Le verdict, attendu vendredi, constitue le dernier épisode d'une saga judiciaire dans laquelle l'ex-joueur de cricket star est empêtré depuis qu'il a osé défier ouvertement la toute-puissante armée.
Bien qu'il ait longtemps bénéficié de ses faveurs, l'armée, soupçonnée d'avoir favorisé son élection en 2018, a fini par se retourner contre lui. Éjecté du pouvoir en 2022, Imran Khan s'est attaqué à de hauts responsables militaires, qu'il accuse d'avoir orchestré sa chute et même un attentat contre lui. Il a été incarcéré en août 2023.
Le procès "Al-Qadir Trust"
, reporté à plusieurs reprises, porte sur des accusations de corruption présumée impliquant Imran Khan et sa femme Bushra Bibi par le biais de leur fondation. "Comme les précédents, ce procès dure dans le temps pour mieux faire pression sur moi, mais j'exige que son verdict soit rendu sans plus attendre"
, déclarait-il récemment sur ses réseaux sociaux.Selon des experts, "l'establishment"
, terme désignant l'appareil militaire, utilise ce procès pour tenter de négocier avec Imran Khan, dont la popularité ébranle la coalition gouvernementale. Le parti d'Imran Khan, le Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI), a été marginalisé malgré son succès aux dernières législatives.
Considérations politiques
L'armée, souvent décrite comme faiseuse de roi au Pakistan, dément toute interférence politique. Imran Khan affirme néanmoins avoir reçu des propositions d'exil ou d'assignation à résidence, ce qu'il refuse catégoriquement.
Selon son conseiller juridique Faisal Fareed Chaudhry, "les reports successifs du verdict laissent penser qu'il est motivé par des considérations politiques"
. Sur les quatre condamnations déjà prononcées contre lui, deux ont été annulées en appel et les peines des deux autres suspendues.
Le verdict de vendredi interviendra deux jours après une réunion entre le gouvernement et des représentants du PTI, bien que ce dernier refuse tout dialogue tant que ses militants resteront emprisonnés et qu'une enquête indépendante ne sera pas ouverte sur la répression de ses manifestations.
En novembre, le PTI a affirmé qu'au moins 10 de ses militants avaient été tués lors de manifestations. Le gouvernement, de son côté, a rapporté la mort de cinq membres des forces de sécurité.
Une impasse persistante
"Le gouvernement a besoin de légitimité, ce qui nécessite un dialogue avec le PTI"
, explique Asma Faiz, professeure de sciences politiques à Lahore. Toutefois, toutes les parties semblent dans une "impasse"
, selon le chercheur Michael Kugelman.Bien que l'armée puisse offrir un accord pour la libération d'Imran Khan, celui-ci refuse de se plier à ses conditions. Pour Imran Khan, dont la crédibilité repose sur sa promesse de rompre avec la politique dynastique, un exil nuirait gravement à son image.
"Je vivrai et mourrai au Pakistan"
, a-t-il déclaré dans un communiqué transmis par ses avocats. "Je me battrai pour la liberté de mon pays jusqu'à mon dernier souffle et j'attends de ma nation qu'elle fasse de même".
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