Centrafrique : "rien ne changera", le désenchantement avant l'élection

La rédaction avec
16:54, 26/12/2025, vendrediM: Mise à jour: 17:00, 26/12/2025, vendredi
AFP
Centrafrique : "rien ne changera", le désenchantement avant l'élection
ANNELA NIAMOLOAFP
Le président de la République centrafricaine et candidat à la présidence du Mouvement Cœurs Unis (MCU), Faustin-Archange Touadera (au centre), réagit sur scène lors du lancement de la campagne électorale à Bangui, le 13 décembre 2025, à l'approche des élections générales prévues le 28 décembre 2025 en République centrafricaine.

"Quoi qu'on vote, rien ne changera", estime Joshua [nom modifié à sa demande], un technicien employé dans une organisation non gouvernementale de 38 ans : malgré les mobilisations des candidats à la présidentielle, de nombreux électeurs rencontrés à Bangui, la capitale centrafricaine, n'iront pas voter le 28 décembre.

L'Autorité nationale des élections (ANE) organisme chargé de l'organisation et de la supervision des scrutins en Centrafrique, recense 2,3 millions d'inscrits sur les listes électorales, un chiffre censé refléter l'engouement pour ce quadruple scrutin (présidentiel, législatif, municipal et régional). Pourtant, la réalité est tout autre : nombreux sont ceux qui, comme Joshua, s'abstiendront.


Garçon 5 étoiles, qui préfère garder l'anonymat sous ce pseudonyme, 44 ans, responsable sécurité dans une organisation internationale, avait voté pour Faustin-Archange Touadéra en 2016. S'il reconnaît des avancées en matière de sécurité depuis le conflit de 2013, il se dit globalement déçu par les dix années de mandat du président sortant.

"La question des hôpitaux reste, et je pèse mes mots, un drame",
assène-t-il en se remémorant l'hospitalisation de sa mère dans un des trois principaux établissements de la ville en état de vétusté avancée.


Economie et sécurité


Intarissable sur l'ampleur du marasme dans lequel se trouve la population, dont plus de 70% vit sous le seuil de pauvreté dans ce pays enclavé l'un des plus pauvres au monde, il évoque tour à tour le cout élevé de la vie, la pauvreté endémique, l'absence de service de base en matière d'éducation et de santé ou de régulation et notamment relative à la sécurité routière.

Et dénonce
"le clientélisme"
dans l'attribution des postes dans l'administration ou l'armée, qui favorise les liens familiaux plutôt que la compétence.

Son désaveu pour la politique du président sortant ne l'a pourtant pas conduit à voter pour l'opposition, contre laquelle il émet de nombreux griefs, notamment
"leurs désaccords systématiques"
peu constructifs. Il s'abstiendra en conséquence de donner son vote à l'un ou l'autre des sept candidats en lice pour la magistrature suprême.

Esther, 39 ans, femme de ménage et cuisinière - qui a également requis l'anonymat- a elle aussi voté pour
"la seule fois de ma vie"
, lors des élections qui ont marqué le début du premier mandat de Touadéra, après la période de transition politique consécutive au chaos des violences de 2013.

La Séléka, coalition de groupes armés à majorité musulmane avait renversé le pouvoir de l'ancien président François Bozizé et affronté des milices d'auto-défense chrétiennes et animistes, les anti-Balakas, lors de violences qui ont provoqué un véritable traumatisme parmi la population.

Esther a perdu sa carte d'électeur et ne s'est jamais réinscrite sur les listes depuis. Elle aussi reconnaît les avancées sécuritaires et salue la paix retrouvée,
"maintenant Chrétiens et Musulmans peuvent marcher ensemble dans la rue",
mais elle admet être désintéressée par la politique
"je dois travailler dur pour subvenir aux besoins de mes enfants, je n'ai pas de temps pour cela"
. Et souffle, résignée
"mon vote ne changera rien de toute façon"

"Ils nous voleront les élections"


Le désintérêt et la résignation quant aux résultats du scrutin constituent les deux freins majeurs pour la population pour exercer leur droit de citoyen.


Faustin-Archange Touadéra, 68 ans, brigue un troisième mandat après avoir fait adopter fait adopter par référendum en 2023 une nouvelle constitution taillée sur mesure pour lui permettre de rester président à vie.

Une partie de l'opposition a appelé au boycott des élections de dimanche, dénonçant une
"mascarade"
et accusant le président de ne pas avoir tenu sa promesse d'organiser un dialogue politique avant le scrutin.

"On connaît déjà plus ou moins l'issue, il n'y a personne pour faire le contrepoids au président Touadéra"
, estime Garçon 5 étoiles.

"Ils nous voleront les élections quoi qu'on vote", justifie, virulent, Joshua, dénonçant un manque de transparence et estime que les opposants n'ont pas les mêmes chances de rallier la population à leur cause que le président sortant.


Les résultats provisoires sont attendus pour le 5 janvier et le slogan du parti présidentiel, le Mouvement Coeurs Unis (MCU) "Premier tour, KO" renforce la conviction des non-votants que tout est joué d'avance.


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