Violences dans l'est de la RDC: sur la route vers l'Ouganda, un calme précaire

10:39, 21/01/2025, mardi
AFP
Violences dans l'est de la RDC: sur la route vers l'Ouganda, un calme précaire
PHILÉMON BARBIERAFP
Des civils sur une moto-taxi croisent le chemin des soldats du 21e bataillon DP des Forces armées de la RDC (FARDC) sur la route entre Beni et Bulongo, au Nord-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo, le 17 décembre 2024.

Une mosquée abandonnée et un ex-QG livré aux herbes hautes : sur la route vers l'Ouganda, dans l'est de la République démocratique du Congo, la présence des ADF, groupe terroriste ayant fait allégeance à Daesh, n'est plus, pour l'instant, qu'un mauvais souvenir.

Longtemps ciblé par de sanglantes attaques, cet axe commercial stratégique pour la RDC comme pour son voisin ougandais a retrouvé un calme précaire, trois ans après le lancement, fin 2021, d'une opération militaire conjointe entre les forces armées des deux pays, baptisée "Shujaa".


Troupeaux de bovins et camions de transport ont repris leur va-et-vient entre la capitale du territoire de Beni et l'Ouganda, sous la garde des pickups des deux armées, qui ont installé des postes tout le long de la route.

Mais l'opération "Shujaa" a eu pour effet de disperser les cellules des ADF (Forces démocratiques alliées) dans les provinces voisines de l'Ituri et du Nord-Kivu. Et loin de Kampala, les terroristes multiplient les massacres de civils.


À Bulongo, à mi-chemin vers la frontière ougandaise, le bourgmestre Jean-Paul Kahindo Katembo évoque
"le calvaire"
de la ville, qui a connu pas moins de 28 attaques entre 2021 et 2024.

Avec le retour d'un semblant de normalité, l'économie locale, largement dépendante de l'exportation des produits agricoles vers l'Ouganda, a repris.

"Il faut que cette accalmie persiste pour que la population soit rassurée",
explique, prudent, Ricardo Rupandi, président de la société civile de la localité voisine de Mutwanga.

"Certains vont au champ, mais ils n'ont pas encore le courage de dormir là-bas",
raconte-t-il à l'AFP. La région a déjà connu des accalmies, toujours suivies d'une reprise des violences.

Les militaires de l'opération "Shujaa", qui seraient 2 000 à 4 000 côté ougandais, n'ont pas les moyens de maintenir une présence dans toutes les localités reconquises. Les attaques ont repris dès novembre à quelques kilomètres au nord de Beni. Plusieurs centaines de civils ont été tués dans le Nord-Kivu et l'Ituri en 2024.

"Avec la pression exercée sur eux, les ADF sont tout le temps en errance, à tel point qu'aujourd'hui, ils ne passent pas plus de deux ou trois jours dans un endroit",
affirme le colonel Mack Hazukay, porte-parole local de l'armée.

À Beni, des milliers de déplacés s'entassent toujours dans des camps ou des familles d'accueil.


"Ici, tout le monde est psychologiquement perturbé",
confie Clara Kahindo Horove, la soixantaine, qui a fui son village il y a deux ans. Les hommes envisagent de retourner bientôt au village, mais
"nous avons peur de mourir en chemin",
avoue-t-elle.

"Quand les institutions, les écoles seront de nouveau installées, les maisons reconstruites, ce jour-là nous parlerons du rétablissement définitif de la paix",
dit Richard Kirumba, représentant de la société civile du territoire de Beni.

Mais pour Kampala, l'opération Shujaa vise d'abord à sécuriser l'exportation des ressources minières et agricoles depuis l'est de la RDC, ainsi que des projets pétroliers controversés autour du lac Albert, en partie financés par le groupe français TotalEnergies, selon un rapport du groupe d'études sur le Congo basé à l'université de New York.

Selon un rapport d'experts de l'ONU publié en janvier,
"la RDC a hésité à étendre la zone d'opération de Shujaa"
pour suivre le mouvement des terroristes ADF, avant d'accepter en juillet,
"craignant un agenda caché de l'Ouganda lié à ses intérêts"
dans la région.

En 2005, l'Ouganda avait été condamnée par l'ONU pour des violations du principe de non-ingérence, alors que ses soldats étaient déployés dans la province voisine de l'Ituri. Vingt ans plus tard, Kampala continue d'y soutenir des groupes armés, selon les experts de l'ONU.

Ces derniers ont notamment pointé le soutien
"actif"
des renseignements ougandais au M23, groupe armé anti-gouvernemental soutenu par le Rwanda et son armée. Le M23 combat pourtant l'armée congolaise dans le sud de la province.

Si les militaires congolais et ougandais affichent leur bonne entente sur le terrain, l'armée ougandaise semble parfois agir sans réel contrôle de Kinshasa.

Les ADF capturés par les soldats ougandais sont généralement transférés en Ouganda, sans passer par la justice ou la police congolaise, selon les experts de l'ONU.


"Il y a une sorte de confiance abusive du gouvernement congolais"
envers la partie ougandaise, conclut M. Kirumba.

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