a affirmé:
La Türkiye peut offrir de nombreuses solutions à l'Europe.
"Elle possède la plus grande et probablement la plus performante armée des pays européens membres de l'OTAN. Elle peut fournir des dizaines de milliers de soldats pour garantir un éventuel cessez-le-feu en Ukraine."
Il met également en avant les capacités industrielles turques.
"Elle possède la meilleure industrie de drones d'Europe et peut produire rapidement les chars, les avions, les navires et les munitions dont l'Europe a besoin pour accélérer son réarmement"
, a-t-il déclaré.Une coopération devenue indispensable
Selon Timothy Ash, renforcer les liens avec Ankara constitue désormais une nécessité stratégique.
"Il est temps que l'Europe se réveille, mais le racisme et l'islamophobie freinent encore cette évolution. Il ne peut y avoir de défense européenne crédible sans la Türkiye comme pilier de cette sécurité"
, a-t-il affirmé.Il estime que plusieurs pays européens, notamment le Royaume-Uni, l'Italie et la Belgique, ont déjà compris l'importance de cette coopération.
En revanche, il critique l'exclusion de la Türkiye et du Royaume-Uni du mécanisme européen SAFE.
"Cette décision montre que l'Europe ne mesure toujours pas pleinement les menaces auxquelles elle est confrontée avec la Russie et le désengagement progressif des États-Unis."
Selon lui, "le financement SAFE pour les industries de défense turques constituerait une solution gagnant-gagnant pour l'Europe et la Türkiye"
. Une industrie de défense en pleine expansion
L'industrie de défense turque poursuit sa progression grâce aux investissements publics, au développement de technologies nationales et à la hausse constante des exportations.
La Türkiye produit aujourd'hui des drones armés, des véhicules blindés, des plateformes navales, des missiles, des systèmes de guerre électronique, des hélicoptères ainsi que plusieurs programmes aéronautiques de nouvelle génération.
En 2024, l'entreprise STM a signé un contrat de 123 millions d'euros avec le Portugal pour construire deux navires ravitailleurs, première exportation navale turque vers un pays membre de l'Union européenne et de l'OTAN hors Europe de l'Est.
La même année, Otokar a remporté un contrat majeur avec la Roumanie portant sur plus de 1 000 véhicules blindés Cobra II.
La coopération avec l'Espagne s'est également renforcée autour du programme d'avion d'entraînement Hurjet développé par Turkish Aerospace Industries.
Le fabricant de drones Baykar a, de son côté, renforcé sa présence en Europe grâce au rachat de l'entreprise italienne Piaggio Aerospace.
Les exportations turques de défense et d'aéronautique poursuivent ainsi leur progression, soutenues par une demande internationale croissante.
Un sommet axé sur les résultats
Les deux experts estiment que le sommet de l'OTAN d'Ankara sera davantage consacré à la mise en œuvre concrète des engagements qu'à l'annonce de nouvelles mesures.
Pour Riccardo Gasco, l'enjeu principal sera de vérifier si les alliés disposent de plans crédibles pour transformer l'augmentation des dépenses militaires en capacités opérationnelles et en une production industrielle renforcée.
Selon lui, accueillir ce sommet confirme également la place grandissante de la Türkiye au sein de l'Alliance.
"Le fait d'accueillir ce sommet renforce la place centrale d'Ankara au sein de l'OTAN à un moment où ses capacités militaires et son industrie de défense deviennent de plus en plus importantes pour l'Alliance"
, a-t-il déclaré.Il a également évoqué les discussions en cours concernant un éventuel soutien américain au programme d'avion de combat national KAAN ainsi que les spéculations sur un possible retour de la Türkiye dans le programme F-35.
Selon Gasco, l'avenir de l'OTAN dépendra moins des déclarations politiques que de sa capacité à renforcer durablement sa dissuasion grâce aux investissements, à la coopération industrielle et à la préparation militaire.
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