Suisse : 71% contre une neutralité renforcée
14:12, 27/09/2026, dimanche
AFP

X
71% contre une neutralité renforcéeLes électeurs suisses ont rejeté dimanche à 71% une initiative populaire visant à inscrire dans la Constitution une neutralité renforcée excluant alliances militaires et sanctions économiques, selon une première projection de l'institut gsf.bern.
Rejet massif à 71%
Selon une première projection publiée 30 minutes après la fermeture des derniers bureaux de vote par l'institut gsf.bern, les citoyens ont refusé massivement le texte soutenu par l'Union démocratique du centre (UDC) et qualifié de prorusse par ses opposants. Cette initiative, portée par l'organisation souverainiste Pro Suisse, visait à empêcher la Confédération de rejoindre une organisation militaire et de reprendre des sanctions économiques contre des pays tiers, sauf celles décidées par l'ONU. "on reste attachés à cette politique de la neutralité qui permet à la Suisse de reprendre des sanctions et de se positionner dans le monde", a réagi la députée socialiste Laurence Fehlmann Rielle à la télévision suisse publique RTS.
Selon la même source, cette large victoire du non confirme que les électeurs restent attachés à une interprétation souple du concept constitutionnel, rejetant la conception rigoriste défendue par la droite nationaliste.
Deux conceptions antagonistes
La neutralité helvétique, inscrite dans la Constitution fédérale depuis 1848 et ancrée dans l'histoire depuis plusieurs siècles, oppose actuellement deux écoles de pensée irréconciliables. Les défenseurs d'une neutralité flexible, regroupant le gouvernement et la majorité des partis, plaident pour une adaptation aux réalités géopolitiques contemporaines, permettant notamment la collaboration avec l'OTAN sans adhésion formelle et la participation aux sanctions internationales.
"Neutralité ne veut pas dire que la Suisse regarde ailleurs quand il y a une violation des règles internationales",
a précisé le ministre des Affaires étrangères Ignazio Cassis lors de la campagne électorale.À l'inverse, l'UDC et ses alliés défendent une interprétation stricte du concept.
"La Suisse a un rôle fondamental à jouer sur cette planète. C'est le point blanc qu'on veut être, c'est la neutralité. Nous, ce qu'on veut, c'est amener la paix, la diplomatie et le dialogue. Et pour l'amener, il faut qu'on soit crédible avec une neutralité perpétuelle et armée",
a déclaré Céline Amaudruz, vice-présidente de l'UDC et députée fédérale, à la télévision publique. Cette divergence explique les tensions apparues lors des derniers débats parlementaires sur la politique étrangère.Contexte géopolitique tendu
Le scrutin intervient dans un climat particulièrement délicat, alors que la Suisse a adopté les sanctions de l'Union européenne contre Moscou suite à l'invasion russe en Ukraine et assumé son premier mandat de membre non permanent du Conseil de sécurité de l'ONU en 2023 et 2024. Ces décisions, qui marquent une évolution par rapport à la tradition d'immobilisme diplomatique, ont également été vivement critiquées par la Russie. Moscou accuse en effet Berne d'avoir abandonné sa neutralité en s'alignant sur les positions de Bruxelles, et avait publiquement salué l'initiative rejetée dimanche comme un retour aux fondamentaux.
Par ailleurs, seule l'UDC parmi les principales formations politiques soutenait ce texte, tandis que le gouvernement fédéral et l'ensemble des autres partis recommandaient le rejet. Toutefois, les dernières enquêtes d'opinion prévoyaient déjà cette défaite massive, bien au-delà des 60% de non, confirmant ainsi la position des autorités fédérales sur la nécessité de maintenir une marge de manœuvre diplomatique.
Rejet parallèle sur l'agriculture
En outre, les électeurs ont refusé à 72% selon les projections une seconde initiative populaire issue d'un mouvement citoyen apolitique visant à renforcer l'autosuffisance alimentaire. Cette proposition fixait comme objectif de porter la production domestique de denrées alimentaires de 42% actuellement à 70% d'ici dix ans, une ambition jugée très difficile, voire impossible, par les experts gouvernementaux et les principaux partis politiques. Seuls les Vert·e·s avaient exprimé un soutien partiel à cette démarche, sans toutefois imposer de consigne de vote stricte à leurs électeurs.
"L'autosuffisance à 70% d'ici 10 ans, c'était ça l'objectif. Je pense que cet objectif a pu en crisper beaucoup",
a analysé Sheldon Masseraz, vice-président des Jeunes Vert·e·x·s, à la télévision suisse publique, soulignant les réserves des citoyens face à une contrainte jugée excessive sur le secteur agricole.Pour rappel
La neutralité suisse constitue un pilier fondamental de la politique extérieure helvétique depuis le XIXe siècle, obligeant l'État à s'abstenir de tout conflit armé entre puissances tierces tout en préservant sa capacité de défense autonome. Ce principe a permis au pays de développer une vocation de médiation internationale reconnue, tout en adaptant progressivement son interprétation aux évolutions du droit international et aux crises contemporaines. Selon les historiens, cette flexibilité doctrinale a toujours coexisté avec le refus d'adhérer à des alliances militaires collectives, créant un équilibre diplomatique unique en Europe.
À lire également:

Économie
Suisse : la BNS maintient son taux à 0 % malgré la hausse des prix

International
Suisse : 5 morts dans l'accident d'un autocar néerlandais

International
La Suisse s'aligne sur l'interdiction du commerce de l'or originaire du Soudan