COP29: Les élections américaines ralentit les négociations climatiques

12:49, 16/09/2024, lundi
AFP
COP29: Les élections américaines ralentit les négociations climatiques
Patrick T. FallonAFP
L'ancien président américain et candidat républicain à la présidentielle, Donald Trump, lors d'un rassemblement de campagne à Las Vegas, le 13 septembre 2024.

L'incertitude entourant l'issue des élections américaines et un possible retour de Donald Trump au pouvoir planent déjà sur les futures négociations climat de la COP29, les pays "retenant" leurs positions jusqu'à ce qu'ils sachent qui occupera la Maison Blanche.

La COP29 débute le 11 novembre, six jours après les élections américaines. Ce télescopage d'agendas est d'autant plus inopportun que, dans les mois à venir, les dirigeants du monde entier doivent trouver un consensus sur l'action climatique, mais aussi sur des protections environnementales plus fortes et un traité contre la pollution plastique.


"Tout le monde hésite à se prononcer tant qu'ils ne savent pas qui sera élu"
, remarque Mohamed Adow, militant et directeur du groupe de recherche Power Shift Africa.

Attentisme et frustration


En tant que président, Donald Trump avait retiré les États-Unis de l'accord de Paris sur le climat de 2015 - Joe Biden les avait ensuite réintégrés - et des questions se posent sur ce que signifierait son retour pour la solidarité climatique mondiale.


Incertitude d'autant plus dommageable que l'augmentation de l'aide financière aux pays vulnérables sera au cœur de la prochaine COP.


Résultat: certains gouvernements sont réticents à proposer un montant concret en dollars, craignant de s'engager trop tôt, à la grande frustration des pays concernés.


"Le changement climatique ne se soucie pas vraiment de savoir qui est à la tête des États-Unis, qu'il s'agisse d'un républicain ou d'un démocrate"
, tempête Ali Mohamed, président du groupe africain des négociateurs.
"Les élections vont et viennent, mais le problème est toujours là".

"Patate chaude"


Les sessions de préparation à la COP29, débutées il y a plusieurs mois, traînent en longueur, même au regard des standards laborieux de la diplomatie climatique mondiale.


À seulement deux mois de l'échéance, personne ne s'accorde pour définir le
"financement climatique"
, fixer un montant collectif à verser, désigner les pays payeurs et bénéficiaires. Le dernier cycle de négociations s'est conclu jeudi sans avancée.

Les pays les plus riches, tenus d'apporter leur contribution au regard de leur responsabilité historique dans les rejets de gaz à effet de serre, comme les États-Unis, l'Union européenne et le Canada, n'ont pas annoncé de montant d'aides, poussant plutôt la Chine et les pays riches du Golfe à également contribuer.


"Les États sont sur la retenue et assurent leurs arrières. Beaucoup n'ont pas de raison impérieuse de dévoiler leur jeu"
, déclare Tom Evans, du centre de réflexion E3G. L'élection américaine
"plane au-dessus de tout le monde, il est difficile de se projeter au-delà".

"Du côté des pays développés, il y a une trop grande tendance à se regarder le nombril et à vouloir se débarrasser de la patate chaude"
, juge le Kényan Ali Mohamed.

Terrain instable


S'il est élu, Donald Trump pourrait réduire le financement de la lutte contre le changement climatique et pour l'Ukraine, laissant à l'Union européenne le soin de payer la facture, alors que certains pays en développement demandent plus de 1.000 milliards de dollars par an, soit dix fois plus que les engagements existants.


Cela pourrait expliquer en partie la réticence de l'UE à mettre un chiffre sur la table, estime Linda Kalcher, du centre de réflexion européen Strategic Perspectives.


"C'est un contexte politique très instable, et pas forcément fertile pour parler d'augmentation des financements pour le climat. (...) Dès qu'ils fixent un montant, ils seront sous pression pour s'y tenir"
, dit-elle.

Certains experts nuancent en rappelant qu'historiquement les États-Unis n'ont que peu contribué à la finance climatique, et donc qu'une victoire de Donald Trump n’empêcherait pas un accord.


Mais les donateurs se sentiraient néanmoins
"assez exposés"
à engager plus d'argent s'ils ne pouvaient pas compter sur le soutien de Washington pour payer sa part et pousser la Chine à faire de même, analyse Tom Evans.

"Les vraies décisions ne commenceront à émerger qu'après les élections américaines"
, juge Li Shuo, expert en diplomatie climatique à l'Asia Society Policy Institute. D'ici là, les progrès ne seront au mieux que marginaux, selon lui.

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