18:38, 03/07/2026, vendredi

Pourquoi de nombreux Africains n’ont pas soutenu l’Afrique du Sud au Mondial : derrière le football, le malaise de l’afrophobie

L'élimination de l'Afrique du Sud au Mondial a révélé un malaise plus profond : pour de nombreux Africains, le manque de soutien s'explique par les violences et l'afrophobie visant les migrants sur le sol sud-africain.

Lorsque l’Afrique du Sud a été éliminée du Mondial, un phénomène a surpris de nombreux observateurs : sur les réseaux sociaux, une partie des Africains n’a pas exprimé de déception. Certains ont même affiché leur soulagement. Pour beaucoup, cette réaction ne concernait pas le football. Elle reflétait un malaise plus profond lié à la montée de l’afrophobie et des violences visant les migrants africains en Afrique du Sud.

Des migrants africains régulièrement pris pour cible

Depuis plusieurs mois, des vidéos largement diffusées sur les réseaux sociaux montrent des scènes inquiétantes.

Des commerces appartenant à des ressortissants africains sont vandalisés ou contraints de fermer leurs portes. Des hommes et des femmes originaires du Nigeria, du Zimbabwe, du Mozambique, du Sénégal, du Ghana ou encore de la République démocratique du Congo affirment être victimes d’intimidations, d’agressions ou de discriminations.

Dans certains quartiers, des groupes de citoyens procèdent eux-mêmes à des contrôles d’identité illégaux, exigeant des personnes qu’elles prouvent leur nationalité. D’autres sont ciblées simplement en raison de leur accent ou de leur apparence.

Les étrangers accusés des difficultés économiques

L’Afrique du Sud fait face à un chômage massif, à des inégalités persistantes et à une forte insécurité dans plusieurs régions.

Dans ce contexte, certains responsables politiques et mouvements militants désignent régulièrement les immigrés africains comme responsables de ces problèmes.

Les migrants sont accusés de prendre les emplois des Sud-Africains, d’occuper les services publics ou encore d’être à l’origine de l’insécurité. Pourtant, de nombreux économistes rappellent que les causes du chômage et de la crise économique sont bien plus complexes et ne peuvent être réduites à la présence d’étrangers.

Une afrophobie qui ne date pas d’hier

Les tensions actuelles s’inscrivent dans une longue série de violences xénophobes qui secouent régulièrement l’Afrique du Sud depuis plus d’une décennie.

À plusieurs reprises, des émeutes ont entraîné la mort de ressortissants africains, la destruction de commerces et des déplacements forcés de populations.

Pour de nombreux Africains vivant ailleurs sur le continent, ces événements ont laissé des blessures profondes et alimenté un sentiment de trahison.

Une mémoire historique que beaucoup estiment oubliée

Cette situation est d’autant plus difficile à accepter pour certains que l’histoire de l’Afrique du Sud est intimement liée à la solidarité africaine.

Durant l’apartheid, de nombreux pays africains ont soutenu la lutte du peuple sud-africain contre le régime ségrégationniste. Ils ont accueilli des exilés, soutenu financièrement les mouvements de libération et porté leur combat sur la scène internationale.

Aujourd’hui, beaucoup estiment que cette solidarité n’est plus reconnue à sa juste valeur.

Tous les Sud-Africains ne partagent pas cette hostilité

Il serait cependant injuste de réduire l’ensemble de la population sud-africaine à ces violences.

Des millions de Sud-Africains condamnent fermement les attaques contre les étrangers et défendent une vision panafricaine fondée sur la fraternité et la coopération entre les peuples.

Mais les discours de haine, les agressions répétées et les campagnes anti-immigrés continuent d’alimenter un profond malaise dans plusieurs pays africains.

Que penserait Nelson Mandela aujourd’hui ?

Nelson Mandela rêvait d’une Afrique unie, solidaire et libérée de toutes les formes de discrimination.

Face à la multiplication des violences contre des Africains vivant en Afrique du Sud, une question revient souvent : que penserait-il aujourd’hui en voyant des Africains persécuter d’autres Africains ?

Car lorsque la haine remplace la solidarité, ce n’est pas seulement une communauté qui souffre. C’est l’idée même d’une Afrique unie qui vacille.

Les violences contre les migrants africains ne résoudront ni le chômage, ni la pauvreté, ni les inégalités. Elles risquent au contraire d’approfondir les fractures entre des peuples qui partagent une histoire commune, des défis communs et un destin commun.

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