Le rail, lien de fer de la coordination régionale
09:57, 12/06/2026, vendredi • Rédaction de Nouvelle Aube - Yeni Şafak Français français

La Méditerranée orientale se réchauffe. Si Israël avait pu
"régler"
la question iranienne, cette menace serait devenue beaucoup plus proche. Mais ils ont tout gâché. Pourtant, la direction prise est claire : l’accent mis par le président Erdoğan sur le fait que "la sécurité de Türkiye commence à Damas et à Beyrouth"
est un message adressé à Israël. La réaction impulsive venue de Tel-Aviv, mêlant calculs de politique intérieure et choix stratégiques, montre que le message a été reçu. Israël construit sa "ligne de confrontation" avec Türkiye autour de la Méditerranée orientale et de la Syrie. La Grèce et l’administration chypriote grecque ont volontairement rejoint cette construction.Vous le remarquez : deux acteurs s’orientent vers une politique agressive qui dépasse leur poids réel. Il y a plusieurs raisons à cela.
Premièrement
, la guerre en Ukraine a brisé la perception de "l’intangibilité des frontières"
. C’est inquiétant pour Athènes. Deuxièmement
, Türkiye a gagné du terrain stratégique en Libye, dans le Caucase, en Syrie et en Irak. Troisièmement
, le fait que Türkiye règle un à un ses dossiers problématiques, comme la Syrie, l’Arménie ou le terrorisme, laisse deux sujets sur lesquels elle pourra se concentrer : la mer Égée et Chypre. Athènes voit la vague approcher. Quatrièmement
, les relations entre Türkiye et l’Occident se renouvellent dans le cadre d’un intérêt mutuel. Athènes cherche à stopper cette évolution ou à l’inverser. Cinquièmement, les évolutions mondiales et régionales poussent l’Union européenne à élargir son champ d’action. La Grèce et l’administration chypriote grecque utilisent ce processus, de l’Asie centrale aux Balkans, comme un levier au service de leur propre agenda.L’objectif moins visible de Macron
Sixièmement
, l’incertitude au sein de l’UE et de l’OTAN pousse la Grèce et l’administration chypriote grecque à se rapprocher d’Israël. Septièmement
, alors que la France propose à la Grèce un "parapluie nucléaire"
, elle signe avec l’administration chypriote grecque un accord pour stationner des soldats à Chypre. À la question venue d’Ankara, "Que faites-vous ?"
, leur réponse est la suivante : "Notre objectif est seulement de vendre des armes."
Mais ce n’est pas si simple. La France a été mise hors jeu en Syrie et au Liban, ainsi que dans le Caucase et en Afrique. Elle tente de s’accrocher à la Méditerranée orientale à travers Chypre.
Le ton d’Ankara se durcit
Les politiques agressives de la Grèce et de l’administration chypriote grecque, comme le durcissement du discours, les batteries de missiles sur les îles ou les parcs marins, sont le résultat de tout cela. Nous voyions qu’Ankara suivait ce processus avec attention, sans toutefois faire monter la tension. Or cette attitude change. Le déploiement de F-16 en République turque de Chypre du Nord et la préparation d’une réglementation sur les zones de juridiction maritime doivent être lus dans ce cadre. Le message du président Erdoğan, selon lequel
"si l’on s’en prend aux droits et aux intérêts de Türkiye et des Chypriotes turcs, notre réponse sera très claire, et très ferme"
, s’inscrit dans ce contexte. Soulignons aussi que, le même jour, le ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan a rencontré son homologue grec à Sofia et lui a transmis le message suivant :
"Nous trouvons déplacées les déclarations qui auront un effet négatif sur nos relations bilatérales."
Le dernier développement brûlant qui a probablement irrité Ankara est l’accord SOFA, un accord sur le statut des forces, signé lundi par l’administration chypriote grecque avec la France. Avec cet accord, l’île a été ouverte à un pays qui n’est pas garant. Le statu quo de Chypre a changé.Une nouvelle coordination régionale
Les politiques agressives
"en hexagone"
d’Israël rendent nécessaire une nouvelle coordination régionale, même si nous ne parlons pas encore d’alliance. Les travaux de "coordination et de synchronisation en politique étrangère et en sécurité" menés par Türkiye, l’Arabie saoudite, l’Égypte, le Qatar et même le Pakistan, qui ont commencé avec le génocide à Gaza et dont les traces sont visibles en Syrie, se sont approfondis avec la crise iranienne. Depuis un certain temps, on discute de savoir si cette coordination se transformera ou non en coopération de défense. Le volet défense avance actuellement au niveau des relations bilatérales. Mais ces derniers jours, un développement important, susceptible de porter les relations Ankara-Riyad et la coordination régionale à une autre dimension à moyen et long terme, s’est produit.Bien plus qu’un chemin de fer
Je parle du protocole d’accord ferroviaire signé entre Türkiye et l’Arabie saoudite. Ce développement est traité dans les médias nationaux et internationaux sous l’angle du "chemin de fer historique du Hedjaz". Mais un détail important est négligé. Résumons.
Il est prévu d’établir deux lignes entre Türkiye et l’Arabie saoudite. La première est la ligne Arabie saoudite-Jordanie-Syrie-Türkiye. C’est ce que l’on appelle la ligne historique du chemin de fer du Hedjaz. C’est pourquoi il est prévu de reconstruire cette ligne avec des systèmes modernes, de manière adaptée au transport de marchandises. Un nouveau système ferroviaire est conçu avec des lignes de transport d’énergie et des lignes de données.
Le vrai enjeu est de prolonger cette ligne de l’Arabie saoudite jusqu’à Oman, c’est-à-dire jusqu’au détroit d’Ormuz.
Il s’agit de contourner Ormuz. Cet itinéraire pourrait, même si sa réalisation exigera beaucoup de temps et de moyens, faire passer le transport maritime commercial de 15 jours à 6 jours et réduire les coûts de 20 à 30 %.Les Émirats arabes unis sortent-ils du projet ?
La partie négligée est la deuxième ligne :
Arabie saoudite-Irak-Türkiye
. On dit que sa différence avec l’autre réside dans la construction d’une route parallèle au chemin de fer. Dans ce cas, selon mon analyse, le projet est lié à la Route du développement. Comme on le sait, la Route du développement était menée dans le cadre d’un partenariat entre l’Irak, Türkiye, le Qatar et les Émirats arabes unis. Mais comme l’a dit le ministre Fidan le 13 avril :
"Les pays de la région ont appuyé sur le frein. Nous avons perdu quatre ans."
Pourquoi ? À cause des recommandations du Koweït, qui a un différend insulaire avec l’Irak, aux Émirats arabes unis et au Qatar.
Autre raison : l’intérêt plus marqué des Émirats arabes unis pour l’IMEC, le corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe soutenu par Israël.
J’ai lu l’accord Arabie saoudite-Türkiye comme "une démarche de l’Arabie saoudite, qui connaît des problèmes avec les Émirats arabes unis, pour assumer un rôle central dans les projets de connectivité régionale".
Et je me suis aussi demandé : "L’Arabie saoudite remplace-t-elle les Émirats arabes unis, qui ont perdu leur intérêt pour le projet ?"
Quoi qu’il en soit, il s’agit là d’un très grand pas d’infrastructure destiné à établir, dans une vaste région, des coopérations dans le commerce, l’économie et, peut-être à l’avenir, la défense. Regardez la carte : l’objectif est de créer un vaste réseau ferroviaire reliant Türkiye, la Syrie, la Jordanie, l’Arabie saoudite, le Qatar, l’Irak et même, par des lignes de connexion, les autres pays du Golfe. La région est en train d’être tissée par des réseaux de fer. C’est pour cette raison que j’ai choisi le titre
"Le rail, lien de fer de la coordination régionale".

Les commentaires que vous publiez sur notre site constituent une ressource précieuse pour les autres utilisateurs. Veuillez faire preuve de respect envers les opinions différentes et les autres membres. Évitez tout langage grossier, offensant, dégradant ou discriminatoire.