Cette décision intervient malgré une inflation persistante et des incertitudes économiques mondiales, notamment liées à la guerre commerciale.
Au terme de sa réunion de deux jours, la BoJ a justifié sa prudence en pointant les conséquences potentielles du conflit douanier déclenché par le président américain Donald Trump, qui a ciblé les exportations d'acier japonaises et menace d’imposer des taxes sur le secteur automobile.
"Concernant les risques pesant sur nos perspectives, de grandes incertitudes subsistent quant à l'activité économique japonaise, notamment l'évolution de la situation commerciale (...) et celle des prix des matières premières"
, a souligné l’institution.Impact des tensions commerciales sur l'économie japonaise
Le gouverneur Kazuo Ueda a précisé que les nouvelles taxes américaines pourraient pénaliser l'économie japonaise en affectant la production, l'inflation et les prix. L’Association japonaise des constructeurs automobiles a mis en garde contre un impact potentiel sur la production, menaçant un secteur clé qui représente 10 % des emplois du pays.
"D'un autre côté, les taxes ou simplement les menaces (américaines) peuvent assombrir le moral des consommateurs et des entreprises, les incitant à restreindre leurs dépenses"
, a averti Kazuo Ueda.Dans un contexte économique mondial incertain, les banques centrales britannique et américaine devraient également maintenir le statu quo sur leurs politiques monétaires cette semaine, selon Stefan Angrick, analyste chez Moody’s Analytics.
Vers une nouvelle hausse des taux ?
Depuis mars 2024, la BoJ a entamé un resserrement monétaire progressif, mettant fin à une décennie de politique ultra-accommodante. Après trois hausses successives des taux, les analystes estiment qu’une nouvelle augmentation pourrait intervenir dès mai.
"Le cycle de resserrement de la Banque est encore loin d'être terminé (...) il existe une forte probabilité d'une hausse des taux en mai"
, affirme Marcel Thieliant, de Capital Economics.L’inflation, bien supérieure à l’objectif de 2 % fixé par la BoJ, et la récente revalorisation des salaires devraient accentuer cette tendance. En janvier, les prix à la consommation (hors produits frais) ont augmenté de 3,2 % sur un an, leur plus haut niveau depuis un an et demi, en raison de la flambée des prix des céréales et de l’énergie.
Les salaires en forte hausse
Les récentes négociations salariales ont abouti à des augmentations significatives. La puissante Confédération japonaise des syndicats de travailleurs (Rengo) a obtenu une hausse moyenne de 5,46 % des salaires en 2025, la plus forte progression depuis trois décennies.
La BoJ espère qu’un cercle vertueux se mettra en place, où la hausse des salaires stimulera la consommation intérieure, soutenant ainsi la croissance.
"Ces dernières données des négociations salariales rendent une hausse des taux en milieu d'année quasi certaine"
, estime Stefan Angrick.Des perspectives de croissance incertaines
Cependant, certains experts restent sceptiques quant aux prévisions optimistes de la BoJ.
"Elle affirme que l'économie +continuera de croître au-dessus de son potentiel+ malgré une croissance du PIB réel quasi-nulle sur l'année écoulée, et que la consommation suit une -tendance à la hausse modérée-, ce qui cadre mal avec les dernières données"
, souligne Angrick.Les indicateurs économiques moroses et la dégradation du climat commercial pourraient compliquer un nouveau resserrement monétaire, selon les analystes.
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