Corée du Sud: les enquêteurs demandent l'inculpation du président Yoon

09:46, 23/01/2025, jeudi
AFP
Corée du Sud: les enquêteurs demandent l'inculpation du président Yoon
JEON HEON-KYUNPOOL / AFP
Le président sud-coréen Yoon Suk Yeol assiste à la quatrième audience de son procès en destitution pour son éphémère imposition de la loi martiale à la Cour constitutionnelle de Séoul, le 23 janvier 2025.

Les enquêteurs sud-coréens ont recommandé jeudi l'inculpation pour rébellion et abus de pouvoir du président Yoon Suk Yeol, détenu et suspendu de ses fonctions, après sa tentative avortée d'imposer la loi martiale, qui a plongé le pays dans une grave crise.

Au terme de 51 jours d'enquête, le Bureau d'enquête sur la corruption (CIO), l'agence anticorruption chargée des investigations criminelles sur M. Yoon, a remis ses conclusions au parquet.


Il y déclare avoir
"décidé de demander au parquet du district central de Séoul d'engager des poursuites contre le président en exercice, Yoon Suk Yeol, dans le cadre d'allégations portant notamment sur la conduite d'une rébellion"
.

Le parquet a désormais 11 jours pour décider d'engager ou non les poursuites. La rébellion est un crime passible de la peine de mort.


Dans une procédure distincte, M. Yoon doit assister jeudi à 14H00 (05H00 GMT) à la quatrième audience de son procès en destitution devant la Cour constitutionnelle, au cours de laquelle des témoins seront entendus.

Attitude "non coopérative"


Le 3 décembre, le dirigeant conservateur a sidéré la Corée du Sud en imposant subitement la loi martiale et en envoyant l'armée au Parlement pour tenter de le museler. Il a fait marche arrière quelques heures plus tard, sous la pression des députés réunis en urgence et des manifestants.


Onze jours plus tard, M. Yoon a été suspendu par l'Assemblée nationale, qui a adopté une motion de destitution contre lui, actuellement examinée par la Cour constitutionnelle.

Après avoir résisté à une première descente sur mandat des autorités, M. Yoon a été arrêté et placé en détention le 15 janvier. Un fait sans précédent pour un chef de l'État sud-coréen en exercice, bien qu'il reste officiellement en poste jusqu'à la décision de la Cour constitutionnelle.


Depuis son incarcération, M. Yoon refuse de reconnaître la légalité de l'enquête à son encontre et n'a cessé de repousser les convocations du CIO. Il
"a constamment maintenu une attitude non coopérative"
, a déclaré aux journalistes Lee Jae-seung, chef adjoint du CIO.

Le service de sécurité de M. Yoon aurait
"entravé les perquisitions et les saisies, y compris l'accès à des dispositifs de communication sécurisés tels que des téléphones confidentiels"
, a poursuivi M. Lee.

Face à cette attitude, le CIO a estimé qu'il serait
"plus efficace"
de confier l'affaire au parquet, qui est habilité à prononcer une inculpation.

L'équipe juridique de M. Yoon a réagi en appelant jeudi le parquet à
"mener une enquête qui respecte la légitimité juridique et les procédures régulières"
.

"Abus de pouvoir"


Dans ses conclusions, le CIO accuse M. Yoon d'avoir "abusé de son autorité" en obligeant les forces de l'ordre et l'armée à accomplir des tâches
"dépassant leurs obligations
".

La nuit du 3 décembre, il aurait ordonné à l'armée de prendre d'assaut le Parlement et d'empêcher les députés de voter une résolution demandant la levée de la loi martiale.

Les enquêteurs affirment également que M. Yoon a
"entravé l'exercice du droit des législateurs à exiger la levée de la loi martiale"
.

M. Yoon dément avoir donné l'ordre de
"faire sortir"
les députés du Parlement pour les empêcher de voter contre la loi martiale.

Sa défense tente de justifier cette déclaration de loi martiale en invoquant une prétendue fraude électorale lors des législatives d'avril 2024, remportées largement par l'opposition, lui infligeant une défaite écrasante au Parlement.

Vers une destitution définitive ?


La Cour constitutionnelle doit rendre sa décision d'ici mi-juin : soit elle confirme la destitution du dirigeant conservateur, soit elle le rétablit dans ses fonctions. En cas de destitution, une nouvelle élection présidentielle devra être organisée dans un délai de 60 jours.


La crise politique prolongée pèse déjà sur l'économie sud-coréenne. La Banque centrale a abaissé lundi ses prévisions de croissance pour 2025, les situant entre 1,6% et 1,7%.

Au quatrième trimestre 2024, la croissance du PIB de la quatrième économie d'Asie a déjà ralenti à 0,1%, son plus bas niveau de l'année.


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