La boîte noire d’Epstein sera-t-elle ouverte ?

Abdullah Muradoğlu
Abdullah MuradoğluAuteur Nouvelle Aube
09:25, 23/12/2025, mardi • Rédaction de Nouvelle Aube - Yeni Şafak Français français
La boîte noire d’Epstein sera-t-elle ouverte ?
Le département américain de la Justice a publié une nouvelle partie des
"dossiers Jeffrey Epstein".
Pourtant, selon la loi, l’ensemble de ces documents aurait dû être rendu public au plus tard vendredi. De nombreux dossiers, parfois longs de plus de cent pages, ont cependant été entièrement caviardés. Malgré cela, les documents rendus publics donnent déjà une idée assez claire de Jeffrey Epstein, officiellement présenté comme s’étant suicidé en prison en 2019, et de ses activités sordides.

Les photographies montrent notamment qu’Epstein avait installé un système de caméras sophistiqué dans sa résidence située sur son île privée. Tout porte à croire qu’il documentait, comme un véritable tournage, ses clients très particuliers issus des plus hautes sphères de la politique, de la finance et de la technologie américaines.


Poursuivi pour abus sexuels sur mineures et pour les avoir contraintes à la prostitution, Epstein n’était pas un individu ordinaire. Il se présentait comme un milliardaire actif dans des opérations financières supposées. Rien que sa demeure située dans l’un des quartiers les plus huppés de New York était estimée à plus de 70 millions de dollars l’année de son procès. Il est évident qu’Epstein ne faisait pas tout cela uniquement pour l’argent. L
’"argent"
n’était qu’un
"paravent".

L’un des angles morts de l’affaire Epstein


Depuis le début, les grands médias américains ont cherché à mettre en avant l’aspect prostitutionnel de l’affaire Epstein. Lorsqu’il fut jugé pour la première fois au milieu des années 2000, Epstein avait échappé à une lourde peine en concluant un accord avec la justice.
À l’époque déjà, les véritables motivations derrière ses agissements n’avaient pas été interrogées.

Républicains et démocrates se livrent aujourd’hui à des attaques croisées en traitant les
"dossiers Epstein"
de manière sélective. Les républicains mettent en avant des photographies montrant l’ancien président américain Bill Clinton, tandis que les démocrates se concentrent sur les documents lourdement censurés.
Dans ce débat à deux voix, la question de ce qu’Epstein pouvait réellement faire avec ces enregistrements est, une fois encore, passée sous silence.

Sa complice, Ghislaine Maxwell, a été condamnée à vingt ans de prison. Il se disait qu’elle cherchait à conclure un accord pour être rejugée. Certaines rumeurs allaient même jusqu’à évoquer une possible grâce accordée par Trump. En juillet dernier, le procureur général adjoint des États-Unis, Todd Blanche, a rencontré Maxwell. Les comptes rendus de cet entretien ont également été publiés.


Dans les procès-verbaux Blanche-Maxwell, cette dernière affirme n’avoir été témoin d’aucun comportement criminel de la part du président américain Trump. Après cet entretien, Maxwell a été transférée dans un établissement pénitentiaire offrant de meilleures conditions. Plus encore, elle y soutenait ne pas être coupable, se présentant au contraire comme une victime de sa relation particulière avec Epstein, qu’elle qualifiait de relation de bonne foi.


Une protection qui se répète


Il est difficile de ne pas remarquer que ceux qui avaient permis à Epstein d’échapper à une lourde peine lors de son premier procès semblent aujourd’hui s’efforcer de faire de même pour Ghislaine Maxwell. Ainsi, des médias américains ont rapporté que le professeur Alan Dershowitz, l’un des avocats d’Epstein lors du premier procès, aurait fait du lobbying pour que Maxwell bénéficie de l’immunité en échange d’un témoignage devant une commission du Congrès.


Dans une interview accordée au journal Politico en juillet 2025, Dershowitz soulignait que si l’immunité était accordée, Maxwell pourrait raconter
"tout ce qu’elle sait"
sur Epstein. Il ne fait guère de doute que ce
"tout"
n’inclurait pas les
"suspects habituels"
qui se trouvent derrière Epstein. Le véritable enjeu est précisément de maintenir dans l’ombre le centre qui a préparé Epstein comme exécutant d’un
"piège au miel"
global, avec les États-Unis en position centrale. Lors du premier procès d’Epstein, ils avaient réussi. Désormais, Epstein est un
"homme mort"
et Maxwell, dépositaire des secrets, ne doit pas
"tout dire".

Des voix, y compris au sein du camp trumpiste critique envers Israël, évoquent les liens supposés de Jeffrey Epstein avec plusieurs services de renseignement, Israël en tête. Tucker Carlson, l’une des figures de proue de cette mouvance, s’est d’ailleurs plaint lors d’un événement de l’organisation conservatrice pro-Trump
"Turning Point USA"
qu’il soit interdit de discuter du fait que le principal "suspect habituel" derrière Epstein serait Israël.

Personne ne doute qu’Epstein ait mis en place un vaste réseau de chantage visant des personnalités extrêmement influentes dans les mécanismes décisionnels de la politique, de la finance et de la technologie. Il est également possible de deviner, dans une certaine mesure, à qui il a pu remettre des copies de ses enregistrements et de ses images.


Pour savoir à qui, et pour quelles décisions, les archives d’Epstein ont pu servir, il faudrait mener une véritable fouille rétrospective. Les vérités qui émergeraient si l’on retirait la brique au bon endroit provoqueraient un séisme politique d’une violence considérable. Les tentatives visant à réduire les
"dossiers Epstein"
à de simples perversions sexuelles de personnalités de haut rang relèvent d’une volonté manifeste d’étouffer l’affaire. Ils ne permettront pas que l’on retire la brique au bon endroit.
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