Au Vietnam, l'industrie des micro-puces recherche ses ingénieurs

11:46, 15/03/2024, vendredi
AFP
Au Vietnam, l'industrie des micro-puces recherche ses ingénieurs
Nhac NGUYENAFP
Nguyen Phuong Linh, étudiant à l'Université des sciences et de la technologie de Hanoi, étudie la conception de circuits intégrés dans une salle de classe à Hanoï, au Vietnam.

Le Vietnam souhaite former des dizaines de milliers d'ingénieurs, comme l'étudiante Nguyen Phuong Linh, qui manquent au pays pour devenir un champion des puces électroniques en Asie, face aux géants chinois et taïwanais de ce secteur de pointe.

Depuis longtemps spécialisé dans la fabrication de vêtements ou de chaussures à bas prix, le pays communiste d'Asie du Sud-Est place désormais le secteur de haute technologie des semi-conducteurs au cœur de sa stratégie de montée en gamme.


"Les puces électroniques attirent tellement l'attention... à la fois du gouvernement et du public",
explique Linh à l'AFP depuis un minuscule laboratoire sans fenêtre de l'Université des sciences et technologies de Hanoï, encombré d'ordinateurs.

"Au début, je rêvais de devenir conceptrice de puces, mais je pense que notre pays a besoin de plus d'enseignants pour créer une meilleure main-d'œuvre",
a déclaré la jeune femme de 21 ans, qui se destine au professorat.

Rien que pour le Vietnam, la demande en semi-conducteurs devrait croître de 6,5% par an, pour atteindre 7 milliards de dollars d'ici à 2028, selon le service d'étude de marché Technavio.

Les semi-conducteurs, ou micropuces, sont essentiels à la conception des smartphones, des satellites et de plus en plus à l'intelligence artificielle.


Lors d'une visite à Hanoï l'an dernier, le président américain Joe Biden a annoncé des accords visant à soutenir l'industrie vietnamienne des puces et, peu de temps après, Nvidia, géant américain du secteur, a dit son intention de s'implanter dans le pays.

Le Vietnam abrite déjà le plus grand centre au monde d'assemblage et de tests de puces de l'Américain Intel, et les Coréens Amkor et Hana Micron s'y sont eux aussi implantés l'an dernier.


Face à cet engouement, le Vietnam manque cruellement de main d'œuvre qualifiée, notamment d'ingénieurs. Ils ne sont que 5.000 actuellement à être qualifiés pour travailler dans l'industrie des semi-conducteurs.


Le pays a déclaré que ce chiffre devrait passer à 50.000 d'ici à 2030. Or, le pays n'en forme que 500 par an, selon Nguyen Duc Minh, professeur à l'Université de Hanoï.

Pour Nguyen Khac Giang, chercheur invité à l'ISEAS Yusof Ishak Institute à Singapour, le Vietnam doit aussi clarifier sa stratégie.


"S'agit-il de devenir un champion national, à l'image de Samsung en Corée du Sud, ce qui nécessite d'énormes investissements, ou simplement d'attirer les capitaux étrangers?",
explique-t-il.

Fuite des cerveaux


"Il semble que nous n'ayons pas cherché à savoir si l'industrie a vraiment besoin de ce grand nombre de diplômés",
déclare à l'AFP Pham Nguyen Thanh Loan, professeur de conception de circuits intégrés.

Intel a déclaré à l'AFP que ses activités au Vietnam resteraient axées sur l'assemblage et les tests, la partie la moins rentable de la chaîne d'approvisionnement en semi-conducteurs.

"Nous avons du mal à élargir notre vivier de talents au-delà de ces domaines"
, a déclaré Kim Huat Ooi, directeur général d'Intel Vietnam.

Plusieurs universités ont annoncé qu'elles lanceraient cette année davantage de cursus axés sur la conception de semi-conducteurs et de puces.


Mais surtout, selon les professeurs, le Vietnam doit investir dans une formation de qualité qui permette aux étudiants d'acquérir les compétences pratiques exigées par les grandes entreprises mondiales.


"Nous avons besoin de plus d'investissements dans les infrastructures et les équipements pour que les étudiants puissent s'exercer"
, selon Nguyen Duc Minh.

Et parmi les meilleurs diplômés, il existe un
"risque réel"
de fuite des cerveaux vers les principaux pays fabricants de puces, estime Nguyen Khac Giang.

"Soyons honnêtes, le salaire au Vietnam est assez bas, même pour ceux qui ont des compétences très élevées",
souligne le chercheur.
"Il peut paraître préférable de partir vivre à Taïwan"
, poursuit-il.

Linh envisage de poursuivre ses études à l'étranger mais se dit certaine de retourner travailler au Vietnam.


De son côté, Dao Xuan Son, étudiant en dernière année, rêve d'un poste de concepteur chez Intel et serait ravi d'étudier à l'étranger.


"Je peux apprendre davantage et avoir plus d'opportunités, en dehors du Vietnam"
, dit-il.

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