Alors que les salons historiques de Paris ou Detroit cherchent un second souffle, la Chine impose sa domination à travers une vitrine de voitures électriques, hybrides et ultra-connectées.
Première puissance automobile mondiale depuis deux décennies, la Chine a fait le pari gagnant de la mobilité électrique, soutenue par l’État et massivement adoptée par une clientèle jeune, urbaine et technologiquement curieuse. En 2024, 45% des ventes de voitures en Chine sont électriques ou hybrides rechargeables, selon le cabinet Inovev.
Une jungle de constructeurs chinois sous tension
À Shanghai, plus de 100 marques chinoises se livrent une compétition féroce: BYD, Geely (Volvo, Zeekr), SAIC (MG), mais aussi Xpeng, Li Auto, Leapmotor ou Xiaomi, fraîchement converti à l’électromobilité.
Leur stratégie: casser les prix, innover rapidement, séduire par des SUV, berlines et monospaces hautement digitalisés. "C’est le seul pays où coexistent mastodontes industriels et jeunes pousses audacieuses"
, souligne Guillaume Crunelle, analyste chez Deloitte. Mais la rationalisation industrielle est en marche : Pékin pousse à la fusion des groupes pour faire émerger des champions capables de rivaliser à l'international. La Chine veut inonder l’Asie du Sud-Est, l’Amérique latine et l’Europe, à mesure que les tensions douanières ferment certains marchés.
Tesla absent, les Américains prudents
Grand absent du salon : Tesla. Pourtant implanté près de Shanghai, le constructeur d'Elon Musk n’a plus participé à un salon chinois depuis 2021, après une polémique virale. En pleine guerre commerciale avec la Chine, Washington et Pékin ont multiplié droits de douane et restrictions sur les composants automobiles.
En revanche, General Motors et Ford sont présents, misant sur leurs marques locales telles que Buick, Cadillac ou Lincoln, fabriquées et écoulées sur place.
Les constructeurs allemands sur la sellette
Longtemps dominants en Chine, Volkswagen, BMW et Mercedes voient désormais leurs parts de marché s’éroder face aux marques locales. Volkswagen espère se relancer à Shanghai avec trois modèles développés "en Chine, pour la Chine"
, dotés d’un système de conduite autonome avancée. Face à une guerre des prix "extrême"
, Ralf Brandstätter, PDG de Volkswagen Chine, assume une stratégie de rentabilité au détriment des volumes. Dans la FAZ, il appelle à un renforcement des investissements étrangers, encouragés à nouveau par Pékin. Selon Stefan Bratzel, expert du secteur, les Allemands doivent démontrer leur capacité d’innovation technologique pour espérer conserver leurs positions. Mais le temps presse, et les parts de marché perdues semblent irrécupérables, selon Lutz Metschke, ex-directeur financier de Porsche.
Le marché chinois, toujours capital
Malgré les turbulences, le marché chinois reste incontournable pour les marques européennes. Alors que les droits de douane augmentent aux États-Unis, la Chine demeure le principal levier de croissance, à condition de s’adapter aux nouvelles attentes locales.
Le Salon de Shanghai 2024 symbolise un tournant historique dans l’automobile mondiale, où la Chine ne se contente plus d’imiter mais innove, exporte, et dicte les règles d’un futur électrique et connecté.
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