Trump a annoncé que les États-Unis ne mèneraient aucune attaque contre l’Iran avant les élections de mi-mandat du 3 novembre. Cette retenue est largement dictée par des considérations de politique intérieure. Car la guerre contre l’Iran et ses conséquences économiques sont devenues un sujet majeur de la campagne électorale, et ses propres électeurs ne sont pas non plus favorables à cette guerre. Mais cela ne signifie pas que la guerre est terminée. Au contraire, l’administration Trump, qui aura les mains plus libres après les élections, quels qu’en soient les résultats, laisse entrevoir la possibilité de lancer une nouvelle vague d’attaques dévastatrices contre l’Iran…
Le président Trump a perdu depuis longtemps le contrôle de cette guerre. Tout le monde a également constaté que Washington ne disposait d'aucun plan alternatif concernant la guerre contre l'Iran. Si la guerre doit absolument se poursuivre, il est évident qu'il ne reste qu'une seule option : une offensive à outrance ! Si Téhéran riposte en ouvrant un large front régional, l'embrasement sera considérable.
On voit déjà les flammes, jusqu'ici contenues, chercher à s'échapper par la moindre brèche…
L'impact des forces houthies au Yémen est manifeste. L'Iran dispose encore d'un réseau d'influence efficace dans la région. Croyez-moi, même la géographie politique de la région pourrait changer. Imaginez un instant que ses alliés en Irak lancent une offensive contre le Koweït !
Ou encore les bouleversements internes qui pourraient secouer les pays du Golfe ?
Nous sommes ici bien au-delà des débats quotidiens, hypothétiques et dont la réponse est connue depuis longtemps, sur un éventuel envoi de troupes turques au Yémen. Une telle situation pourrait engendrer des complications aux répercussions mondiales, avec des risques que ni les pays de la région ni même les superpuissances ne seraient capables de supporter. Il faut bien le comprendre…
Si les États-Unis choisissent réellement d'intensifier à nouveau la guerre après les élections de mi-mandat, la Chine pourrait conclure qu'elle n'est plus en mesure d'en supporter le coût ! Si, jusqu'à présent, cette guerre ne s'est pas transformée en une crise énergétique mondiale écrasante, c'est pour une seule raison, et oui, c'est bien la réalité : la Chine a fortement réduit sa demande en énergie et en pétrole.
Sans cela, nous aurions depuis longtemps commencé à payer le baril entre 160 et 170 dollars. Savons-nous combien de pays s'effondreraient immédiatement dans un tel scénario ? Ou combien de pays considérés comme des ennemis par l'Occident en tireraient un avantage considérable ?
Si les installations de production de la région étaient totalement mises hors service, au point de rendre leur remise en activité impossible à moyen terme, combien de monarchies de cette région pourraient y résister ?
Une escalade régionale aux conséquences économiques mondiales
Il faut aussi regarder une autre réalité en face : les pays de la région et leurs voisins n'ont pas suffisamment de poids pour mener à bien leurs efforts de médiation. Réfléchissez un instant : combien de pays disposent d'une influence suffisante pour se faire entendre à la fois des États-Unis et de l'Iran ?
La Chine, qui avait réuni l'Iran et l'Arabie saoudite autour de la table des négociations en mars 2023, obtenu la signature de leur accord et s'en était portée garante, a été écartée des discussions en raison des ambitions et des craintes géopolitiques des États-Unis face à la concurrence chinoise. Poutine vient tout juste de s'entretenir avec Téhéran et a déclaré que la Russie était
"prête à jouer un rôle de médiateur"
, mais ses chances sont encore plus faibles. Alors, où en est la diplomatie entre les États-Unis et l'Iran ? Quels progrès a-t-elle accomplis ? Et surtout, peut-on lui faire confiance ?Si nous espérons trouver une solution au Moyen-Orient et dans les régions environnantes en nous contentant d'observer les événements et les évolutions du moment, autant renoncer dès maintenant. Il est impossible de remédier à un problème dont on ne mesure pas la profondeur. Il finit par vous entraîner au fond avec lui. Si les États-Unis ont élaboré, dans la perspective d'un nouvel ordre mondial, une carte géopolitique du Moyen-Orient, de l'Asie occidentale, de la région caspienne et au-delà, il faut être honnête : leur projet ne fonctionne pas.
Vous ne pouvez pas ériger ici une grande forteresse et prétendre ignorer les réalités du moment derrière ses hautes murailles. Et une autre chose apparaît désormais très clairement : vous ne parvenez plus à faire reculer la Chine…
Pire encore, les alliés que vous considérez comme faisant partie de votre forteresse coopèrent activement avec la Chine.
("Le Royaume-Uni et la Chine saluent une relance de leurs relations, Starmer cherchant à établir une relation sophistiquée"
, Reuters, janvier 2026 ; et, il y a seulement deux jours, "De hauts responsables chinois et britanniques discutent du renforcement des relations économiques et financières"
, Xinhua.)Les États-Unis ne s'intéressent pas actuellement à la diplomatie. C'est mauvais signe. La Maison-Blanche a également indiqué aux pays de la région qu'elle ne lèverait pas le blocus même si l'Iran rouvrait le détroit d'Ormuz. Elle utilise ce blocus comme un moyen de pression pour contraindre Téhéran à accepter ses exigences dans le domaine nucléaire…
Et c'est nous qui en subissons les conséquences. Les alliés régionaux des États-Unis et l'économie mondiale en paient le prix fort. Washington croit encore pouvoir contrôler les prix de l'énergie et les marchés comme autrefois. Mais il n'y parvient plus. Si c'était le cas, il maîtriserait les prix de l'essence sur son propre territoire. Si c'était le cas, il aurait empêché les fluctuations provoquées par les attaques contre les oléoducs terrestres de Bab el-Mandeb et de Riyad. Mieux encore, il aurait pu empêcher ces attaques en amont ! Toutes les initiatives américaines restent conventionnelles, voire tactiques. Washington est incapable de prendre des mesures stratégiques…
Lorsque le président Erdoğan déclarait hier que
"malgré tous les efforts déployés, le blocage du détroit d'Ormuz, par lequel transite 35 % des exportations mondiales de pétrole, n'a toujours pas été résolu depuis des mois"
, il dénonçait en réalité cette impasse, les raisons qui la sous-tendent et ces mentalités bien connues.Jusqu'à présent, la guerre s'est déroulée d'une manière qui permettait encore de la contenir, et même de maintenir une certaine mesure dans son déroulement. Les parties ont voulu laisser des portes ouvertes. Mais une troisième phase de la guerre entraînerait des conséquences que plus personne ne pourrait contrôler. Nous ne disons pas que
"les grandes puissances ne voient pas ce danger".
Ce que nous affirmons est bien pire : poussées par de simples ambitions financières et hégémoniques, elles détruisent elles-mêmes les voies qui permettraient d'en sortir…Un ordre international devenu insoutenable
La métaphore de
"l'éléphant dans la pièce"
, également employée par le président, exprime précisément cette réalité…"Même si certains persistent à ne pas voir l'éléphant dans la pièce, tout le monde sait désormais que le système actuel n'est ni équitable ni viable. Le droit international est pratiquement suspendu. Les accords internationaux ont, pour ainsi dire, perdu toute valeur. De même, les décisions rendues par les juridictions internationales ne peuvent plus être appliquées. Les principes, les normes et les règles qui se trouvent au cœur du système, tout cela est aujourd'hui foulé aux pieds."
Par "système actuel", comprenez "ordre actuel". Si cet ordre n'est pas viable, nous devons accepter que les guerres au Yémen, en Iran et en Ukraine, le génocide israélien contre les Palestiniens et les crises économiques ne pourront pas être résolus avec les méthodes, les instruments et les pratiques des principaux acteurs de
"l'ancien ordre".
Il nous faut enfin accepter de leur faire nos adieux…
