À Chalon-sur-Saône, le maire Gilles Platret
multiplie les passages sur CNews
et Sud Radio
tout en refusant l'étiquette d'extrême droite. En face, Damien Saley
, chef de file de La France insoumise
dans la cité bourguignonne, raconte à Nouvelle Aube une opposition qui se joue d'abord sur le terrain, dans les urnes et devant les tribunaux. Loin du brouhaha des plateaux télé. Dans les grandes métropoles, le combat contre l'extrême droite se livre souvent à coups de tribunes et de débats télévisés. Dans une ville moyenne comme Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), il prend un tout autre visage: celui de la présence quotidienne, du porte-à-porte militant et du contentieux administratif. C'est ce travail de fond, peu visible, que défend Damien Saley
, figure locale de La France insoumise,
dans cet entretien accordé à Nouvelle Aube.
"On a encore du boulot"
Premier constat, lucide: implanter le mouvement dans ce bastion de la droite n'a rien d'évident. "L'adhésion, on va dire, à La France insoumise, à Chalon-sur-Saône, c'est un petit peu plus compliqué que dans les grandes métropoles"
, reconnaît-il. "On a encore du boulot, nous, en tant que militants, pour nous faire connaître à Chalon, faire connaître les idées de La France insoumise."
Pour une première candidature sous la bannière d'une liste citoyenne, l'Union populaire chalonnaise
, soutenue par LFI, le résultat ne le déçoit pourtant pas: 10,58% des suffrages. Assez pour faire une entrée fracassante au Conseil municipal et faire grincer des dents l'autre alliance de gauche qui ralliait les socialistes, les communistes et Place Publique. "Faire ce résultat-là pour une première fois, franchement, c'était pas mal",
concède l'insoumis. Un maire de plateau, une ville qui se dégrade
Le cœur de l'affrontement, c'est la figure du maire. Réélu, Gilles Platret
cultive une image de proximité que Damien Saley ne nie pas. Au contraire, il y voit le ressort d'un malentendu. "Il y a une espèce de dissonance cognitive dans la population chalonnaise"
, analyse-t-il. Le maire, "son rôle, en tout cas en apparence, dans l'image, il le remplit bien"
, serrant les mains et multipliant les cérémonies, pendant qu'à l'échelle nationale, il tient sur les plateaux un discours d'une tout autre nature. Pour l'élu insoumis, le projet municipal est avant tout sécuritaire et identitaire. Il pointe la volonté d'un déploiement policier hors norme: "Il veut monter à 80 agents dans une commune de 45 000 habitants. C'est énorme."
À quoi s'ajoutent, selon lui, "plus de 300 caméras dans la ville".
Surtout, dénonce Saley, "ce qu'il met en avant, c'est sa lutte contre tous ceux qui ne vivent pas comme lui. En gros, surtout les musulmans".
Sa politique ne fonctionne pas du tout.
Une stratégie qu'il qualifie d'autoritaire et largement symbolique. Le maire serait "le premier maire de France à s'être fait attribuer certaines prérogatives par le préfet"
, notamment pour fermer des commerces jugés gênants : "C'est vraiment des coups d'autorité."
Et pour cause, affirme-t-il, les résultats ne suivent pas. Chiffres à l'appui durant la campagne, l'opposition assure que la délinquance ne recule pas: "En réalité, sa politique, elle ne fonctionne pas du tout."
Le seul indicateur en forte hausse ? Les amendes dressées par vidéosurveillance, "presque multipliées par deux en un an"
entre 2024 et 2025. La réponse insoumise se veut sociale plutôt que policière: "C'est cette situation sociale-là qu'il faut traiter d'abord pour empêcher les gens de basculer dans la délinquance. Et ce n'est pas en mettant des policiers partout que ça va régler le problème."
Derrière l'édile, Saley voit une ambition nationale: "Moi, je pense que Platret veut être le nouveau ministre de l'Intérieur de Bardella, président de la République."
Un combat sur le terrain
C'est là que se loge la singularité de l'opposition chalonnaise. Plutôt que de répondre coup pour coup sur les plateaux, elle a choisi d'incarner sa réponse dans la composition même de sa liste.
"On a voulu faire une liste qui est représentative de la population chalonnaise"
, explique celui qui se présente comme un "ancien bouffeur de curés"
devenu défenseur de la liberté de conscience.Plusieurs femmes voilées y figuraient. Un choix assumé, qui a fait polémique. "On n'est pas allé les chercher spécifiquement"
, précise-t-il. Ce sont des militantes croisées dans les cercles associatifs, notamment de défense des droits des Palestiniens, qui se sont rapprochées de la liste. Cette évolution, Saley la doit à son expérience d'enseignant: "J'ai bossé pendant cinq ans en Seine-Saint-Denis comme prof."
De là, une lecture précise de la loi de 1905 qu'il oppose frontalement à l'usage qu'en fait la droite locale: "Ce n'est pas une laïcité qui combat les religions, c'est une laïcité qui sépare les religions du gouvernement."
La bataille du voile jusque devant le juge
L'affrontement a un visage: celui de Sabrina, numéro deux de la liste et élue conseillère municipale. En raison de son voile, Gilles Platret avait fait changer le règlement intérieur du conseil municipal. Une décision que Damien Saley a fait contester en justice.
Privée d'accès aux séances du conseil en raison de son voile, elle continue de siéger autrement: commémorations du 8 mai et autres événements ouverts aux élus.
"Ce n'est pas parce qu'elle est exclue du conseil qu'elle devient invisible. Elle est toujours là, elle est présente sur le terrain"
, martèle Saley, qui rappelle que "quand on est élu municipal, on a le droit de porter des signes religieux".Le combat s'est aussi déplacé sur le terrain judiciaire, devant le tribunal administratif de Dijon, avec des avocats suggérés et financés par LFI.
Verdict inattendu: "On est tombé sur un juge un peu particulier, j'ai envie de dire iconoclaste"
, dont la décision a surpris jusqu'au maire lui-même. La suite dépendra désormais du calendrier de la justice.
"Tenir la barricade"
Le mot de la fin résume la ligne tenue par l'élu insoumis. "On a un maire qui est d'extrême droite, même s'il refuse de l'admettre"
, tranche-t-il, mais "il y a une opposition qui est ferme".
À Chalon comme à l'échelle de l'agglomération, l'enjeu est de durer et de ne rien céder.
"On peut compter sur les représentants de La France insoumise, que ce soit au niveau local ou au niveau national"
, conclut Damien Saley. "Je pense que là-dessus, on fait le job."
Un travail qui, espère Damien, portera ses fruits pour la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon en 2027. Sans le vouloir, Damien Saley est devenu malgré lui l'une des incarnations de la gauche de rupture et de la Nouvelle France dans les villes moyennes de province. Même en ayant face à lui une des figures montantes de la droite extrémiste, il ne décourage pas. "On tiendra la barricade"
, promet-il. A lire également:

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