Lafarge: le procès du financement du terrorisme relancé

09:51, 05/11/2025, mercredi
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Lafarge: le procès du financement du terrorisme relancé
DIMITAR DILKOFFAFP
L'ancien directeur général de Lafarge, Bruno Lafont, arrive le jour de l'ouverture du procès du groupe cimentier français Lafarge et de huit personnes, dont d'anciens dirigeants, accusés d'avoir financé le terrorisme en Syrie, au tribunal de Paris, le 4 novembre 2025.

Le procès du groupe français Lafarge, accusé d’avoir financé des organisations terroristes en Syrie, s’est ouvert cette semaine à Paris dans un climat particulièrement tendu.

L’entreprise, aujourd’hui rachetée par le suisse Holcim, est poursuivie pour financement du terrorisme et mise en danger de la vie d’autrui, des faits commis entre 2013 et 2014 alors que la guerre faisait rage dans le nord du pays.


La première journée d’audience a été marquée par une série de questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) déposées par la défense, qui conteste la validité juridique de l’infraction reprochée. Les avocats demandent également la déclassification de nouveaux documents d’État, estimant que la participation ou la connaissance des autorités françaises à l’époque n’ont jamais été pleinement établies.

Derrière ces arguments juridiques, les associations parties civiles — Sherpa et ECCHR notamment — dénoncent une stratégie d’obstruction destinée à retarder le procès. Elles rappellent que le groupe Lafarge a bel et bien versé plusieurs millions d’euros à des groupes armés, dont Daech et Jabhat al-Nosra, pour maintenir l’activité de sa cimenterie de Jalabiya, dans le nord de la Syrie.


Des sources régionales rapportent également que l’entreprise aurait fourni du matériel et des matériaux à des acteurs locaux impliqués dans des projets de construction ultérieurement exploités par des groupes affiliés au PKK, notamment pour l’édification de tunnels souterrains.

Ankara, qui mène régulièrement des opérations militaires dans le nord de la Syrie, a souvent accusé certaines entreprises étrangères de soutenir indirectement des organisations considérées comme terroristes. Selon les autorités turques, ces réseaux logistiques contribueraient à renforcer la présence du PKK et de ses branches locales dans la région. Aucune réaction officielle française n’a pour l’heure été publiée.


Les faits reprochés à Lafarge concernent principalement les années 2013 et 2014, période pendant laquelle sa filiale Lafarge Cement Syria (LCS) aurait maintenu la production malgré la guerre civile, en échange de paiements à des groupes rebelles contrôlant les routes et les zones d’accès. L’entreprise avait investi environ 680 millions d’euros dans cette cimenterie, inaugurée en 2010, avant le déclenchement du conflit.

Parmi les prévenus figurent l’ancien PDG Bruno Lafont, cinq ex-cadres de la chaîne opérationnelle et deux intermédiaires syriens. L’un d’eux, visé par un mandat d’arrêt international, est absent du procès.


Les ONG rappellent également l’inégalité de traitement entre les salariés expatriés, évacués dès 2012, et les employés syriens restés sur place, souvent exposés aux violences.

Ce procès, qui s’annonce long et complexe, est perçu comme un test majeur pour la justice française, susceptible d’établir une jurisprudence sur la responsabilité pénale des multinationales opérant dans des zones de guerre. L’affaire dépasse le cadre économique : elle interroge la frontière entre intérêts industriels et compromission avec le terrorisme.


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