À Washington, l’ambiance est claire : même s’il y a un accord, ils frapperont

Yahya Bostan
Yahya BostanAuteur Nouvelle Aube
11:28, 24/02/2026, mardi • Rédaction de Nouvelle Aube - Yeni Şafak Français français
À Washington, l’ambiance est claire : même s’il y a un accord, ils frapperont
La sortie la plus frappante de ces derniers jours est venue du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou. Alors qu’il s’apprêtait à accueillir le Premier ministre indien Narendra Modi, Netanyahou a déclaré qu’
"Israël vise à établir un hexagone d’alliances incluant Israël, l’Inde, certains pays arabes et africains, la Grèce, Chypre et d’autres pays asiatiques partenaires en Méditerranée".
La silhouette de cette alliance était déjà visible. Nous savions qu’une coordination existait entre Israël, les Émirats arabes unis, la Grèce, l’administration chypriote grecque et l’Inde. Netanyahou lui a donné un nom. Ce faisant, il a aussi planté le dernier clou dans le cercueil des Accords d’Abraham.
Nous avions écrit que le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane ne s’était pas rapproché des Accords d’Abraham lors de sa rencontre avec Donald Trump,
qu’Israël s’était alors tourné vers de nouvelles alliances qui ne heurteraient pas Washington, et que Trump avait renvoyé la mission attribuée aux Accords d’Abraham vers un Conseil de paix pour Gaza. Les Accords d’Abraham sont morts.
Qui est donc visé par cette nouvelle alliance centrée sur Israël, qui rappelle l’étoile à six branches de David ? Netanyahou évoque un
"bloc chiite et sunnite".
Le bloc chiite est affaibli. Quant à ce que l’on appelle le
"bloc sunnite"
, il s’agit de la coordination déjà mentionnée entre les pays de la région qui souhaitent stabilité et paix. Une alliance souple, non formalisée.
La Türkiye, l’Arabie saoudite, l’Égypte et le Qatar en constituent le noyau.
Selon les dossiers, elle peut inclure les pays membres du Groupe de contact sur Gaza. Nous avions souligné que cette coordination avait joué un rôle crucial à Gaza, en Syrie, au Soudan et en Somalie.

Israël et son partenaire poursuivent deux objectifs


Les signaux sont clairs : en cherchant à structurer sa nouvelle alliance, Israël tente aussi d’affaiblir l’
"axe adverse"
qui lui a fait payer un prix. Dans ce cadre, l’objectif sera de détacher l’Arabie saoudite de cet axe.
Les cercles néoconservateurs pressent l’administration Trump d’aller jusqu’à envisager, si nécessaire, la rupture des accords militaires avec Riyad.
Il est également avancé que l’axe israélien en forme d’
"hexagone"
, auquel participent les Émirats arabes unis, pourrait attiser les conflits régionaux.
The Economist note que les Émirats coopèrent fréquemment avec des groupes séparatistes, ce qui a alimenté la guerre civile au Soudan. Des dynamiques similaires pourraient émerger à Gaza ou en Syrie. Dans ce contexte, l’appel au "djihad" lancé par Daech contre l’administration d’Al-Charaa ne relève pas du hasard.

L’erreur stratégique majeure de l’Iran


La crise entre les États-Unis et l’Iran est au cœur de ces développements. La dernière initiative régionale qui a contrarié Israël a consisté à déplacer la crise du terrain militaire vers la table des négociations. Alors que Washington se préparait à frapper l’Iran, l
a Türkiye, le Qatar et l’Égypte ont agi pour convaincre les États-Unis d’ouvrir des discussions.
L’argument avancé était le suivant : la question nucléaire est globale, qu’elle soit traitée à ce niveau ; les autres sujets – forces supplétives, missiles balistiques – sont régionaux et doivent être discutés entre l’Iran et les acteurs de la région. Les parties ont accepté ce cadre. Istanbul a été choisie comme lieu des négociations. Ankara a adressé des lettres d’invitation aux pays concernés.
Mais à la dernière minute, l’Iran a renoncé à la tenue des pourparlers à Istanbul.
C’est, selon moi, la plus grande erreur stratégique de Téhéran. L’Iran n’a pas voulu discuter de ses dossiers avec les pays de la région.
En conséquence, l’influence des acteurs cherchant à rapprocher les positions s’est affaiblie. L’Iran s’est retrouvé seul face aux États-Unis.
Or les pays médiateurs avaient proposé une formule visant à répondre aux préoccupations de tous : suspension temporaire de l’enrichissement d’uranium, puis reprise à un niveau limité et sous contrôle ; rupture des liens avec les forces supplétives ; maintien des capacités balistiques mais engagement formel de ne pas être le premier à les utiliser.
Si les négociations avaient eu lieu à Istanbul, c’est probablement de ces paramètres que nous parlerions aujourd’hui.

À la place, la question qui domine est de savoir si les États-Unis frapperont l’Iran, et avec quelle ampleur.

Les États-Unis ont procédé à un déploiement militaire dans la région plus massif que lors de la guerre d’Irak. Un dernier navire de guerre devrait se positionner en Méditerranée orientale en posture d’attaque. Cette concentration de forces est-elle un bâton destiné à faire pression sur la table des négociations, ou l’application pratique d’une décision déjà prise ? Donald Trump entretient l’ambiguïté, alternant entre discours d’accord et menaces de frappes limitées pour contraindre Téhéran.


À Washington, l’idée d’une frappe est intégrée


Où en sont les discussions ? Israël exige l’élimination de l’uranium enrichi, le démantèlement des installations et la limitation de la portée des missiles. La ligne rouge américaine reste la remise à zéro de l’uranium enrichi. Washington évoque parfois une possible flexibilité sur un enrichissement à faible taux, mais les contours en restent flous.


Trump a accordé à l’Iran un délai de 10 à 15 jours. Une dernière réunion pourrait se tenir à Genève.

Existe-t-il une réelle possibilité d’accord ? Quelle est l’ambiance à Washington ? À un interlocuteur bien informé des débats dans la capitale américaine, j’ai posé la question. Sa réponse est sans détour :
"Ici, beaucoup pensent que même s’il y a un accord, Trump frappera quand même. Ne serait-ce que symboliquement. Il y a les élections de mi-mandat et sa popularité est tombée à 35 %. Le dossier Epstein met la Maison-Blanche sous pression. Et il y a la crainte que Netanyahou agisse seul."

À Washington, l’hypothèse d’une frappe, même contrôlée, semble déjà intégrée. Un autre débat émerge : si une attaque a lieu, l’Iran quittera la table. Quand et comment pourra-t-elle être rétablie ?


Tout dépend désormais de la décision de Trump. L’issue reste ouverte.
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