Syrie : la terre en vue

Yahya Bostan
Yahya BostanAuteur Nouvelle Aube
09:31, 14/10/2025, mardi • Rédaction de Nouvelle Aube - Yeni Şafak Français français
Syrie : la terre en vue
Dans ma précédente chronique intitulée
"La mer est finie pour Israël et les FDS"
, je soulignais que la nouvelle conjoncture contraignait ces deux acteurs déstabilisateurs à un repli, à un renoncement à leurs ambitions régionales.

Aujourd’hui, je dis
"la terre en vue en Syrie"
. Car des développements importants se produisent concernant l’intégration des FDS à Damas. Mais avant d’en venir là, il convient de rappeler certains points.

Le camp de la paix et celui du chaos


Depuis le 7 octobre, j’ai toujours affirmé qu’il existait deux axes dans la région. Le premier, celui de la stabilité, regroupe les acteurs cherchant à protéger leurs intérêts vitaux et à libérer leur potentiel.
C’est l’axe de la paix, auquel appartient Türkiye.

Les désordres régionaux ont coûté très cher à Ankara : surcharges économiques, menaces sécuritaires, guerres, affrontements, migrations forcées… C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre les grands projets tels que la Route du Développement d’Irak, le Corridor de Zengezur, la stabilisation de la Syrie, la recherche d’une solution à deux États en Palestine, ou encore les efforts de paix en Ukraine : autant d’initiatives pour la stabilité régionale.


Face à cet axe, il y a Israël. Sa sécurité dépend de la faiblesse et du chaos de ses voisins. Tantôt les États-Unis, tantôt l’Iran, ont, par leurs actions, alimenté ce déséquilibre. Les affrontements des dernières années s’inscrivent dans cette lutte d’influence entre ces deux axes antagonistes.


Le retrait d’Israël


Depuis le 7 octobre, Israël, qui s’était présenté avec des exigences maximalistes, s’est vu contraint de s’asseoir à la table avec le Hamas. Il n’a certes pas renoncé à ses
"grands"
objectifs, mais c’est bien un recul.

Pourquoi le vent a-t-il tourné ?


Premièrement
, Israël a été condamné dans la conscience collective mondiale comme un État génocidaire, subissant l’isolement le plus profond de son histoire.
Deuxièmement
, l’impossibilité d’anéantir le Hamas par la force a été démontrée.
Troisièmement
, les attaques israéliennes contre Doha (et la Syrie) ont ébranlé la confiance dans le Golfe, menaçant les Accords d’Abraham et la nouvelle architecture régionale défendue par Washington.
Enfin
, la région avait besoin d’une
"sortie honorable"
. C’est Ankara, par sa diplomatie et son renseignement, qui a ouvert cette voie.

La création du
"Groupe de contact"
après le 7 octobre, la mobilisation des pays régionaux, la stabilisation de l’Arabie saoudite autour de la solution à deux États, la réunion du 23 septembre à l’ONU entre huit pays et les États-Unis, le maintien de Trump
"sur une ligne de dialogue"
, tout cela a permis d’amener les acteurs régionaux autour de la table du Caire.

Un plan de paix vivant et un tournant historique


Le document multilatéral signé en Égypte — bien qu’imparfait — constitue une déclaration d’intention en faveur du maintien de la paix régionale.
Le premier point du plan Trump, à savoir le cessez-le-feu et la libération des prisonniers, a été mis en œuvre hier.

J’appelle ce plan
"un plan vivant"
: le cadre général est défini, mais les négociations sur les articles se poursuivent. Tout peut évoluer d’un moment à l’autre. (
Par exemple, l’avion du président Erdoğan a survolé la piste du Caire avant d’atterrir : ce n’est qu’une fois confirmé que Netanyahu ne participerait pas au sommet qu’il a atterri. Voilà à quel point le processus est sensible et changeant.)

Certains points ne sont pas encore acceptés par Israël ni par le Hamas : retrait complet des troupes israéliennes, avenir de Gaza, désarmement du Hamas, mise en place d’un conseil international et d’une force de paix… Ces questions restent en débat.


Mais un fait demeure : le cessez-le-feu signé par Israël avec le Hamas et l’acceptation du rôle de garant par quatre pays, dont Türkiye, constituent un tournant historique.


C’est une victoire diplomatique majeure. Même si Israël devait rompre l’accord demain, la lutte reprendrait sur cette nouvelle base. Rien ne sera plus jamais comme avant dans la question palestinienne.


En Syrie, le vent tourne


Depuis le début, je le disais : les FDS voulaient voir dans quelle direction allait la tension régionale avant d’appliquer l’accord du 10 mars.
Ils espéraient un affaiblissement de la Syrie par Israël, notamment autour de Soueïda.

Mais les récents événements ont tout changé :


Damas a officiellement demandé un soutien militaire à Ankara, une feuille de route Jordanie–États-Unis–Syrie sur Soueïda a été annoncée, Erdoğan a rencontré Trump à Washington, et Israël s’est embourbé à Gaza.


Les cartes se redessinent.


On connaît la suite : l’envoyé de Trump, Barrack, et le commandant du CENTCOM, Cooper, se sont rendus dans le nord de la Syrie, puis à Damas avec Mazloum Abdi, chef des FDS. Ensuite, le ministre syrien des Affaires étrangères, Shabani, est venu à Ankara pour rencontrer Hakan Fidan. Dimanche dernier, une réunion a eu lieu à Ankara avec les ministres de la Défense, des Affaires étrangères et les chefs du renseignement.


Les discussions ont probablement porté sur la sécurité et la stabilité de la Syrie, un futur accord global Ankara–Damas, la formation massive de l’armée syrienne et le renforcement de ses capacités militaires.


L’intégration des FDS à Damas


Ankara souhaite que les FDS déposent les armes et s’intègrent à l’armée syrienne. Damas partage cette position. Les FDS, de leur côté, veulent rejoindre l’armée syrienne à un niveau de corps d’armée, par blocs régionaux, tout en conservant une autonomie locale et sans désarmement complet.


Mazloum Abdi a déclaré après sa rencontre avec le vice-président syrien Farouk al-Sharaa :


"Nous allons nous intégrer à l’armée syrienne. Le processus commencera officiellement bientôt."

Il a ajouté — et Damas n’a pas démenti — que
"les FDS combattront Daech sur tout le territoire syrien".

Comment cela sera-t-il possible alors que Damas refuse une
"intégration par bloc"
et reste inflexible ?

Son insistance sur
"l’ensemble du territoire syrien"
me fait penser qu’une formule intermédiaire a été trouvée, même si elle ne satisfait pas totalement les deux parties. Comment cela va-t-il se concrétiser ? Nous verrons. Ses avantages et ses inconvénients feront encore débat, mais une chose est sûre : tout progrès positif sur ce dossier accélérera le processus vers une Türkiye sans terrorisme.
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