Ce que j’ai appris de la réponse finale de Damas

Yahya Bostan
Yahya BostanAuteur Nouvelle Aube
10:39, 30/12/2025, mardi • Rédaction de Nouvelle Aube - Yeni Şafak Français français
Ce que j’ai appris de la réponse finale de Damas
Le camp des Forces démocratiques syriennes (SDG) a annoncé qu’un accord avait été trouvé avec Damas. Selon cette version, Mazloum Abdi devait se rendre à Damas pour signer l’accord final. Des comptes proches de l’organisation ont même diffusé des images le montrant prétendument emmené de son domicile vers Damas, escorté par un important convoi, en présence de commandants américains. Certains, prenant ces publications pour argent comptant, se sont laissés tromper. Il s’agissait pourtant d’une opération de désinformation. Les organisations agissent ainsi.
Pour des intérêts à court terme, elles mentent sans difficulté.

De fait, le ministère syrien des Affaires étrangères a annoncé que les discussions avec le SDG n’avaient pas produit de résultats concrets. Dans une dépêche de l’agence officielle SANA citant un responsable du ministère, l’affirmation d’Abdi selon laquelle
"un accord a été conclu"
a été démentie, et il a été souligné que
"les propositions décentralisatrices menacent l’unité de l’État"
. Le ministère syrien de l’Information a, de son côté, annoncé la suspension des contacts avec le SDG, en précisant :
"Nous donnerons notre réponse finale le 28 décembre."
Le SDG a alors dû annoncer le report de la visite d’Abdi à Damas. Le 28 décembre est désormais derrière nous. D’après ce que je constate, une réponse finale a bien été transmise au SDG. Que contient-elle ? Il me faut d’abord poser le cadre.

Le dossier du SDG doit être clos sans délai


Premièrement
. L’intégration du SDG à Damas concerne directement l’intégrité territoriale de la Syrie, laquelle conditionne la stabilité régionale et la sécurité nationale de la Türkiye. Cette intégration doit toutefois se faire sur une base digne. Personne, pas plus la Türkiye que quiconque, n’accepterait une intégration où les Kurdes seraient relégués au rang de citoyens de seconde zone. D
amas en est conscient, tout comme des nouvelles dynamiques de la Syrie. Il propose une citoyenneté égale aux Kurdes.
C’est une opportunité majeure pour la stabilité et la prospérité régionales. Le SDG ne doit pas laisser passer cette chance et ne doit pas hypothéquer l’avenir des Kurdes et des Arabes vivant dans les régions qu’il contrôle.

Deuxièmement
. Au Sud, les tentatives de soulèvement et les revendications fédéralistes portées par certaines factions druzes soutenues par Israël, et à l’Ouest par des foules provoquées par d’anciens résidus baasistes, mettent en évidence l’urgence du dossier SDG. Ces deux autres groupes ne disposent pas des capacités du SDG. Une fois le problème du SDG réglé, il leur sera difficile de passer à l’action.
C’est pourquoi le dossier SDG doit être refermé avant que ces autres fronts ne se transforment en impasses.

Les ficelles de Daech sont entre les mains d’Israël


Troisièmement
. Les discussions tenues en novembre à la Maison-Blanche entre les États-Unis, la Syrie et la Türkiye, en présence de Trump et de Şara, ont constitué un tournant. Il y a été clairement indiqué que, si le SDG ne faisait pas de pas en avant, il ne resterait plus d’autre option que la voie militaire. Les trois capitales se sont accordées sur les mesures à prendre sur le terrain. Ces accords peuvent être résumés en quatre points :
l’implication de Damas dans la lutte contre Daech ; l’intégration du SDG à Damas ; l’application sur le terrain de l’accord de sécurité Türkiye-Syrie ; la levée complète des sanctions contre la Syrie. Les États-Unis ont levé les sanctions César le 18 décembre
. Dans le même temps, on observe une tentative de réactivation de Daech. Des attaques ont visé des soldats américains patrouillant avec l’armée syrienne. Hier encore, la police turque à Yalova a été prise pour cible.
Les ficelles de Daech sont entre les mains d’Israël.

Quatrièmement
. La visite à Damas, le 22 décembre, du ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan, du ministre de la Défense Yaşar Güler et du chef du MIT İbrahim Kalın constitue un autre tournant. Cette visite est importante à deux égards. D’une part, il apparaît que les modalités de mise en œuvre de l’accord de sécurité Türkiye-Syrie y ont été abordées. L’intérêt manifesté par le quotidien israélien Jerusalem Post, s’appuyant sur des
"sources de renseignement occidentales"
qu’il faut lire comme le Mossad, pour un éventuel déploiement de radars turcs en Syrie est révélateur.

D’autre part, la délégation syrienne a probablement partagé avec la partie turque la réponse reçue la veille du SDG, détaillant ses conditions d’intégration. Le SDG réclame un modèle fédératif semblable à celui du nord de l’Irak, avec sa propre armée, sa propre administration et son parlement, où ni les institutions centrales ni les forces armées de l’État ne pourraient entrer. En coulisses, le commentaire est le suivant :
"Le SDG ne veut pas s’intégrer à Damas, il veut intégrer Damas à lui-même."
Il est dit que les Américains exercent une pression considérable sur le SDG pour obtenir cette intégration, sans y être parvenus jusqu’à présent. Lors de cette réunion, Fidan a déclaré :
"Nous constatons que le SDG n’a pas l’intention de faire de réels progrès."
Son interlocuteur syrien, Cheibani, a rejeté la proposition du SDG en affirmant :
"L’État syrien sera présent sur ce territoire."

L’armée syrienne passera à l’est de l’Euphrate


Voilà où nous en sommes. Quelle est donc la réponse finale de Damas au SDG ? Premièrement, l’armée syrienne passera à l’est de l’Euphrate et s’y déploiera. Deuxièmement, les postes-frontières douaniers seront transférés à l’administration de Damas. Troisièmement, les ressources énergétiques passeront sous le contrôle de Damas. Quatrièmement, les zones à majorité arabe seront progressivement placées sous l’autorité de Damas. Le SDG ne fait aucun pas sur aucun de ces points, malgré les messages directs transmis depuis İmralı, selon une information de Zübeyde Yalçın publiée dans Sabah.

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