Affaire Epstein : Saint-Tropez, lieu de prédation du financier
17:21, 09/08/2026, dimanche
AA

AAAnadolu Français
Saint-Tropez, lieu de prédation du financierSelon une enquête du Monde, Saint-Tropez constituait le second point d'ancrage de Jeffrey Epstein en France, où le financier américain a multiplié les séjours estivaux pendant près de deux décennies.
La présence documentée sur la Côte d'Azur
Selon une enquête approfondie publiée samedi par le quotidien Le Monde, Saint-Tropez constituait le second point d'ancrage de Jeffrey Epstein sur le territoire français, après son appartement parisien de l'avenue Foch acquis en 2002. Le financier américain, mort en détention en 2019, s'y rendait presque chaque année durant près de vingt ans, le plus souvent durant la saison estivale.
Des photographies retrouvées parmi les millions de documents des
"Epstein Files"
publiés fin janvier par l'administration américaine montrent le financier, alors âgé de 49 ans, en vacances à Saint-Tropez à l'été 2002. Lui et sa complice Ghislaine Maxwell avaient loué pour cette période une villa dénommée "Mirage",
moyennant un loyer hebdomadaire de 100 000 euros.Par ailleurs, les correspondances électroniques exhumées dans le dossier attestent de la régularité de ces séjours azuréens. Epstein a notamment participé à la fête d'anniversaire du mannequin Naomi Campbell en mai 2004 dans la station balnéaire. Les échanges révèlent également des projets d'acquisitions immobiliers d'ampleur, notamment autour de la presqu'île et à Saint-Jean-Cap-Ferrat, évalués à plusieurs centaines de millions d'euros.
Les réseaux de recrutement
Le volet judiciaire français de l'affaire s'est largement concentré sur le rôle de Jean-Luc Brunel, agent de mannequins et proche du financier, soupçonné d'avoir été son principal rabatteur en France et en Europe. Selon un rapport de l'Office central pour la répression des violences aux personnes daté de décembre 2020, Brunel se serait servi de son accès aux agences de mannequins pour approcher de jeunes femmes vulnérables et faciliter leur mise en relation avec Epstein.
Mis en examen pour viols sur mineur et harcèlement sexuel après avoir été visé par onze plaintes, Jean-Luc Brunel s'est suicidé en prison à Paris en février 2022. Toutefois, l'enquête du Monde révèle que d'autres intermédiaires étaient actifs dans ce dispositif.
De plus, l'ancien patron de l'agence Elite Model, John Casablancas, avait déjà soulevé des soupçons sur les agissements de Brunel dans un ouvrage paru en 1995. Il y affirmait que l'agent organisait des déplacements de mannequins vers Saint-Tropez le temps d'un week-end, dans un contexte de soirées où alcool et drogues étaient consommés, des accusations que l'intéressé avait contestées de son vivant.
Témoignages de victimes et autres intermédiaires
Plusieurs témoignages recueillis par les enquêteurs français placent Saint-Tropez au cœur du système de prédation. Virginia Giuffre, l'une des premières femmes à avoir dénoncé publiquement le financier dès 2011, avait indiqué avoir été contrainte par Epstein et Maxwell à des relations sexuelles avec un homme d'affaires français lors d'un épisode survenu à Saint-Tropez autour de mai 2001, à l'occasion de la même fête d'anniversaire de Naomi Campbell. Virginia Giuffre s'est suicidée en avril 2025, à l'âge de 41 ans.
Une autre victime, une artiste française qui a témoigné en 2019, a raconté avoir rencontré Epstein et Maxwell à Saint-Tropez à la fin des années 1990, alors qu'elle était âgée de 16 ou 17 ans, avant d'être violée par le délinquant à New York en 2001. Selon son récit, la station balnéaire fonctionnait comme un point de convergence où se mêlaient rencontres, événements mondains, prostitution et abus, avec des rabatteurs actifs jusque dans les hôtels de la ville.
En outre, l'enquête met en cause Daniel Siad, agent de mannequins franco-suédois soupçonné d'avoir servi de rabatteur. Des échanges de juillet 2014 montrent Siad proposant à Epstein plusieurs jeunes femmes de nationalités diverses. Visé par plusieurs plaintes pour violences sexuelles déposées après la publication des
"Epstein Files",
Daniel Siad a été retrouvé mort à son domicile des Hauts-de-Seine le 20 juillet 2026, dans des circonstances actuellement investiguées. Un autre intermédiaire, Ramsey Elkholy, ancien recruteur dans le secteur du mannequinat, apparaît également dans des correspondances de 2011.Projets d'installation et fin de parcours
Dans ce contexte, il apparaît qu'Epstein avait envisagé de s'installer durablement dans le sud de la France. En 2019, alors que des poursuites judiciaires venaient d'être rouvertes contre lui aux États-Unis, il avait entamé des démarches pour vendre sa propriété du Nouveau-Mexique et rechercher une résidence sur la Côte d'Azur, pour un budget pouvant atteindre plusieurs dizaines de millions d'euros.
Ce projet ne s'est jamais concrétisé. Epstein a été arrêté aux États-Unis le 6 juillet 2019, à son retour de France, puis retrouvé mort dans sa cellule un mois plus tard. Une nouvelle enquête a été ouverte en 2026 par le parquet de Paris à la suite de la publication des
"Epstein Files".
À lire également:

International
Mexique : retour de la violence dans le Zacatecas

International
Chef du CENTCOM en Israël: discussions sur l'Iran et Gaza

Société
Chypre : l'armée turque, seule garantie de paix et stabilité selon Fidan